‹ FéliseChapitre 77 sur 99 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

nouveau langage qu'il lui fallut étudier, le langage poli, délicat et raffiné du beau monde, des grands sentiments d'honneur, de vertu et d'amour chevaleresque ; mais ces cordes vibrèrent enfin dans son intelligence, elle prit goût à l'histoire romanesque dont elle ne pouvait suivre le fil interrompu , et repassa bien des fois ces longs entretiens où M. de Nemours analyse si délicatement sa passion pour la belle princesse de Clèves. Félise entrevit ainsi des choses que, dans l'ignorance et la simplicité de son esprit, elle n'avait jamais soupçonnées ; ce fut comme le premier rayon qui éclaira son imagination et vivifia son existence morale. Dès cette époque, d'aimables fantômes peuplèrent sa solitude; elle vivait dans le royaume des fées et ne quittait leurs palais enchantés que pour se retrouver avec les grandes dames, les galants cavaliers de la cour de la reinedauphine. Souvent elle était bien près de se considérer elle-même comme une jeune princesse dont quelque méchante fée avait été la

marraine. Elle était tentée de voir dans ceux qui l'entouraient les mauvais génies commis à sa garde.

Un jour, en fouillant les meubles de sa chambre, elle trouva l'écrin que Suzanne avait caché dans un tiroir du cabinet. Elle reconnut aussitôt ces bijoux, et, se rappelant qu'elle les portait dans son tablier lorsque la sœur Geneviève la reçut dans la chambre du tour , elle demeura convaincue qu'ils lui appartenaient. Le portrait en médaillon la frappa d'abord ; il ressemblait au portrait qui était dans le salon : c'étaient les mêmes cheveux cendrés, le même air de tête fier et charmant. Félise leva instinctivement les yeux sur son miroir pour saisir quelque trait de ressemblance avec son propre visage, mais rien dans sa physionomie ne rappelait cette douce figure ; elle était moins jolie et plus belle que le portrait.

Après avoir placé cette petite peinture à côté du crucifix attaché au chevet de son lit, elle revint vers le miroir et prit un plaisir en-

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