‹ FéliseChapitre 15 sur 99 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

cette peinture, qui représentait une jeune femme blonde et souriante, et la vue de ce doux visage réveillant dans sa débile mémoire un souvenir confus, elle se retourna vers la novice en disant :

— Ma tante Geneviève, et maman, où estelle? Ici, peut-être.

A cette question inattendue, la novice secoua la tête avec un faible gémissement , et l'étrangère s'écria en cachant son visage avec un geste de désespoir :

— Voilà la première fois qu'elle parle de ma pauvre sœur... qu'elle se souvient...

— Maman ? répéta la petite fille en regardant autour d'elle; où est maman? Elle est avec vous, ma tante Geneviève?

— Non , elle est au ciel ! murmura la novice en étouffant ses pleurs.

— Alors elle est avec mon père, reprit l'enfant; mon papa aussi est allé au ciel; il est mort.

Ces paroles tristes et naïvçs produisirent sur

33 FISLISE.

celles qui les entendaient un effet terrible : la jeune religieuse éclata en sanglots ; l'étrangère, pâle et tremblante, cacha son visage dans son mouchoir avec des gémissements convulsifs. Suzanne, consternée, lui dit à voix basse :

— Au nom du ciel, mademoiselle, remettezvous ! Demandez qu'on ouvre la porte de clôture, que je puisse ôter enfin cette enfant de devant vos yeux... elle vous tue.

— Oui. je ne veux plus la voir... je ne veux plus l'entendre, s'écria l'étrangère avec une sorte d'égarement; qu'on l'éloigné... que je ne la revoie jamais !

— Viens, viens, Félise, dit la sœur Geneviève en pleurant. Pauvre innocente, le monde te repousse, tes proches te haïssent, réfugie-toi ici comme moi .

La sœur-écoute, qui depuis un moment ne lisait plus son formulaire et prêtait l'oreille à cette scène, intervint alors :

— Jésus-Marie! dit-elle tranquillement, c'est un grand péché de se laisser aller à de tels

Page 1