CHAPITRE VI
avec Angèle. Nous étions comme ses enfants ; il m'appelait sa fille , et, en vérité, j'ai été fort heureuse de cette union , si heureuse que , lorsque je l'ai perdu , je l'ai pleuré comme le plus tendre des pères, et que j'ai formé la résolution de ne jamais me remarier.
— Et de rentrer au couvent peut-être ? dit Félise avec naïveté.
— Non pas , répondit vivement Cécile ; je veux vivre dans le monde avec l'honnête liberté que comporte l'état de veuve. J'aime la société , le commerce des beaux esprits ; c'est pour cela qu'à la fin de mon année de deuil je suis revenue à Paris et j'ai songé h établir ma maison ; mais comme une veuve de mon âge chargée d'une jeune sœur ne peut, sans que sa bonne renommée en souffre , recevoir la cour et la ville, j'ai résolu de tout concilier en établissant Angèle...
— Ah! vous disposez ainsi de moi, ma sœur ! s'écria la charmante jeune fille d'un air enjoué qui dissimulait mal sa secrète émotion.
188 TÉLISE.
— Oui, mademoiselle, je vous marie, répondit Cécile du même ton et en la regardant avec tendresse ; s'il le faut, je forcerai votre inclination...
— Est-ce que vous voulez qu'elle prenne aussi un vieux mari goutteux? demanda Félise presque courroucée.
— Non, non, répondit Cécile en riant. Celui que je voudrais lui donner pour époux est un jeune gentilhomme, beau, brave et galant, un cavalier accompli.
— Comme M. de Nemours? dit gravement Félise.
• — M. de Nemours? répéta la jeune veuve. Vous connaissez quelqu'un qui se nomme ainsi?
— Non , mais j'ai lu une partie de son histoire ; c'est un seigneur fort aimable, qui aime une grande dame mariée déjà par malheur, la princesse de Clèves. Ne pourriez-vous pas me dire si elle est devenue veuve enfin, et si elle a épousé M. de Nemours?
— Eh ! mon Dieu , c'est le roman de ma-