CHAPITRE
La religieuse sortit par degrés de sa stupeur, et, passant la main sur ses yeux encore pleins de larmes, elle dit avec un accent inexprimable de résignation et de douceur :
— Pourquoi donc ai-je pleuré ? mon Dieu ! qu'ai-je laissé dans le monde qui puisse me causer un regret? Ne suis-je pas trop heureuse d'avoir trouvé ici un refuge? Ah! je dois au contraire bénir le Seigneur qui m'a ouvert sa maison et m'a donné une place au milieu de cette famille chrétienne.
— Vous êtes orphehne, ma sœur? dit Cécile de Chameroy en soupirant.
La religieuse fit un geste affirmatif.
— Et, vous trouvant sans appui dans le monde, vous avez pris le parti d'entrer en religion ? reprit la jeune fille avec vivacité. Vous êtes venue ici de votre propre mouvement ? Ah î ma chère sœur, si j'avais été comme vous en âge de me connaître moi-même quand j'ai perdu mes parents, je ne serais pas entrée aux Annonciades,
— Mais vous êtes libre encore d'en sortir, mon enfant, s'écria la religieuse.
— Où irais-je à présent? répondit mademoiselle de Chameroy.
— Hélas ! chère enfant, reprit la religieuse, c'est une faute de se laisser aller à de telles réflexions. Soumettons-nous au sort que la Providence nous a fait, et tâchons d'aimer les devoirs qui nous sont imposés. D'ailleurs, que nous manquet-il ici pour le bien-être de l'âme et du corps ? Y a-t-il au monde un séjour plus agréable et plus tranquille ?
Elle se releva à ces mots et fit le tour de la cellule après avoir entr'ouvert la fenêtre et jeté un coup d'oeil sur le jardin.
— Voyez, reprit-elle en passant la main sur le pied de son lit blanc et douillet, ce n'est pas ici comme chez les Capucines, où l'on dort sur une planche, à côté d'une tête de mort ; cette chambrette est propre et jolie ; l'on a la vue des beaux ombrages du jardin et l'on y respire un air si pur, si rempli de l'odeur du