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Felix Ziem

Depuis de longues années, les mois d'été, qui font émigrer le public \ers les plages ou vers la montagne, ramènent Ziem à Paris, dans son atelier de la rue Lepic : c'est plutôt maison qu'il conviendrait de dire ; mais la maison, le kiosque du jardin et le jardin luimême , le jardin au terrain mouvementé et

rempli de débris de sculptures antiques et de revêtements de céramique persane, ne forment qu'un vaste atelier; on sent qu'il n'est pas un coin de la pittoresque demeure où le maître n'ait travaillé. Et je ne parle ici ni de l'autre maison du 65 de la rue Lepic, ni de la maison de Martigues, à allure de mosquée, ni de la villa de la baie des Anges, à Sainte-Hélène, faubourg de Nice.

Autrefois, quand Montmartre ne faisait pas encore partie de Paris, — ce Montmartre dont Ziem, aux environs de 1846, a peint les moulins, en des tableaux qui sont admirables et de toute rareté, des tableaux qui sont comme la genèse de l'école impressionniste, — la maison de Ziem

s'élevait à mi-côte, dominant la plaine qui s'étend vers Saint-Ouen ; c'était une coquette villa italienne, aux fenêtres extérieures discrètes, à la grande baie, dissimulée au nord derrière un rideau de branches touffues, et dont les briques rouges, presque roses, chantaient dans la verdure. De la terrasse, établie au sommet de l'édifice, le peintre, pendant les soirs d'automne, pouvait aller chercher un souvenir des ciels d'Orient, en regardant du côté de Suresnes et de Gourbevoie le soleil se coucher dans un irradiement d'incendie. Aujourd'hui, la rue Lepic s'est dessinée; les maisons de rapport s'alignent le long des trottoirs, et la retraite de Ziem, enserrée au tournant, a comme un air de forteresse mystérieuse.

Mystérieuse ? elle l'est en effet, car Ziem, qui a parcouru le monde, aime le recueillement, l'intimité, — non la solitude, — et, autant par une disposition de ses appétits psychiques, que par la nécessité de son travail incessant, il a eu le soin de ne laisser sa porte s'ouvrir qu'à bon escient. Parfois cependant, des indiscrets et des curieux ont pu, par la ruse, pénétrer jusqu'à lui ; mais je ne crois pas exagérer, en affirmant que le maître, pourtant si bon, possède un secret pour déterminer les intrus à n'y plus revenir.

Pour ceux, au contraire, qui ont le rare bonheur d'être de ses amis, — leur nombre n'est pas excessif, et c'est pour cela que le public qui connaît le peintre ignore l'homme si complètement, — pour ces favorisés, les heures passées près de Ziem semblent trop brèves, tant le maître a d'affabilité pour ceux qui, ainsi qu'il le dit, sont près de son cœur, tant il y a de séduction à l'entendre causer.

Ceci n'est pas une biographie ; plus tard, sans doute, j'écrirai l'histoire de Ziem et de son œuvre ; pour l'instant, je ne veux consigner en ces lignes que la joie que j'ai goûtée près de lui, pendant plus de quinze ans d'entretiens familiers ; on m'excusera donc d'évoquer des souvenirs au hasard, sans ordre chronologique, ainsi qu'ils prennent leur essor, quand, auprès de ce grand vieillard, demeuré vaillant dans sa quatre-vingtième année, on découvre une âme jeune, vibrante, tendre, rapide à l'émotion, d'une verve jamais tarie, d'une droiture inflexible, d'une fidélité de mémoire qui étonne, d'une passion sans lassitude pour l'art qu'il sert depuis plus de soixante ans et pour l'idéal qui a illuminé sa magnifique et laborieuse carrière.

Un premier jour de l'an, un visiteur allant voir Corot, — c'était en 1873, — le trouva assis à son chevalet et en train de peindre. Il s'en étonna.

— Gomment, cher maître, au travail, un pareil jour de fête ?

— Quelle fête plus belle pour moi, répondit Corot, que mon travail, que mes petites branches où j'entends déjà chanter les petits oiseaux!

Ziem ne pense pas autrement ; si vous le surpreniez chez lui un autre jour que le jeudi, vous le trouveriez soit devant un tableau, soit devant une aquarelle ou un dessin, plein d'ardeur à marier ses tons, à fabriquer de la lumière, et les yeux brillants de cette fièvre dont seuls les grands artistes connaissent le frisson.

Le jeudi, il veut bien admettre qu'on le dérobe à son oeuvre ; il veut bien accorder des heures à l'amitié. Et quelle amitié! La plus chaude, la plus délicate, la plus dévouée, la plus réconfortante qu'il soit possible de rencontrer. Avec une volonté intransigeante de ne laisser aucune influence peser sur sa liberté, Ziem s'intéresse à tout ; il a sa part de ce qui nous échoit d'heureux, et dans les heures d'angoisse, dans les heures de tristesse où l'on a l'âme désemparée, il souffre, il pleure avec vous, et il trouve les mots profonds, définitifs, palpitants d'affection qui vous rassurent, vous consolent, vous rendent de l'aplomb au cœur. On se confie à lui, spontanément, sans qu'il y ait de sa part indiscrétion ou seulement curiosité ; et, avec une modestie charmante, il ne s'entretient de lui, de ce qui le touche,

Femme russe Voyage avec le prince G... (Dessin.)

que s'il sait pertinemment votre attention à l'unisson de la sienne. Aussi, pendant une après-midi du jeudi, alors que plusieurs visiteurs défilent dans l'atelier, que de nuances dans la façon dont le maître dirige la conversation : quelle dextérité à jongler avec les idées, à éviter celles où il ne lui

convient pas qu'on s'arrête ; quelle souplesse d'expression pour dire ou taire ce qu'il veut dire ou taire, ce qu'il veut entendre ou ne pas entendre ; et , si quelque imprudent se laisse aller devant lui à un de ces écarts, où il entre de l'inconscience plus encore que de l'indiscrétion, comme Ziem met de la gentillesse espiègle et spirituelle à l'en faire apercevoir !

Ce sont là, dira-t-on, des indications qui n'ont rien avoir avec le peintre.

Pour tout autre dos maîtres d'aujourd'hui, on pourrait les laisser de côté ; mais il s'est créé

autour de Ziem tant de légendes, souvent malveillantes, auxquelles seuls avaient pu donner l'essor les propos de quelques visiteurs éconduits et par conséquent mal renseignés, qu'il n'est pas inutile de présenter l'homme d'abord, l'homme qui a dépensé tant de soin à n'être pas connu de la foule, à n'être pas l'esclave des protocoles sociaux, afin de s'abandonner plus complètement, pins absolument à son art, qui fut toujours et est encore la plus chère passion de sa vie.

Aussi ai-je pour lui — pourquoi ne pas l'avouer? — une gratitude infl-

Vénitiennes (1848).

niment affectueuse des matinées qu'il veut bien me réserver. Avec lui, j'ai parcouru tous les coins de sa demeure, où, à chaque objet rencontré, les souvenirs évoqués font revivre le passé à côté du présent.

Dès l'entrée, contre la paroi de l'escalier, — un escalier droit, qu'éclaire un jour tamisé et que domine, entre deux porte -bougies de style oriental , un admirable tableau de fleurs, égal de l'œuvre qui se trouve au musée de Douai, — son portrait vous accueille, son portrait jeune par Ricard, l'ami des années de lutte, le frère d'armes, le compagnon trop tôt enlevé à l'art français et dont Ziem ne parle jamais sans que l'émotion lui mette des larmes sous les paupières.

Puis, une fois le palier franchi, on tourne à droite et l'on entre dans un petit salon, cabinet

de travail dont les murs sont entièrement tapissés d'études du maître, des études qui vous attirent et vous émeuvent, des études parfois grandes comme la main, paysages, figures de femmes au teint bronzé, oiseaux aquatiques, fleurs épanouies, fruits des tropiques, qui représentent les campagnes de 1853 à 1860, — 1853, la date même où fut construite la

M me Delphine (Venise, 1852

maison de Montmartre, — et ce sont des notes peintes à Venise, en Hollande (second voyage), à Bordeaux, à Burgos, à Marseille, Messine, Corfou, Patras, Corinthe, Athènes, Sparte, Constantinople, Smyrne, Beyrouth, Damas, Palmyre, etc.

Au milieu de ces études merveilleuses, qui sont comme le jet spontané et précis de l'art, s'écrivant sous la dictée directe de la nature, et qui donnent de l'enchantement au regard qui s'y arrête, sont accrochées les aquarelles tant admirées à l'exposition centennale de l'art français, en

Pécheurs vénitiens ( 1 852).

1889. Je viens de signaler la précision des études de Ziem : c'est là un point sur lequel il convient de revenir avec quelque détail. On a dit souvent que Ziem était un fantaisiste, qu'il avait réalisé son rêve, sans que rien dans son rêve fût appuyé par la réalité, sans que sa vision se fût sérieusement éduquée au spectacle des choses qui l'entouraient; on a même osé prétendre que la magie de sa palette venait peut-être de ce qu'il ne s'était pas emharrassé d'une documentation gênante; en un mot, qu'il avait peint « de chic ». Toutes les études qu'il garde amoureusement comme les témoins de son labeur infatigable sont là pour opposer le démenti le plus formel et le plus éloquent à de pareilles assertions : mais si cela ne suffisait pas, je me rappelle deux faits qui sont, à eux seuls, de nature à nous

éclairer sur la conscience de Ziem dans l'établissement de ses tableaux, et sur la nourriture substantielle dont il aide toujours l'effort créateur de son imagination. Voici le premier. Pendant des années, le premier soin de Ziem, en arrivant à Venise, fut d'aller louer une boutique sur le Rialto.

Gondoliers (1852).

Là, il déballait une pacotille de fanfreluches et de bibelots, bijoux coquets, mais peu coûteux, épingles qui semblaient précieuses sans l'être, rubans et dentelles, tout ce qu'il savait devoir tenter la coquetterie des belles filles qui s'en allaient de ce côté de la cité, vendre des fleurs, des oranges et des colombes, ou vaquer à leurs courses ménagères. Et de fait, dès qu'il était installé, on s'arrêtait devant son étalage : comme on le voyait revenir à date fixe, on le considérait comme un négociant intelligent, apportant de

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quelque contrée des Mille et une nuits la moisson du goût et de l'élégance.

11 chargeai! un adolescent, ayant la langue bien pendue, de faire l'article, et surtout de retenir le plus longtemps possible les curieuses, pour qui c'était déjà un plaisir de toucher ces étoffes, d'essayer sur leur corsage ces broches et ces colliers, d'autant que le vendeur n'était pas difficile sur le

Écurie de la .m eue F iléon (Barbizon, 1852).

prix : pour peu que la belle ne s'impatientât pas et ne craignit pas de discuter, centime par centime, on lui consentait des réductions.

Pendant ce temps, assis au fond de sa boutique fort achalandée, Ziem, le cigare aux lèvres, ses cheveux blonds coiffés d'un fez, l'air calme apparemment, dessinait rapidement : il croquait avec fièvre la silhouette de toute cette jeunesse; qui eût refusé de poser devant lui, et qui devenait ainsi le modèle incessamment varié, surpris en vive activité, les yeux brillants du désir de tout le bazar, et le sang à fleur de peau sous les joues rouges, de ce débat où il s'agissait de satisfaire la coquetterie au prix du sacrifice le plus minime. Quand la journée était achevée, et que ses voisins,

derrière les auvents clos, comptaient leur recette et mesuraient leurs bénéfices, Ziem, sans souci de ses marchandises, parfois trop vite enlevées, feuilletait ses albums tout remplis de croquis, ces feuilles où il avait traduit la vie, la race, la beauté, la passion même, et il jugeait à part lui que ces écritures-là, pour n'être pas exprimées à l'aide de chiffres, valaient une fortune. Arsène Houssaye a raconté une visite à la boutique du Rialto dans ses Souvenirs de jeunesse, et comme il interrogeait Ziem sur les motifs qui avaient pu le pousser à cette détermination, il rapporte comme il suit la réponse du peintre :

« Ne savez-vous pas que les filles de Venise n'ont jamais voulu poser pour le nu, pas même pour le décolletage? Elles posent devant l'amour et non devant l'art. Voilà pourquoi Titien, Giorgïone, Véronèse et les autres, avaient toujours une maîtresse dans leur atelier. Leur grand art était de la prendre belle. Raffaella, Violanta, Leonora, ont posé presque pour tous les tableaux de ces très grands maîtres. Aussi leurs madones et leurs courtisanes ont toujours le même type. Dans la madone, on sent l'amour profane; dans la courtisane, on sent l'amour divin. Quand je reviens à Venise, je retrouve l'Adriatique, les palais, les églises et le soleil des peintres de la Renaissance : mais comment retrouver Raffaella, Violanta et Leonora ? »

On n'a pourtant qu'à regarder en ses études certains profds superbes, et certaines épaules opulentes, pour juger que Ziem fut heureux dans ses découvertes, sous ce rapport.

Voici le second fait, sous forme d'anecdote. C'était, je crois, en 1890. Un matin, vers dix heures et demie, Ziem était dans sa gondole, sur le Grand Canal, en train de peindre le port dominé par cette incomparable série d'édifices, dont l'un des joyaux les plus aimés, le Campanile de Saint- Marc, vient de disparaître : il peignait, isolé dans sa contemplation et son travail, comme si tout ce qui l'entourait, tout ce qu'il voyait devant lui n'eût été que la figuration nécessaire inventée par la création et aussi le génie humain, pour fournir un aliment de splendeur à l'imagination du peintre. Pourtant, il n'était pas seul sur l'eau transparente : à quelque distance de lui, dans une autre gondole, un homme était assis, ayant devant lui un tableau. Lui ne peignait pas : Ziem, intrigué, fit approcher sa gondole : l'homme remarqua le mouvement et fit de même. Dès que les deux embarcations furent assez près l'une de L'autre, l'homme eut vite fait de corn-

prendre qui était le peintre de la gondole ; alors s'engagea entre celui-ci et l'Américain — car cet homme était un amateur très distingué, mais un peu maniaque, de Boston ou de Baltimore, — un dialogue des plus amusants :

— Vous êtes Ziem, fit l'amateur.

— Oui, monsieur, répondit le maître.

— Dans ce cas, reprit l'autre, puisque le hasard me sert si bien, il faut que je vous dise que je ne suis pas content.

Baigneuses a Venise (18 5 6).

— Eh ! qu'avez vous ? En quoi cela peut-il m'intéresser ?

— Vous allez le savoir : quand je ne suis pas content de quelqu'un, il faut que je le lui dise, même s'il faut faire mille lieues pour y parvenir.

— Alors, c'est moi que vous attendiez.

— Non : aujourd'hui, j'étudiais la cause de mon mécontentement ; demain, je vous aurais cherché. J'ai acheté ce tableau de vous, — c'était en effet un chef-d'œuvre de Ziem, — je l'ai payé très cher.

— Trop, si vous ne le sentez pas.

— Et je l'ai apporté ici, pour voir si c'est bien la vérité. Eh bien non, ce n'est pas la vérité.

— Pourquoi ?

Choquis de Venise (1856).

Esquisse du tableau . Vénitiennes attendant

commandé par le duc de Morny. pour passer à la « Dogana».

— C'est bien le matin ?

— Oui.

— Parfait : or, vous mettez des tas de barques qui rentrent, et je n'en vois pas une seule ; donc, tout cela est arrangé.

Et l'amateur semblait fort dépité. Ziem regarda sa montre.

— Monsieur, reprit-il, il est dix heures trente-cinq : patientez encore

un petit quart d'heure, et vous verrez rentrer les toppi-pècheurs à lignes de fond, que j'ai représentés sur votre tableau.

Puis, sans parlementer davantage avec ce contrôleur d'art, sur un salut sec, il rompit l'entretien, fit éloigner sa gondole et se remit à peindre, non sans surveiller du coin de l'œil son amateur récalcitrant. Il ne s'était

pas écoulé dix minutes, que déjà, sur l'eau dorée et frissonnante où se jouait en facettes diamantées la poussière du soleil, les toppi-pècheurs apparaissaient, se rapprochaient, gagnant les quais, flottille grouillante et nacrée d'où montaient en une brutale harmonie les refrains rudes des gars du port. Alors Ziem vit l'Américain, dont les bras lui faisaient force gestes, et il l'entendit lui crier de toute la force de ses poumons : « Les voilà ! les voilà ! je les retrouve ! Ziem est un grand peintre ! »

On pourrait, d'ailleurs, multiplier les preuves qui établissent que Ziem

eut le souci constant d'être vrai : mais pour le bien comprendre, pour pénétrer l'objet de son idéal — un idéal auquel il a accordé des fêtes

Tolstoï en 1859 (Voyage avec le prince G...)

enchanteresses — il est bon de se rappeler à quelles dates il eut la révélation des sites et du pittoresque qu'il devait magnifier par son art.

Lorsque, à dix-huit ans, il s'en fut, droit devant lui, vers Rome, quittant

la ville de Dijon, où il venait de remporter le grand prix d'architecture1, il avait pour toute fortune une pièce de deux francs, que lui avait donnée son père pour payer son passe-port, et, dans un rouleau, ses dessins d'école, ses lavis, ses plans ; mais il avait l'âme ensoleillée, de cette lumière d'héroïsme et de rêve qu'avait allumée le romantisme triomphant. Victor Hugo avait remué Paris et la province avec les Orientales, avec Notre-Dame de Paris, avec ses drames dont le souffle ardent avait inquiété le sentiment bourgeois d'alors, comme un écho lointain de révolution ; Balzac et Dumas, grands déjà tous deux, faisaient, à coups de chefs-d'œuvre, juger quelle différence marquait leurs deux génies ; Lamennais avait parlé au peuple un langage d'élévation et de splendeur, qui, un temps, fit lever les fronts courbés obstinément près du sol vers une contemplation métaphysique où devait apparaître le signe du bonheur universel, appuyé sur une justice universelle. Delacroix troublait l'art calme et pur d'Ingres, par sa hantise shakespearienne et par ses voyages au Maroc, marqués nécessairement, au retour, de quelques fulgurantes notations, qui servaient d'évangile à l'école naissante. Lenoir, l'archéologue, avait réintégré la vie dans nos reliques nationales, et il enseignait à les aimer non seulement pour ellesmêmes, mais encore pour le travail auguste des artisans anonymes — mais artisans de génie — qui les avaient créées, et pour les époques glorieuses dont elles facilitaient l'évocation, indiquée en pages éloquentes dans les livres de Michaud, d'Augustin Thierry et de Michelet.

Il y avait donc deux courants très précis dans l'opinion : d'un côté, les gens qui s'en tenaient à leur étroite existence terre à terre et qui ne voyaient de leur temps que ce qui se rapportait directement à cette existence, et ceux qui, entraînés par le fécond élan de la pensée, par le nouvel et irrésistible essor de l'art, se sentaient attirés vers de plus libres aspirations et percevaient dans leur contemporaineté, insuffisante pour satisfaire à tout leur appétit d'idéal, la vibrante palpitation du passé. Ceux-là étaient de

1. C'était en 1S39. Ziem, par le fait de son prix, qui Lui donnait le titre d'architecte de la ville de Dijon, devait être envoyé boursier à Paris, pour continuer ses études ; une cabale fut montée contre lui par l'administration préfectorale ; on ne put lui refuser son prix, mais on arrêta que la bourse ne lui serait pas attribuée, cette bourse que le jeune lauréat ne souhaitait que parce qu'elle lui aurait permis de concourir pour le prix de Rome, et sans doute d'y réussir. Devant l'injustice qui se commettait contre lui, et qui, au jour de la distribution des récompenses, amena de bruyantes protestations de tous les élèves, qui estimaient fort leur camarade, Ziem se décida le jour même à partir, s'étant juré qu'il visiterait la Ville Éternelle.

sublimes impressionnistes : tout ce qui frappait leur regard avait un immédiat retentissement sur leur sensibilité, et ils savaient, avec les moyens multiples que leur culture originale mettait à leur disposition, ils savaient interpréter ce retentissement d'une manière assez neuve pour rencontrer

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