‹ FéliseChapitre 16 sur 99 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

mouvements ; cette bonne dame paraît hors d'elle-même. Qu'est-ce qui a pu la transporter ainsi? Retirons-nous, ma chère sœur; je vais faire ouvrir la porte de clôture, afin de recevoir notre nouvelle pensionnaire.

— Elle est si petite, qu'elle peut, je crois, passer par le tour, répondit la novice ; voulezvous le permettre, ma chère mère?

— Certainement ; je vais moi-même lever le crochet, répondit-elle en se dirigeant vers une petite pièce contiguë au parloir, et qu'on appelait la chambre du tour.

Le tour d'un couvent était une armoire en forme de cylindre pratiquée dans un double mur, et pivotant sur son axe de manière à présenter alternativement toutes ses faces ; l'on y déposait les objets venant du dehors, et la tourière les recevait ainsi sans se laisser voir. C'était par cette voie qu'entraient les menues denrées et les petits présents que les personnes séculières envoyaient aux recluses. La sœurécoute donna une légère impulsion à cet engin,

qui tourna en grinçant sur son pivot. Suzanne se hâta de ramasser les bijoux et de les rejeter pêle-mêle dans le coffret ; puis elle prit Félise par le bras, la hissa dans le tour, lui mit le coffret sur les genoux, et, par une seconde impulsion donnée à la machine, l'envoya dans l'intérieur du monastère.

Alors la sœur Geneviève se rapprocha de la grille, et, faisant un signe d'adieu à l'étrangère, elle lui dit d'un ton doux et navré :

— Nous ne nous reverrons jamais en ce monde... Que Dieu vous console!... Que sa miséricorde nous prenne en pitié toutes deux!...

Le rideau noir se referma ; la jeune religieuse se retira avec l'enfant, et le bruit de leurs pas se perdit dans le fond, du parloir.

L'étrangère demeura encore un moment les yeux fixés sur la grille et comme absorbée dans un silencieux désespoir; puis, sans proférer une parole, elle se laissa emmener par Suzanne.

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