‹ FéliseChapitre 82 sur 99 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

placée sur la table ; voilà ce qui s'appelle tomber des nues ! Oh ! ma ciièrc Félise , venez vite, que je vous embrasse !

Un laquais arriva tout ébahi, plaça sa double échelle contre le mur et se retira discrètement à l'écart. Félise descendit légèrement cette espèce d'escalier, et fit une exclamation de joie en touchant le sol.

— Eh ! ma pauvre enfant, d'où venez-vous ainsi? s'écria Cécile en l'embrassant; qui se serait attendu à vous recevoir ici ce soir, et surtout à vous y voir entrer par ce singulier chemin ?

— Comme vous voilà grande et belle ! ajouta Angèle en la serrant dans ses bras avec efîusion.

— Vous aussi vous êtes bien jolie, répondit Félise en la retenant par les deux mains et en la considérant d'un air joyeux.

— Voyons ! reprit Cécile en la faisant asseoir entre elle et sa sœur, voyons, ma chère reine, dites-nous un peu pourquoi vous n'êtes plus au couvent, et comment il se fait que vous

rendiez vos visites la nuit, en passant pardessus les murailles ?

— Vous allez le savoir, répondit Félise avec un soupir ; j'ai eu bien des chagrins , mais l'histoire n'en sera pas longue.

Elle raconta alors comment elle était sortie du couvent après la mort de la sœur Geneviève, l'accueil qu'elle avait reçu chez sa tante, et la vie qu elle menait dans cette maison , mille fois plus triste, plus solitaire, plus silencieuse et plus inaccessible qu'un couvent. Les deux sœurs l'écoutaient avec un vif intérêt et un étonnement singulier; à chaque détail, elles serraient les mains de Félise, elles l'embrassaient en lui disant avec une tendre commisération :

— Pauvre enfant ! quelle vie ! Mais cela peut changer ; cela changera , Dieu merci ! Vous ne resterez pas toujours sous la loi de cette cruelle tante. Vous quitterez votre prison. Ayez bon courage. Vous le voyez, on se tire de partout, même du couvent.

— Sans doute, puisque nous voilà ici toutes

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