‹ FéliseChapitre 49 sur 99 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

le bruit de la rue ; elle est revenue sur ses pas tout éplorée ; il a fallu que sa sœur l'emportât dans ses bras.

— Pauvres enfants, que le Seigneur les délivre du joug de ce pervers ! s'écria la mère Perpétue ; mes chères sœurs, nous demanderons au révérend père Boinet de faire une neuvaine à cette intention.

Pendant ce colloque , la sœur Geneviève , assise à l'écart, pleurait silencieusement sous son voile et serrait dans ses mains la petite main de Félise, qui lui disait à voix basse d'un air triste et surpris :

— Entendez-vous? les deux Chameroy sont sorties... elles sont parties sans vous le dire. Vous les aimiez bien pourtant !

La sœur Geneviève rendit grâce au ciel de cet événement, qui changeait le sort de sa jeune amie ; mais dès lors une plus mortelle tristesse pesa sur son âme, un ennui plus profond la dévora secrètement. Cette séparation la privait d'une consolation puissante et conti-

nuelle. L'humeur enjouée de Cécile dissipait souvent sa tristesse ; elle sentait en elle-même comme un reflet de cet esprit vif, de ce naturel charmant. Elle trouvait aussi de douces satisfactions dans les soins qu'elle prenait de sa sœur; Angèle lui était devenue h son insu plus chère que Félise, et elle s'était accoutu-^ mée h la considérer comme une enfant que le ciel lui avait à jamais donnée. D'abord elle espéra vaguement qu'elle lui serait rendue; mais le père Boinet, qui lui avait laissé dans le premier moment la consolation de cette vaine attente, l'en détourna graduellement et finit par lui faire comprendre qu'elle était pour toujours séparée des deux charmantes créatures qu'elle avait élevées avec tant d'amour. Le monde était véritablement fermé pour les filles de l'Annonciation ; aucun bruit ne pénétrait à travers les sourdes murailles de la clôture, et quoique l'hôtel du baron de Favras fût situé dans le voisinage, quoique de la porte du couvent l'on pût presque apercevoir

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