CHAPITRE PREMIER
petite fille à demi soulevée déjà sur l'une de ses mains, et rajustant de l'autre sa capeline de taffetas noir. Le carrosse, lancé au grand trot, n'avait pu s'arrêter qu'à distance. La voyageuse descendit, suivie de ses gens, et traversa d'un pas mal assuré la foule qui s'ouvrait devant elle, en lui montrant une boutique où déjà l'on avait transporté l'enfant. Lorsqu'elle y entra, la maîtresse du logis se précipita à sa rencontre en s'écriant, les mains levées au ciel :
— Madame , rendez grâce à Dieu... la chère petite n'est pas blessée... elle n'a pas une seule égratignure... C'est un miracle!
En effet, la petite fille, debout au milieu de la boutique, babillait déjà en regardant, avec une admiration mêlée de convoitise, les joujoux et les sucreries qui foisonnaient sur les étagères. La voyageuse la considéra un moment sans l'embrasser, sans la toucher seulement ; puis elle tomba pâle et oppressée sur un siège, en disant d'une voix éteinte :
— Oh ! mon Dieu ! mon Dieu ! j'ai cru qu'elle était morte!...
Elle passa la main sur son front mouillé d'une sueur froide, et parut lutter un instant contre cette violente et terrible émotion ; puis, y succombant, elle s'affaissa sur elle-même et tomba sans connaissance entre les bras de sa suivante.
L'on s'empressa autour d'elle : les bonnes femmes qui se trouvaient la l'inondèrent d'eau de mélisse. La marchande lui criait tout attendrie :
— Madame, remettez-vous ; l'enfant n'a aucun mal, je vous le jure!... Regardez-la donc, cette mignonne, et vous verrez qu'elle est sortie saine et sauve de dessous les pieds des chevaux. Elle n'a pas eu peur seulement, la pauvre innocente. Venez donc ici, ma belle petite; Acnez embrasser votre maman...
— Ma maîtresse n'est pas la mère de cette enfant, interrompit la suivante d'un ton sec ; ma maîtresse n'est pas mariée.