CHAPITRE IV
tait passé, il dit après réflexion à la mère Madeleine :
— Ceci est grave, ma révérende mère ; cette enfant ne peut pas sortir d'ici comme mademoiselle de Chameroy ; quelle que soit sa vocation, il faut qu'elle soit religieuse.
— Oh ! mon père, que dites-vous? interrompit la supérieure. Je vous ai entendu souvent détester les vocations forcées et déplorer l'opiniâtreté des parents qui obligent leurs filles à entrer en religion.
— Il est vrai , répondit-il vivement; mais, croyez-moi sans que je m'explique davantage, la place de cette enfant n'est pas dans le monde , et la charité vous commande d'user de tous les moyens pour la garder ici et pour la décider à prendre le voile.
La cellule, où l'on avait conduit Félise était séparée du grand dortoir par les deux pièces qu'on appelait l'appartement de la supérieure. Cette chambrette , propre et bien éclairée , avait vue sur le jardin, et le soleil d'automne
l'égayait tout le jour de ses tièdes rayons. Une sœur converse prenait soin de la jeune pensionnaire et lui tenait silencieusement compagnie. Chaque malin la mère Madeleine passait une heure auprès d'elle, chaque soir elle revenait encore ; mais sa patience , son inépuisable charité, son habileté à gagner les âmes, échouaient contre cette douleur emportée et mêlée de résolutions extrêmes. Félise était inaccessible à toutes les consolations. Parfois morne, abattue, silencieuse, elle passait plusieurs heures assise dans le coin le plus obscur de la cellule, la tête penchée sur sa poitrine, dans l'attitude d'une sombre rêverie. D'autres fois elle avait des paroxysmes de désespoir dont la violence épuisait ses forces morales , et auxquels succédait une sorte d'anéantissement.
Un jour, la supérieure lui amena une de ses compagnes, et, se retirant presque aussitôt, elle les laissa ensemble.
Alors la jeune pensionnaire s'assit à côté