‹ Femme et maîtresseChapitre 18 sur 44 · ADOLPHE, JOSÉPHINE · texte numérisé non relu

ADOLPHE, JOSÉPHINE

ADOLPHE. Qu'est-ce qu'il a donc à me

presser ainsi les mains .\. Ces espèces d'ours sont effroyables dans leurs mouvemens de gaîté.

JOSÉPHINE, àparl. Il sort tout joyeux... j'ai promis...

ADOLPHE. Eh bien î chère amie?

JOSÉPHI^E. Laissez-moi , je suis dans mes réflexions raisonnables.

ADOLPHE. C'est comme moi... je viens de rencontrer mon oncle, et le bon homme m'a traité d'une façon fort énergique.... Mais laissons cela , et occupons-nous de vous seule.

JOSÉPHINE. Tenez, j'ai des ide'es bizarres, ricliciili's... je veux causer raison avec vous.

AOOi.pnE. Yons niVffiayez.

JOSÉlMlI^r. Ditt's-nioi , avez-vous eu parfois des idées do niariajjc ?

ADOi.PHi:. Aïe... aie... mais...

JOSÉl'iiKNE. Non ?.. eli bien!., vous avez tort. ..vous dépendez d'un oncle qui, ni'avez-vous dit, vous excite à vous marier, et qui, si vous le mécontentez, pourra vous déshérUer.

ADOLPHE. Oli ! parfaitement, et si vous l'aviez entendu toul-à-l'heure.. .

joséphim:. a loi s pourquoi s'y refuser I Est-ce que le mariage vous .semblerait?... Voyons, à nous dtux, faisons un cours de morale... ce sera drôle... Que pensez-vous du mariage?

ADOLPin:, siiryjris, à fart. Quelle diable de question !..

jOSÉPiii.xE. Je n'y avais jamais rélléciii jusqu'à ce jour... maison m'a bouleversé la tête... on m'a presque engagée... pour une demoiselle, le mariage est un accident obligé... et j'ai dessein d'en finir.

ADOLPHE. Par exemple, voilà une idée...

Et qui est le.. ?

JOSÉPHiAE. Je ne veux pas vous le nommer.

ADOLPHE, à part. Elle serait bien en peine... c'est unetactique... connu ! (Haut.) Mais c'est une plaisanterie... vous dites cela pour m'éprouver.

JOSÉPHINE. Je dis ce que vous verrez dans peu.

ADOLPHE. Et vous osez vous en vanter?

Vous marier, vous 1... quelque amoureux transi?., quelquesot ?.. je m'en doutais... Mais vous ne savez donc pas ce que c'est que le mariage?., pour une femme comme vous, qui désire la cél< brité et qui l'obtiendra... l'indépendance est nécessaire... le mariage, c'est la mort... les femmes de votie caractère sont jetées ici-bas pour pour s'amuser... pour jouir de la vie en toute liberté... bruyamment... leur maison à elles, c'est une salle de bal... leur ménage un quadrille.... leur mari, celui qui plaît le plus... Non, non, vous n'êtes pas née pour le mariage, vous ne le comprenez pas d'ailleurs Le mariage, ce

sont les plaisirs tranquilles, intérieurs

la semaine, le travail, l'ordre, l'économie, le pot au feu... le dimanche, quelque réunion de famille, où vous conduisent les maris... quelques vieilles tantes du Marais, cliez qui vous passez les grands jours de lète — compagnie morale et soporifique... quelques portraits ambulans, bien

poudrés, toussant, criant, racontant... un perro(|uei, un chien, le mari, du (Champagne de Normandie, des marrons, de la galette et le loto... Voilà les plaisirs immuables d'une femme mariée... voilà son Eldorado — et vous vous plongeriez vivante dans ce bas- fond matrimonial !..,. mais vous mourriez à la peine. . . Allons, allons , soyez raisonnable... laissez là vos idées de suicide.

JOSEPHINE. Mais que faire alors ?. . une demoiselle doit songer à une fin.

ADOLPHE A quoi bon y songer, la solution viendra bien d'elle-même.

JOSÉPHINE Un mari... c'est si rare!..

ADOLPHE. Erreur!., un mari comme il vous en faut à vous... il y en a... il y on a pas mal... allez...

JOSÉPHINE. Où donc?

ADOLPHE. Partout... c'est Edouard, Albin, Pro père... c'est moi...

JOSÉPHINE. A ous !.. et vous m'aimeriez assez pour..?

ADOLPHE. Mais je ne vous aime pas Joséphnie — est-ce qu'on aime ks femmes comme vous?., oh ! lidoncl.. on les adore on les idolâtre...

JOSÉPHINE. Je n'en reviens pas... il se pourrait?., et vous voudriez m'épouser?..

ADOLPHE. Mille fois!., quand on aiine comme moi, on est t a()able de tout. . . (Lui prenant /a main.) Lue bague... voilà notre contrat... et je m'en empare...

JOSÉPHlNi:. Rendez-la-moi... fi, monsieur, c'est une horreur... me prendre ma bague... vous êtes bien audacieux!..

ADOLPHE. Vous êtes si indulgente !..

JOSÉPHINE. Eh bien! c'est joli!., je prétends que vous me la rendiez... Au reste, je vous pardonne... vous êtes fou !

ADOLPHE. De vous, oui, fou de vos mains si mignonnes... de vos yeux si fripons... de votre taille si gracieuse... Ah I quel bonheur pour moi, ce soir, au Ranelagh

JOSÉPHINE. Nous y allons donc malgré nos projets?

ADOLPHE. Est-cequenos projets sont de vivre comme dts hiboux?.. ^1/ c/ian/e.)

Au plaisir, à la folie, etc.

Voilà un fameux cours de morale.

JOSÉPHINE , à part. Voilà donc deux maris en un jour... mais je m'en tiens au dernier — il est plus amusant...

f^tilse Je. liobin ,les Bois,

Mais il est tciDps f[u\'i ma toilette Je consacre qnt-lqdes instans; Si ce soir je aciix être prête, De commencer il est bien temps!

MAGASIN THEATRAL

ADOLPHE

Que de cœurs vous allez séduire I Oui, cliarun va briguer ce soir T]n luoi, un rcgiird, un sourire...

Mais d être licureux j'ai scuircspoir.

ENSE.MBLE.

ADOLPHE

Il est temps qu'h votre toilette Vous consaciiez vos in^tans, .C:ii si ce suir vdus voulez être prête, De coniiuencer il est Ijien teiups.

Joséfihuie rentre dans sa chambie en emportant h' carton.

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