‹ FéliseChapitre 26 sur 99 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

taine que cet habit aura la vertu de la rendre sur-le-champ docile et sage comme toutes nos autres filles.

Lorsque la toilette de Félise fut terminée, toutes les sœurs l'embrassèrent l'une après l'autre en lui souhaitant le bonheur de faire quelques années plus tard une autre prise d'habit. Le même jour, après l'office, la supérieure fit dire à la sœur Geneviève de monter avec Félise au petit parloir. Un tel ordre était une faveur que recevaient rarement les novices. Le petit parloir était une salle meublée de quelques sièges, d'une table et d'une bibliothèque dont les rayons contenaient une centaine de volumes. Il n'y avait point de grille, et la porte s'ouvrait sur la chambre du tour. C'était dans cette pièce que la supérieure des Annonciades recevait la visite du petit nombre de personnes qui avaient droit de pénétrer dans la clôture.

Le révérend père Boinet, confesseur de la communauté, était déjà dans le petit parloir

avec la supérieure, lorsque la sœur Geneviève se présenta avec Félise. Il se leva, salua avec la politesse d'un homme du monde, et dit en attirant l'enfant entre ses genoux :

— Bonjour, mademoiselle, soyez la bienvenue; il y a longtemps que monseigneur d'Alais promettait de nous envoyer une petite annonciade, et nous étions dans une grande impatience de la voir arriver.

Félise, peu sensible à cet accueil obligeant, regardait en dessous le père Boinet et demeurait muette.

— Excusez-la, mon père, dit la novice, elle est tout effarouchée encore ; c'est comme un pauvre petit oiseau tombé du nid, il a peur et tremble dans la main qui Va recueilli et lui donne la nourriture.

— Je suis certain cependant que le petit oiseau n'a pas envie de s'envoler, répondit gaiement le directeur ; qu'irait-il faire dehors? Le temps est sombre, il gèle à pierre fendre, et dans un moment il fera nuit.

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