CHAPITRE IV
démarche que vous avez eu la charité de tenter ?
— Elle a eu un plein succès, grâce au ciel, répondit le père Boinet de l'air satisfait d'un homme qui vient de triompher dans une entreprise difficile. 31. le baron de Favras viendra tantôt signifier à sa pupille qu'il s'oppose a sa prise d'habit.
— Il fera cela! mon révérend père, s'écria la mère Madeleine avec joie ; vous êtes certain qu'il le fera ?
— Il y est très-résolu.
— Et c'est Votre Révérence qui, par ce don de persuasion qui lui est particulier, a tout à coup obtenu du baron de Favras qu'il se chargeât de ces orphelines?
— A Dieu ne plaise que je me fasse honneur de sa résolution ! mon éloquence n'y est pour rien. M'étant enquis d'abord de ce qu'était le baron de Favras, j'abandonnai ma première idée, laquelle consistait à lui confier l'embarras où nous jetait l'éloignement subit de ma-
demoiselle de Chameroy pour l'état religieux, le scandale qui pourrait s'ensuivre si l'on forçait sa vocation, et le danger d'un tel exemple pour la communauté. Le baron est un vieil officier des armées du roi, qui a toute la rudesse et l'esprit absolu des gens de guerre. Il est entiché de jansénisme et se pique d'austérité ; pourtant il ne va guère à la messe que les jours où elle est d'obligation ; il a en abomination les gens de notre robe et ne va au sermon que lorsqu'un père de l'Oratoire monte en chaire. Vous concevez, ma révérende mère, que je ne pouvais agir directement auprès d'un tel personnage. Le ciel m'inspira alors de faire servir l'aversion même qu'il nous porte à l'accomplissement de notre dessein. Je lui dépêchai quelqu'un dont l'habileté, les bonnes intentions et la discrétion me sont connues. Cette personne lui toucha quelque chose de notre influence dans cette maison, et, satisfaisant ensuite à ses questions, elle acheva de lui faire connaître l'autorité spirituelle que