‹ Félix Poutré [microforme]Chapitre 13 sur 45 · DA · texte numérisé non relu

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Féux.—Malédiction! J'arrive trop tard. Comment donc ai-je pu faire pour ne me douter de rien? Oh! le lâche! Il a mis sa peau en sûreté. A ! si j'ensse été ici, misérable, tu ne scrais pas parti comme Celue se

BécmanD.—Personne ne l’a vu partir... On croit qu'il a dû filer avant le jour.

Féuix.—Le traître!... Ecoutez-moi, mes amis, vous ellez voir jusqu'où peut aller la perfidie d'un homme! Vous savez tontes les belles promesses qu’il nous avait faites... Eh hien, après les désastreuses attaques d'Odeltown, je me rendis à Napierville, chez le Dr Côte, et je lui demandai si nous n’allions pas avoir des armes, et surtout des canons. Que voulez-vous que nous fassions, lui dis-je, sans canons, pour déloger cette canaille-là de l'église? Si nous wavons point d'armes, mieux vaut tout abandonner, Quoiqu'il essayât de faire bonne contenance, je vis bien à son expression embarrassée qu'il n'avait rien de bon à m'appreudre, et je commençai à me douter que quelqne chose n'allait pas bien, 11 me dit de revenir le voir. Je le quittai assez mécontent, Nous allons voir ce que l'on va me dire ce soir, me dis-je à moi-même. Il est temps que ces bêtises-là finissent. Aller se battre contre des murs avec des balles !,.. Mais nous y serions encore dans deux mois... Si nous eussions eu seulement deux petits canons !... Et dire que depuis plus d'un mois on nous promet des armes! Et qu'au moment critique, il ne nous est pas encore veuu un seul fusil !...Et tous ces braves gens confiants et honnêtes qui sont là compromis par des fous ou des traîtres ! Car enfin, il n’y a pas de rnilieu; s'ils ont des armes et qu'ils ne les fassent pas venir de suite, c'est une imbécillité qui n'a'pas de nom ! S'ils n’en ont pas, ces hoinmeslà nous trahissent donc depuis un mois! S'ils nous avaient dit de suite: nous ne pouvons pas nous procurer des armes, est-ce que vous auriez songé à sortir de chez vous?

ParrioTEs. —Nou! ron!

Toinon.—Ben, j'pense pas !

Féux.—ÆEst-ce que nous sommes obligés de nous faire massacrer par les soldats anglais, ou à danser au bout de la corde d'une potence pour leur bon plaisir ?...

Parriores.—Non ! non!

Toinon.—Ben, j'pense pas !..

Féux.—Mais voici la fin de l'histoire. Le soir arrivé, je retournai chez le DrCôte. Je ne pus obtenir l’entrée. Vers neuf heures, je me présentai de nouveau ; même résultat. Cela devemait. inexplicable. Enfin à 11 heures je partis, déterminé à passer sur le corps de dix hommes, s’il le fallait, pour arriver à lai. A ina grande surprise, j'entrai sans difficulté. «Mon cher Poutré, me dit Côte, nous venons d’être informés: que les troupes du gouvernement se dirigent sur Napierville. Elles sont encore à huit lieues

d'ici, et conséquemment elles arriveront demain sur les dix on onze heures du soir. Ils sont à pen près cinq mille hommes, Pars immédiatement et rends-toi à Licolle où les armes doivent être arrivées maintenant. Il doit y avoir cinq mille fusils et des munitions. » Je me donnai bien de garde d'attendre le jour. Je partis aussitôt pour Lacolle, déterminé à remplir ma mission avec honneur, Chemin faisant, je m'arrêtai à chaque maison où j'espérais trouver un cheval et une voiture, et j'ordonnai plutôt que je ne demandai aux gens de mesuivre pour aller chercher ces armes si longtemps attendues. Arrivé à Lacolle, je m'informai...Rien!.., La réalité me frappa comme un coup de foudre... Rien !.., Nous étions trahis et Côte avait voulu m'éloigner pour s'évader plus facilement ; c'était toujours deux yeux de moins.

BécuarD.—Oh ! le scélérat !

PourTré.—EÆEt maintenant qu’allez-vous faire, Félix ? Les troures anglaises qui sont à quelques milles du village...

Féux.—Que voulez-vous que nous fassions contre cin4 mile

hommes de troupes régulières avec quatre cents mauvais fusils ? Ah ! si nous en avions une fois des fusils! de vrais fusils de soldat !... Mais à quoi sert ? Tout est fini, c'est bien clair!... Séparons-nous, mes pauvres amis, et que chacun prenne son côté! Malheur à qui sera pris !...

Bécuano.—Tu as raison, Félix ; tout est fini pour cette fais. L'heure de la délivrance n'est pas encore sonnée. Séparons-nous. Aieu ! adieu, mes braves amis.

(Les patriotes serrent la main de Félix et sortent.)

Féuix , —Adieu, braves compagnons ! puisse la trahison ne pas avoir de suites plus funestes !...

Toinon (à part). —Et puis dire que j'ai pas pu tant seulement en déplanter la moquié d'un !...

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