‹ FéliseChapitre 99 sur 99 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

objets de mon affection, j'achève de m'éteindreici, entre les vieux serviteurs qui m'ont suivie et cette enfant qui m'accuse, et à laquelle je dois cacher éternellement nos malheurs...

Le marquis avait écouté ce récit avec une muette horreur ; avant que mademoiselle de Saulieu eût cessé de parler, il se leva. Balin rouvrit les portes. M. de Gandale s'inclina profondément et presque un genou en terre, comme pour demander pardon à cette femme, qu'il venait de forcer à de si terribles aveux; puis il se retira lentement.

Comme il sortait, mademoiselle de Saulieu aperçut la tcte pâle de Féiise au fond du salon ; la malheureuse enfant écoutait, cachée entre les portières, et elle avait tout entendu. Elle était cfTrayante de désespoir calme et concentré.

— Ma tante , dit elle en posant la lettre d'Angèle sur le guéridon, il faut me ramener aux Annonciadcs... C'est là qu'est ma place, à

moi... J'ai réfléchi depuis hier et j'ai compris... Mademoiselle de Chameroy aimait le marquis de Gandale... et, puisque je suis la fille d'un supplicie, il l'épousera.. . Oh! ma tante, ramenez-moi au couvent... car à cette idée je sens que j'ai du sang de mon père dans les veines!...

Le même jour, en effet, Félise rentra à l'Annonciation. Lorsqu'elle eut franchi pour la seconde fois ce passage redoutable qu'on appelait la porte de clôture, elle fut reçue par la supérieure et par le père Boinet.

— Nous vous attendions toujours, ma fille, lui dit le bon père.

— Venez, mon enfant, s'écria la mère Madeleine avec un accent de tendresse et de joie; oh! ma pauvre brebis fatiguée et meurtrie, béni soit le bon pasteur qui vous ramène et le jour où vous rentrez au bercail !

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