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TA PETITE MAG

Marguerite Fanteuil à Mrs Réginald W. Baxton, à New-York. Les Marguerites, 10 juillet.

Ta lettre, tante darling, m'a vraiment bien amusé. Comment! tu as pu trouver dans ce que je t'ai écrit des sujets d'inquiétude sur la sécurité de mon cœur! C’est à mourir de rire. Et tu vas voir si l'événement contredit tes prévisions.

Mais d'abord, te rends-tu compte que tes alarmes t'ont « refrancisée » au point que tu fais des sermons à ta grande nièce, et t'efforces de la mettre sur ses gardes. Comme si de ce côté de l’Océan, je devais perdre, et ma belle indépendance, et la pondération, la cluirvoyance, la fierté féminine, qui me permettrait d’en user. C’est-à-dire tout le fruit d’une forte et saine éducution américaine.

Allons, petitetante, rassure-toi. Je suis tout à fait de ton avis, et plus que tu ne le peux croire, en jugeant : d’une part, que Max ne serait pas du tout le mari qu’il me faut, d'autre part que sa faible mère et mon pauvre papa se sont mis en tête de me le faire épouser.

Sur un seul point, je ne te donnerai pas complètement raison. Je ne distingue dans leur plan de campagne, ni piège machiavélique, ni bas calcul. Sans doute, je suis riche et l'enfant qu'ils préfèrent n’a pas le sou. De plus, il est incapable de se faire jamais ce qu’on appelle « une situation ». (Ca, c'est peut-être moins à cause de ses défauts, que par... mais je ne l'ai pas assez observé. Passons). Donc, si mes parents nt rêvé ce mariage, il faut reconnaître dans leur projet une facile chimère de leurs cœurs tendres, où mon bonheur possible et leur joie de me garder près d'eux entrent bien pour quelque chose, plutôt qu’une froide machination combinée exclusivement dans l'intérêt d’un fils prodigue.

Ne souris pas. Ne crois pas que ma fermeté de jugement mollisse pour quelques flatteries ou câlineries. Tu sais qu’on ne me prend guère de la sorte.

Et je n'y prête pas, je t'assure. Si tu étais ici, et que tu voulusses à toute force me chapitrer un peu, tu me reprocherais ma rudesse plutôt que ma complaisance aux enjôleries françaises. Mon goût pour les situations nettes me fait souffler trop vite et trop fort sur les châteaux de cartes. Tiens, en ce moment, j'ai un remords... j'ai prononcé de méchantes paroles, tout à l'heure à déjeuner. : ;

On me parlait mariage, et d’une façon assez transparente, ma foil.. Papa disait que le meilleur moyen de me garder près de lui, serait de me faire épouser un Français :

Je déclarai très haut ma répugnance de convoler avec un compatriote.

— Bah! Et pourquoi donc?

— Parce que, avant tout, je veux épouser ce que nous appelons en Amérique « a self made man », un homme qui s’est fait lui-même, qui ne doit pas sa personnalité à papa, à maman, à une position ou à sa femme.

— Ettu ne trouverais pas cette sorte d'homme en France ?.…

— Plus difficilement que là-bas. Et d’ailleurs je n’ai pas, comme là-bas, la possibilité de chercher, puisque, de ce côté de l’Océan, on ne laisse pas les jeunes filles se mêler à la société masculine, étudier les jeunes gens, les connaître. »

Pour que tu comprennes, chère tante, toute la clarté de ce discours aux oreilles de mes auditeurs, il te faut savoir qu’on nous fait vivre, Max et moi, tout à fait comme frère et sœur. Non seulement on autorise entre nous le tête-h-tête, mais j’observe qu'on en multiplie les occasions. Sous prétexte de canotage ou de bicyclette, Mme Fanteuil engage sans cesse son fils à

m’emmener sur le lac ou dans les bois, et sa nonchalance, à défaut de raison

plus sérieuse, l'empêche de s'offrir comme chaperon. |

Ceci, avec nos habitudes américaines, n’est pas pour te préoccuper. Au contraire. Tu penses que mieux j’approfondirai le vide dans ce caractère d’enfant gâté, moins je serais tentée de lui confier mon cœur et ma vie. Et tu raisonnes juste. Mais représente-toi quel coup direct pour ces trois Personnes quand je leur débitai tranquillement ma déclaration de principe matrimoniale. Impossible pour eux de conserver une illusion. C’est très loyalement ce que je voulais. | . |

Dame, il y eut un froid. Je nepus guère observer les physionomies, car Je regardais avec application dans mon assiette. Mais le silence fut plutôt

gênant. 5

Un instant après, sans en avoir l'air, j'examinais Max du coin de l'œil. Jamais je ne lui avais vu l'expression plus farouche. Et cette physionomie, d’une énergie trompeuse, avait quelque chose d’agressif et de fier qui n’eût pas été déplaisant, si presque aussitôt l'effet n’en eût été détruit par les paroles du pauvre garçon. U |

—Voyons, père, disait-il, quand est-ce que tu insisterasauprès de Messieurs Mandret pour qu’ils me fassent, dans leur maison, la place qu’ils t'ont promise pour moi ? J'ai hâte de m’asseoir sur un bon petit rond de cuir, et de me sentir dégagé de toute initiative à prendre au sujet d’une carrière.

— Mais, fit papa, si bien disposés que soient ces messieurs, encore faudrait-il que tu leur fusses bon à quelque chose. Tu n’as même pas le courage de suivre régulièrement les leçons de comptabilité que nous te faisons donner. Voila bien deux semaines que tu n’es allé à Paris.

— Oh! s’est écrié Max, par ces chaleurs, il faisait si bon canoter !…. D'ailleurs j'étais professeur à mon tour... J’enseignais la voile à Marguerite.

— Je n'aurais pas abusé de votre temps, lui dis-je, si j'avais deviné que vous aviez quelque autre occupation.

— Mais vous ne vous en doutiez guère. Vous me jugiez bon à rien. Détrompez-vous, petite sœur. J'ai été, c’est vrai, un mauvais élève au lycée, un mauvais soldat au régiment... Mais je vais devenir un excellent commis dans la banque de Messieurs Mandret... Vous verrez ça.

— Bah! intervint sa mère, tu n'auras pasbesoin de t'y tuer à la besogne, mon chéri. Ces messieurs doivent bien à ton père de te créer unesituation chez eux. Et moi je serai si heureuse de te voir sagement astreint à des heures fixes, et débarrassé du souci de l’avenir! A quoi bon te lancer dans quelque profession pleine de tracas et de hasards?... Puisque tu n’as pas de vocation déterminée.

— Et puisque je suis trop bête pour aucune carrière intellectuelle, a ricané Max.

Il était de bonne foi, chère tante. Et il n’en éprouve aucune humiliation. M. Max Clérint dédaigne les facultés de l'esprit. Il a une théorie là-dessus, figure-toil.… Il prétend, par exemple, que l'art n’est, pour les deux tiers au moins, que prétention et imitation. Ce qu’il m'a déjà taquinée pour ma peinture! Seulement il est assez drôle et bon enfant quand il taquine. Et je lui riposte sans amertume, car je ne voudrais pas croire que mon éloignement pour lui vient d’une susceptibilité froissée. Je m'exerce à supporter ses malices, et mon jugement ne porte que sur le fond de cette nature, si différente de la mienne.

Jusqu'à présent, d'ailleurs, sa verve n’a eu pour pâture que des esquisses à l’aquarelle, faites par moi dans notre jardin, au bord du lac. Il m'en dira bien d’autres lorsque nous rentrerons à Paris, et que j'irai copier au Louvre quelque page des maitres que j'aime. Car teile est mon intention. Pour le coup, je l’entendrai affirmer qu’à moins d'être génial, tout travail d’art n'est qu’un servile pastiche, plus ou moins déguisé, — et chez moi, pas déguisé du tout, — d’une pensée et d’une œuvre antérieures.

Est-ce incroyable qu'un ignorant et un oisif tel que lui, absolument dénué de tout sentiment artistique, ose dénigrer l'effort des autres? Car « effort » est bien le mot. C’est tout ce que je veux, tout ce que je crois accomplir, en me pliant à une discipline de labeur, en m'astreignant à des heures fixes, à une tâche détérminée. Effort d'exécution, de compréhension surtout, où je sens se développer mon être intérieur. Puis, c'est une joie. Je n’ai pas assez de talent pour émouvoir les autres, mais je m'émeus moimême, et, mes pinceaux à la main, je goûte des satisfactions tout à fait incompréhensibles à cet étourneau de Max.

C’est que, avec tout cela, il a des paroles fortes et tranchantes,un air d’affirmation tranquille, qui seraient à peines supportables chez quelqu'un dont la valeur se manifesterait par une activité effective. Ce garçon silencieux, qui, parfois, laisse tomber un paradoxe ou une ironie d’on ne sait quelle région d’orgueil secret, en imposerait presque. Pour ne pas en être intimidé, ou tout au moins préoccupé, il faut savoir, comme moi, — et je le sais de reste, — que, jusqu’à vingt-quatre ans, il n’a rien fait de sérieux au * monde, sinon du chagrin à ses parents par son caractère à la fois léger et indomptable, et qu’il se résigne à traverser la vie sans y jouer aucun rôle personnel, et comme un colis en voyage, poussé, hissé par les uns et par les autres.

(A Suivre.) Daniez Lesueur.

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MENUS A ENLUMINER | Se 1

N m a demandé de ne pas oublier que l’« Atelier de Madame » n'était pas fermé aux débutantes et c’est aux talents humbles que Sera consacrée ma chronique d'aujourd’hui, Les deux menus dont nous donnons le trait n’auront même pas besoin d’être grandis pour l’exécu-

tion ; il être calqués Strictement et, sitoute latitude est laissée aux fantaisistes pour le choix des colorations, nous avons pris soin d'établir pour les timorées un repérage qui leur évitera même ce souci.

Ces deux menus sont les premiers d’une série de six consacrés à la gloire familiale des légumes modestes que nous compléterons ultérieurement par la carotte, l’oignon, le chou et le haricot.

Par

Le dessin sera Soigneusement relevé au crayon un peu dur ou même à l'encre sur du papier transparent. (Je conseille le papier « dioptrique » à surface mate de préférence aux papiers glacés.) Il sera reporté ensuite sur la matière d’exécution qui peut être du bristol, du papier japon teinté, du whatman, du bois mince, et colorié soit à l’aquarelle simple, soit à la gouache, Le dessin a été compris pour l'emploi de teintes plates ; mais, si l’on exécute le coloris à l’aquarelle, on peut faire vibrer ces teintes en les employant très humides, ce qui donne, surtout avec les couleurs opaques comme le brun rouge ou certaines çouleurs composées comme le vert fait d’outremer et de gomme gutte avec une pointe d’ocre jaune, des dépôts et des dégradés amusants. A la gouache il faut au contraire viser à une parfaite unité de .ton qui produira l'effet d'une sorte de mosaique. On accentuera cet effet en grossissant le trait qui dans tous les cas

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