CHAPITRE V
aperçut à travers la porte cntr'ouverte d'une boutique des étoffes de soie et des dentelles.
— Je voudrais bien acheter cela, dit-elle en s'arrêtant.
— Cette robe de satin des Indes à ramages blancs sur un fond noir , et ces dentelles de soie? demanda Suzanne d'un air indifférent.
— Oui, c'est cela même.
— Vous les aurez demain ; à présent, cela n'est pas possible ; les marchands ne trafiquent pas aujourd'hui dimanche.
Au retour de l'église , la jeune fdle trouva mademoiselle de Saulieu dans le salon. Elle était assise à sa place accoutumée, contre le paravent, dont les feuilles circulaires déployées formaient un petit retrait au milieu de cette immense pièce drapée en noir. Elle lisait la messe dans le livre d'heures placé devant elle sur le guéridon, à côté de son ouvrage ployé; le chat gris sommeillait , couché au milieu du coussin où elle posait à peine le bout de ses pieds. Elle répondit par un mouvement de
tcte à la révérence de Fclise , et , lui faisant signe de s'asseoir, elle continua sa lecture. Au premier coup de midi, elle referma son livre. Balin ouvrit les deux battants de la porte en disant à haute voix :
— Mademoiselle est servie.
Et là-dessus l'on passa à table. Le lugubre festin auquel présidait la statue du commandeur n'était pas plus silencieux et plus triste que ce repas de famille , dont la somptuosité contrastait singulièrement avec le petit nombre et la contenance mélancolique des convives. La pauvre Félise mangeait du bout des lèvres, et levait à peine les yeux ; le visage sévère, calme et immobile de sa tante lui imposait et la glaçait : il lui semblait que c'était une créature surnaturelle , vivante et morte tout à la fois. L'on eût dit en effet que mademoiselle de Saulieu ne pensait qu'à réduire l'existence aux moindres frais possible , et que son seul but était d'arriver à une vie purement passive. Elle parlait à peine et ne marchait que pour