CHAPITRE IV
— Le baron n'emmènera pas l'une sans l'autre, et, puisqu'il faut les perdre ou les garder toutes deux, l'alternative n'est pas douteuse.
— Je n'hésite pas, mon père, répondit la mère Madeleine avec résignation ; notre vie ne doit-elle pas être toute d'abnégation et de sacrifices !
En ce moment, on sonna pour annoncer que quelqu'un se présentait au parloir; aussitôt la mère Madeleine fit avertir Cécile, et, allant au-devant de la jeune fille, elle lui dit avec une émotion qu'elle ne put entièrement réprimer :
— Passez au parloir, ma chère enfant; vous savez ce que vous avez à demander à monsieur votre tuteur; écoutez avec respect ce qu'il lui plaira de vous répondre, et venez me trouver ensuite.
Moins d'un quart d'heure après , Cécile rentra dans le petit parloir, pâle , défaite , mais les mains levées au ciel et le front radieux .
— Ma chère mère, dit-elle, M. le baron me refuse son consentement; il ne veut pas que je prenne l'habit.
— Il faut vous soumettre, ma chère fille, répondit la supérieure d'un ton calme ; adorez les volontés de Dieu, et préparez-vous à obéir aux ordres de monsieur votre tuteur.
— Oh ! j'y suis prête ! s'écria mademoiselle de Chameroy avec transport.
Puis elle ajouta avec une expression mêlée de tristesse et de joie :
— Ma chère mère, qui l'eût pensé? M. le baron veut aussi nous faire sortir du couvent.
— Je ne m'y opposerai pas, répondit la mère Madeleine , toujours maîtresse d'ellemême, quoique son cœur fut pénétré d'une sensible affliction ; votre père en mourant a légué tous ses droits à M. le baron de Favras ; il a sur vous toute autorité, et je suis prête à vous rcuieUre entre ses mains.
— Je vais quitter le couvent! murmura Ce-