‹ FéliseChapitre 85 sur 99 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

dame de la Fayette que vous nous racontez là ? s'écria Cécile en riant et en la baisant au front; il n'y a rien de vrai dans tout cela, simplette!

— C'est un conte comme Peau d'Ane !

murmura Félise un peu confuse ; cela m'avait semblé vrai pourtant !

Et, changeant de propos, elle ajouta en regardant autour d'elle :

— Que je suis aise de me trouver ici ! Une fois j'ai aperçu ce beau jardin sans me douter que j'y viendrais , que j'y rencontrerais mes bonnes amies, les deux Chameroy, comme on vous appelait au couvent.

— A présent, mon cœur, il faudra y revenir souvent, lui dit Angèle avec une affectueuse vivacité ; peut-être votre tante vous accorderait-elle la permission, si vous la demandiez, si nous-mêmes nous allions lui rendre une visite . . .

— Non , non , interrompit Félise ; si elle savait ce que j'ai fait ce soir, tout serait perdu ; elle m'empêcherait de vous revoir , j'en suis certaine.

— En ce cas, qu'elle l'ignore toujours! répliqua gaiement Cécile. Le chemin que vous avez pris aujourd'hui n'a ni porte ni serrure, et, quoique peu commode, il ne cessera pas d'être praticable.

— Et nous, ma chère Félise, nous vous attendrons souvent ici , ajouta Angèlc. Dès que le soleil baisse, nous venons nous promener sous les allées, et le soir nous veillons longtemps sur la terrasse pour respirer le grand air comme à la campagne.

— Et vous êtes toujours seules? demanda Félise.

— Toujours jusqu'à présent , répondit-elle avec un sourire et en regardant sa sœur. Cécile vient de vous le dire : une jeune veuve ne peut recevoir les visites de tout le monde ; on ne trouverait point mauvais qu'il lui prit un jour fantaisie d'avoir des violons et de donner le bal, mais elle ne saurait, sans qu'on en médise , tenir un petit cercle chez elle. En vérité, nous vivrions comme des ermites, si

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