CHAPITRE IV
cile en joignant les mains avec un geste d'étonneraent, presque de doute. Est-ce possible? Seigneur, mon Dieu! je vais passer la porte de clôture?...
— Oui, ma fille, dit la supérieure en la considérant d'un œil triste et attendri, vous allez nous quitter pour toujours...
A ce mot prononcé avec un accent qui ne renfermait cependant aucun reproche, mademoiselle de Chamcroy sentit son ingratitude et les torts involontaires de son cœur. Elle se jeta à genoux devant la supérieure, et, baignant de pleurs ses mains vénérables, elle lui dit d'une voix entrecoupée :
— Oh! ma chère mère, pardonnez-moi...
J'ai bien mal répondu aux bontés dont vous m'avez comblée... Je n'étais pas digne du nom de votre fille que vous m'avez donné si longtemps...
La bonne supérieure ne put retenir ses larmes; elle serra dans ses bras l'enfant qui était près de l'abandonner, et lui dit avec un
accent plein de douleur, de tendresse et de pieuse fermeté :
— Ma fille, ma chère fille, dans la vie nouvelle où vous allez rentrer, souvenez-vous des exemples que vous avez eus ici. Vous n'étiez pas appelée à devenir une sainte ; renoncez à la vie religieuse, mais soyez toujours une fille chrétienne, une femme d'honneur.
Lç même jour, mademoiselle de Chameroy et sa jeune sœur franchirent, en effet, cette terrible porte de clôture qui se rouvrait si rarement pour rendre au monde les filles élevées à l'Annonciation; mais ce grand événement ne fut connu que le soir. La supérieure l'annonça aux religieuses réunies dans l'ouvroir pour terminer les préparatifs de la cérémonie du surlendemain. Elle leur expliqua brièvement comment le baron de Favras avait interposé son autorité pour empêcher mademoiselle de Chameroy de prendre le voile, et recommanda les deux sœurs aux prières de la communauté.