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CHAPITRE IV

ce qui se passait chez lui, les religieuses n'entendirent plus jamais parler des demoiselles de Cliameroy.

La sœur Geneviève tomba par degrés dans une sorte de langueur morale et de dépérissement physique dont elle ne paraissait pas souffrir. C'était comme une plante jeune et vivace qui , violemment transplantée dans un lieu sans air et sans soleil, s'étiole et périt lentement. Elle végéta ainsi quelques années sans se plaindre , sans s'effrayer, sans connaître même que sa vie consumée était près de s'éteindre. Presque jusqu'au dernier jour elle descendit au chœur et remplit sa tâche à l'ouvroir. Elle ne se dispensait pas non plus des devoirs que lui imposait sa charge de sousmaitresse des pensionnaires ; aux heures du travail, elle surveillait encore les petites mains paresseuses et distraites de ces enfants réunis en cercle autour d'elle, mais pendant la récréation, au lieu de les suivre, elle restait assise à l'entrée du jardin , la tête inclinée , le

regard errant tantôt sur le ciel, tantôt sur les arbres dont les feuilles commençaient à tomber.

Un soir, elle se trouva si faible, qu'elle ne put remonter seule jusqu'à sa cellule, et qu'elle tomba en défaillance entre les bras des religieuses qui l'accompagnaient. La mère Madeleine accourut aussitôt, et , jugeant que cette maladie de langueur était tout à coup arrivée à sa période extrême, elle fit appeler le père Boinet. La sœur Geneviève ne parlait plus ; sa respiration était haletante, inégale, et ses paupières entr'ouvertes ne laissaient apercevoir que la moitié de ses prunelles bleu pâle, dont le doux rayonnement était déjà éteint. La vie abandonnait rapidement ce corps débile , et l'âme errait sur les limites indécises qui séparent nos jours de l'éternité. Le père Boinet essaya de lui parler ; mais elle ne pouvait plus l'entendre, et, avant qu'on eût entièrement achevé les cérémonies dont l'Eglise environne les mourants, elle expira. Elle ex-

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