‹ FéliseChapitre 61 sur 99 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

vieillesse prématurée avait courbé cette taille de reine. Mademoiselle de Sauiieu gardait encore le deuil rigoureux qu'elle portait en arrivant à Paris ; sa robe de ras de Saint-Maur traînait par derrière comme un manteau de veuve, et sa coiffe de crêpe noir était attachée avec des épingles d'acier bronzé. Félise la considéra un moment avec un étonnement plein de tristesse, et, frappée de son lugubre costume autant que de sa figure, elle lui dit avec un soupir :

— Vous avez pris le grand deuil pour la mort de ma tante Geneviève?

— Je le porte depuis dix ans, et je le garderai toute ma vie, répondit mademoiselle de Sauiieu.

Suzanne était entrée dans le salon en même temps que Félise, et elle paraissait observer avec inquiétude l'effet que produirait sur sa maîtresse cette première entrevue. Apparemment elle comprit que mademoiselle de Sauiieu était déjà remise de la pénible impression

que lui avait causée l'aspect de sa nièce, car elle se rapprocha de Félise et lui dit d'un ton radouci :

— Avec la permission de mademoiselle, ne Toulez-vous point passer dans votre chambre?

— Comme il vous plaira, Suzanne, répondit-elle, intérieurement satisfaite d'échapper à l'embarras de ce premier entretien, que sa tante soutenait d'une façon si laconique. Quand elle eut fait la révérence et tourné le dos, mademoiselle de Saulieu la suivit du regard, et murmura avec un soupir qui semblait sortir du fond de son cœur saignant et déchiré :

— 31on Dieu ! quel sacrifice !...

Ensuite elle s'assit à sa place accoutumée, et, reprenant sa tapisserie, elle se mit à travailler machinalement.

L'appartement de mademoiselle de Saulieu, situé au rez-de-chaussée, se composait de trois grandes pièces qui occupaient toute la façade intérieure, laquelle formait ensuite deux ailes en retour sur le jardin. Chacune de ces con-

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