‹ FéliseChapitre 78 sur 99 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

fantin à se parer de tous les joyaux que conlenait l'ëcriri. Suzanne la surprit ainsi, un triple rang de perles au cou, ses longs cheveux noirs entremêles de pierreries, et les mains chargées d'anneaux précieux.

— Grand Dieu du ciel, que faites-vous là ! s'écria la vieille suivante avec une sorte de courroux , à quoi bon mettre au jour toutes ces parures? Elles ne doivent plus servir à. personne.

— Pourquoi? fit étourdimcnt Félise.

Puis elle ajouta en riant :

— Elles siéraient bien avec une belle robe de mariée. Dites-moi, Suzanne, quand est-ce qu'on me mariera ?

A celte question , la caraériste fit un pas en arrière en regardant Félise d'un air cfl'aré, et répondit brusquement :

— Vous ? jamais !

CSAPÏTBI! SïSISIVIi:.

Félise approchait de sa quinzième année lorsqu'elle avait quitté le couvent; c'était alors une fille déjà grandeletle , mais chez laquelle on ne voyait poindre encore aucun des attraits de la jeunesse. Elle avait les formes grêles, le teint sans fraîcheur des adolescentes dont le tardif développement s'opère tout à coup. En effet, l'enfant maladive et pâle se métamorphosa comme la chrysalide, qui, dans l'espace d'une nuit, quitte sa robe grisâtre pour des ailes couleur de rose et d'azur. Personne ce-

pendant ne parut s'apercevoir de cette transformation ; on ne prenait pas garde que Félise avait seize ans , et que cette fleur de jeunesse s'épanouissait à vue d'œil. Suzanne continuait à la traiter comme une petite fille , et mademoiselle de Saulieu ne s'en occupait pas plus que par le passé. Une fois seulement, comme Félise sortait du salon, elle la suivit du regard et dit avec un soupir :

— Cette enfant devient belle !

Un dimanche, Félise était à la messe avec Suzanne, placée, comme de coutume, à l'ombre d'un pilier, et séparée de la foule par sa terrible duègne. De temps en temps, elle relevait imperceptiblement la tête et jetait autour d'elle un regard furtif, car elle prenait un singulier plaisir à voir tout le beau monde qui affluait dans l'église des jésuites. Au moment où le service divin commençait, deux jeunes dames attardées traversèrent la grande nef, suivies d'un laquais qui portait leurs heures dans un sac de velours. Tous les regards s'étaient tour-

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