‹ Félix Faure, intimeChapitre 2 sur 16 · GUYOT · texte numérisé non relu

GUYOT

Bon ! le faubourg Saint-Denis l'emportait. Et les comités porteurs de fleurs allaient peut-être s'y former, pour marcher sur l'Elysée, quand une note sceptique, inquiétante, parut : le Gaulois disait :

Il est à remarquer qu'aujourd'hui le faubourg Saint-Denis fait partie du 10'' arrondissement, et que la maison où serait né M. Félix Faure appartient à la circonscription électorale de son concurrent à la Présidence de la République, M. Henri Brisson, député du quartier Saint-Denis.

Or, nous avons consulté les locataires du numéro 71 de la rue du Faubourg-Saint-Denis. C'est un immeuWe des plus anciens, sans concierge, aux appartements étroits, dont le plus cher ne dépasse pas 300 francs. Au rez-de-chaussée sont installés un boulanger et un marchand de vin, la marchande de charbon a sa boutique donnant sur la rue des Petites-Écuries.

Personne n'est d'avis que le Président de la République ait pu naître dans cette maison, qui n'a jamais été installée pour recevoir une boutique de fabricant de meubles.

Il y a donc une erreur de l'acte de Tétat civil, à moins que les

numéros de la rue du Faubourg-Saint-Denis n'aient changé depuis

Gela se gâtait : l'Agence Havas ne soufflait mot. Le Président avait-il perdu son lieu de naissance? Le Temps vint à la rescousse, sans pourtant conclure :

On a émis Topinion, dit-il, que la maison de la rue du Faubourg- Saint-Denis portant le numéro 71 n'a jamais été agencée pour recevoir une boutique de fabricant de meubles. 11 résulterait de cette assertion que la maison du 71 n'est pas la véritable maison natale du Président de la République.

C'est d'ailleurs cette dernière opinion qui paraît être la vraie. Si nous consultons, en effet, le plan dressé en 1837 par ordonnance royale et approuvé par le ministre de l'Intérieur Montalivet, en vue de fixer des alignements dans la rue du Faubourg-Saint-Denis, nous voyons qu'à cette époque la maison inscrite sous le numéro 71 dans la rue du Faubourg-Saint-Denis, immeuble appartenant à ^\jines Gatelier, était située exactement à 38 mètres de l'angle de la rue du Faubourg-Saint-Denis et de la rue des Petites-Ecuries-du- Roi. D'autre part, la maison située actuellement à 38 mètres de la rue des Petites-Écuries porte le numéro 65.

Et alors? Ce fut le Petit Journal qui, définitivement, dénoua le drame :

La maison dans laquelle est né M. Félix Faure n'est pas celle qui porte actuellement le numéro 71 de la rue du Faubourg-Saint-Denis : il y a longtemps déjà, le numérotage a été changé, à la suite de nombreuses constructions et démolitions, et l'ancien 71, situé entre le passage et la rue des Petites-Écuries, est devenu le 65,

Il reste actuellement dans la maison une locataire, la veuve Martin, qui a connu les parents du Président, Cette brave femme, qui est dans une situation voisine de la misère, occupe depuis trente-trois ans le même logement et gagne péniblement sa vie comme blanchisseuse.

Quand nous nous sommes présenté chez elle hier pour l'interroger, elle a paru tout d'abord fort surprise.

— Je ne me rappelle pas, nous a-t-elle dit, avoir connu une famille Faure.

Mais nous lui avons parlé de l'ancien fabricant de fauteuils, ses souvenirs lui sont aussitôt revenus.

— C'étaient de bien braves gens, ces commerçants, nous a-t-elle dit, je les aimais beaucoup et ils étaient très bienveillants pour moi. Le mari était un petit homme alerte et gai, la femme était toujours prête à rendre service. Ils avaient un fils d'une vingtaine d'années qui aimait bien rire.

— Eh bien! ce fils est aujourd'hui Président de la République.

— Pas possible! le Président est ce gentil garçon que j'ai connu! Je suis bien contente; il méritait d'arriver.

Et la bonne vieille ne se tient pas de joie. Elle nous raconte que, la fabrique de chaises et de fauteuils ayant prospéré, M. Faure père dut quitter la maison pour aller s'installer dans un local plus important.

C'est au numéro 78 de la rue du Château-d'Eau que le père du Président de la République était allé s'installer, vers la fin de l'Empire.

Sa situation était, à ce moment, très prospère; les locaux de la rue du Château-d'Eau, occupés aujourd'hui par un chapelier, ne comprenaient que les ateliers du fabricant, qui avait son appartement privé au numéro 11 de la rue Auber.

Grâce à cette (( bonne mère Martin », on savait qu'une plaque commémorative pourrait être placée au numéro 65 de la rue du Faubourg-Saint-Denis. Hâtons-nous de dire qu'il n'y en a pas... Le faubourg ne manifesta point...

Puis, se posa la question de religion. Le bruit courait que le Président était protestant. Les reporters se remirent en courses. Mêmes anxiétés. Depuis 1841, deux paroisses s'étaient ajoutées à celles de Saint-Laurent et de Saint-Vincent-de-Paul. C'est, enfin, sur les registres de cette dernière

qu'un informateur adroit releva l'acte de baptême du Président, le 59^ baptême de Tannée. Cet acte était ainsi conçu :

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