‹ FéliseChapitre 2 sur 99 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

physionomie peu avenante, ne proféraient pas une syllabe, et jetaient à peine un regard somnolent et fatigué sur la rue. Debout entre la suivante et la dame, une petite fille, de cinq ans environ, s'appuyait des deux mains à la portière, et considérait d'un œil ravi les maisons bariolées d'enseignes, les étalages , les marchands ambulants qui glapissaient à tous les carrefours, et la foule affairée qui. profitant d'un douteux rayon de soleil, courait les boutiques pour faire ses emplettes du jour de l'an. A chaque instant, la petite fille se retournait pour interpeller la femme de chambre et lui montrer, avec des cris d'admiration, quelque magnifique joujou appendu aux vitrières des magasins de bimbeloterie ; mais celle-ci ne paraissait point du tout égayée par ce babil enfantin, et n'y répondait pas même d'un signe de léte. L'enfant, penchée à la portière, manifestait sa joie et sa curiosité avec une telle pétulance, qu'une fois la dame, réveillée en sursaut, la saisit par sa robe et la rejeta vivement

sur les genoux de la suivante, laquelle, sortant de sa taciturne immobilité, s'écria :

— Qu'y a-t-il? qu'est-ce donc? mon Dieu !

— Rien, répondit la dame avec un étrange sang-froid et en se renfonçant dans le coin du carrosse ; il m'avait semblé que la petite allait tomber.

Comme elle achevait ces mots, l'enfant, qui s'était rejetée en avant avec un petit geste volontaire et mutin, se pencha à la portière, toute transportée à la vue d'un nouvel étalage de joujoux ; dans ce mouvement, un cahot lui fit perdre l'équilibre, elle fut lancée hors du carrosse et tomba la tête la première sur le pavé. Une lourde charrette de roulage venait par derrière : pendant quelques secondes, la petite fille disparut entre les roues et les pieds des chevaux. Tous les passants s'étaient arrêtés; il n'y eut qu'un cri parmi cette foule, dont les regards étaient fixés avec angoisse sur les roues pesantes qui broyaient le pavé. Lorsque la charrette eut passé, l'on aperçut la

Page 1