LÉON, AGATHE
LÉOiV. Mademoiselle, j'ai bien l'honneur... Joséphine est dans son atelier ?
AGATHE. Asseyez-vous, je vous prie.
LÉON. Vous êtes trop bonne Joséphine est là, n'est-ce pas?
AGATHE. Je ne crois pas... il m'a semblé lavoir sortir ce matin. .. tout-à-l'heure.
LÉON. Sortie !..
AGATHE. Pour quelque emplette...
LÉON. Elle était seule?
AGATHE. Mais je ne sais.
LÉOIV. Avec M. Adolplie? Fort bien !..
je m'étonnais aussi que depuis dimanche elle n'eiil pas commis quelque étourderie.. Tenez, je parierais que c'est pour une partie de plaisir qu'elle est sortie ; je la connais, le plaisir l'emporte chez elle sur toute autre considération... les promenades, les bals, les courses à cheval, la foule, la cohue, voilà son élément... Peu soucieuse de l'opinion qu'on peut prendre d'elle, elle pense qu'il lui suffit de se bien conduire au milieu de personnes qui se conduisent fort mal... Je vous parle ainsi , mademoiselle Agathe, parce que je vous sais prudente et raisonnable... vous, vous ne quittez pas votre maison pour aller vous
divertir dans les bois de Vincennes et de Boulogne... vous comprenez que la place d'une jeune personne n'est point dans ces réunions bruyantes, et que sa réputation et ses mœurs n'en reviennent jamais sans avoir reçu quelque atteinte.
AGATHE. Je ne recherche pas tous ces plaisirs, jene désire même pas les connaître, et si l'humeur de ma cousine avait répondu à la mienne, nous n'aurionsreçu que vous, que vous, monsieur Léon, qui ne ressemblez en rien aux autres jeunes gens... à IM. Adolphe, par exemple, qui, malgré ses trente ans, est un étourdi, un coureur d'ateliers, qui faitla cour à touteslesfemmes, sans en aimer aucunepeut-être;tandis que vous, vous èles prudent, réservé... vous étiez d'ailleurs l'anti de notre oncle, et quand sa mort nous a laissées seules et sans appui, vous nous avez servi de guide, dementor î Oh! vous êtes un ami !..
LÉO\. INLidemoiselle, c'est peut-être un défaut ; maintenant pour se faire aimer d'une femme, les égards, les prévenances sont parfois des moyens impuissans, nuisibles même...
AGATHE. Vos craintes me semblent peu fondées... Joséphine est peut-être légère... mais elle vous estime... elle vous aime... et pourquoi ne vous aimerait-elle pas ? Ah ! tout le monde doit vous aimer !
LÉON. Quelle différence entre vous et Joséphine!... que de raison!... Je vous ai fait part de mes craintes , et j'ose compter sur vous pour les faire comprendre à votre cousine... Vingt foisdéjà j'ai résolu de m'en expliquer avec elle ; mais le reproche est toujoius expiré sur mes lèvres, et je n'ai su lui parler que de ma tendresse.
AGATHE. Oh ! je vous promets de lui dire tantôt combien elle a de torts envers vous . . .
LÉON. Oui, parlez-lui avec fermeté!
AGATHE. Je lui répéterai mot à mot ce que vous venez de me dire.
LÉON. C'est cela... avec douceur cependant...
AGATHE. Sans doute mais sans rien
ménager.
LÉON. Oui, assurez-la, toutefois , que mon amour est toujours aussi fort...
AGATHE. Bien mais que vous
cesseriez de l'aimer...
LÉON. Non, pas précisément... il ne faut pas qu'un conseil ressemble à une menace.
AGATHE. Alors, que désirez-vous qu'on lui reproche?..
LÉON. Mais tout ce que vous voudrez je m'en rapporte à vous.
JIAGASnS TIIEATl'.AL.
AGATHE
AïK : Soldat français.
Je lui dirai : De ton bonheur
ïu devrais être plus jalouse,
De celui qui t'ofl're son cœur '
Qui ne voudrait être l't'pouse ?