‹ FéliseChapitre 54 sur 99 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

aussi malade que votre âme ; vous avez peine à vous soutenir. Appuyez-vous sur mon bras.

— Où voulez-vous m'emmener ? s'écria Félise avec une expression de désespoir farouche; vous voulez que je retourne dans la cellule de ma tante Geneviève ! que j'aille encore au chœur, à l'ouvroir, au jardin, partout où j'avais coutume de la rencontrer ! Xon, non... puisqu'elle n'y est plus, je n'y rentrerai jamais !

— Je veux vous emmener dans ma propre cellule, mon enfant, répondit la mère Madeleine , pénétrée de commisération ; je veux moi-même vous soigner, vous consoler... Vous vous consolerez , ma chère Félise : Dieu éprouve parfois ses créatures ; il leur envoie de grandes afflictions ; mais sa miséricorde soulage bienlôt les cœurs désolés. La douleur où vous êtes plongée est un état passager ; il n*y a que les damnés qui souffrent éternellement. Bientôt vous vous apercevrez que le Seigneur ne vous a pas tout ôté. Vous avez,

il est vrai , perdu une personne bien chère, mais il vous reste une nombreuse famille à laquelle vous êtes unie par les liens de l'amour et de la charité chrétienne : je suis votre mère, ma chère Félise, et toutes les annonciades sont vos sœurs.

Après avoir attendu un moment Teffet de ces paroles , elle ajouta d'un air de décision affectueuse :

— Allons, mon enfant, suivez-moi.

La pauvre désolée fit un pas en arrière en détournant la tète.

— Obéissez, ma fille, reprit la mère Madeleine avec un accent sévère et triste ; si je ne pouvais vous persuader, il faudrait me résoudre à vous contraindre.

Félise demeura immobile et ne répondit pas. Alors la supérieure, ayant appelé deux sœurs converses, leur ordonna de la conduire dans une cellule voisine de la sienne, et de ne pas la perdre de vue un seul moment.

Lorsque le père Boinet apprit ce qui s'é-

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