CHAPITRE VI. 19Ô
agréable idée. Bientôt il lui sembla qu'elle connaissait les personnages dont on lui parlait si souvent, et elle demandait d'elle-même des nouvelles de madame la comtesse douairière de Manicamp , de M. le marquis de Gandalc, etc., etc. La douairière était une grande dame, bel esprit et dévote, qui réunissait chez elle la meilleure société du Marais, et le marquis de Gandale, son neveu, passait pour un des plus aimables gentilshommes et des plus beaux partis de la jeune noblesse. Madame de Favras le citait comme un parfait modèle d'esprit, de bravoure et de galanterie chevaleresque.
— Nous lui avons parlé de vous, mon ange, disait-elle à Félise ; vous ne sauriez croire combien le tableau de votre captivité l'a intéressé. Il aflirme que vous lui sembicz une petite princesse enchantée comme dans les contes de madame d'Aulnoy, et il appelle votre tante la fée Dentue. Madame de Manicamp aussi me demande de vos nouvelles sans cesse ;
elle est clans la dernière impatience de vous voir, et il faut absolument que je lui donne quelque jour cette satisfaction. J'en ai pris l'engagement.
— En attendant, présentez-lui bien mes respects, répondait Félise d'un ton moitié sérieux, et assurez-la bien que je suis son humble servante.
Chaque fois que le nom de M. de Gandale revenait dans la conversation, un nuage rose passait sur le front d'Angèle : elle écoutait et se taisait en baissant la vue ; mais Félise ne remarqua pas cette rougeur, ce silence plus significatif que les discours, et elle ne soupçonna pas que ce fût là l'époux que madame de Favras espérait donner à sa sœur.
Un soir, la jeune veuve dit en souriant à
— Ma toute belle, j'ai conçu un grand dessein : les six dernières semaines de mon deuil sont expirées ; il ne serait point malséant que nous vissions un peu plus de monde. J'ai ré-