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en frappant le papier du revers de sa main, nous ne giterons pas notre bonne camaraderie.
Puis, avec un sourire tant soit peu ironique :
—Je vous promets, continua-t-il, que votre Radisson ne mangera nine trinquera avec vous à ma table, Maintenant, venez causer un peu avec moi; car, en cas d’un accident au message dont je vous chargerai, je désire que vous emportiez dans votre mémoire, avec la plus serupuleuse fidélité, les termes de ma lettre à votre gouverneur, Je voudrais bien ne pas avoir à lui écrire ; je déteste la plume et j'ai vu un temps où je préférais voir la pointe de mon épée trempée dans le sang, plutôt que celle de ma plume d’oie barbouillée d'encre,
Le jour tombait, Du côté de l’ouest, le soleil glissait derrière les montagnes, en laissant le firmament radieusement teinté d’un rose qui se fondait graduellement dans un gris tendre jusqu'au zémith, Dans la cour pttillait un feu de branches de sumac. Des lis éblouissants émergeaient presque du seuil desla porte; de grosses mouches et des cigales allaient et venaient en bourdonnant dans la fenêtre, Quelque chose du coucher du
soleil, de la fraicheur embaumée et de la majesté native de cette végétation vierge, imprégnait l'air de la pièce où tous quatre Ctaient assis, et plongeait chacun dans une réverie profonde,
Tout à coup, le gouverneur approcha son fauteuil de la table et fit signe au conseiller Drayton et à d’Iberville de s’asseoir.
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La jeune fille le toucha du bras.
— Et moi, où vais-je m’asseoir ? hasarda-t-elle timidement.
Le colonel Nicholls s2 pinca les lèvres et l’envisageu en froneant les soureils. ‘ —Vousasseoir ? exclama-t-il. Mais dans votre chambre,
mademoiselle, Tut! tut! quelle effronterie ! Si je ne savais pas que votre père doit bientôt venir vous OU ue oui......c’est comme je le dis, ajouta-t-il en la vovant le
regarder d’un air narquois.
chercher, je donnerais des ordres en neuf,
Jessica savait bien qu’elle pouvait faire marcher le Elle Ctait devenue la maîtresse du logis, l’idole de la colonie; sa vive in-
rude colonel du bout de son doizt,
telligence, sa beauté naissante de jeune femme avaient mis le vieux soldat à ses pieds. S'il se fût agi d’une affaire grave, il ne lui eût pas permis de rester; mais ce qu'il avait à débattre avee d’Iberville, elle pouvait l'entendre, Il voulut lui pincer la joue, mais elle rejeta la tête en arrière et lui arrêta la main.
—Où vais-je m’asseoir ? insista-t-elle,
— Peu importe où, mais pas à la table du conseil, répondit-il en faisant un geste du doigt, et il prit son siège. Traversant la pièce, Jessica alla se percher sur un tabouret élevé, près de la fenûtre, en arrière de d’Iberville, Celui-ci ne pouvait la voir, et si toutefois il pensa à regarder de ce côté là, il dut supposer que la jeune fille non plus ne pouvait le voir, C’était cependant
tout le contraire ; au cadre de la fenêtre était suspendue une glace dans laquelle se réflétaient non-seulement la figure de d’Iberville, mais aussi tout ce qui se passait à la table du conseil, Elle ne prêta pas la moindre attention à la conversation, mais ne fit qu’étudier d’Iberville. A une ou deux reprises, sa figure s’éclaira d’un sourire,
Elle se tourna du côté de la fenêtre et, au même moment, un homme passa, s’arrêta un instant et fixa sur elle un regard étrange. La jeune fille tressaillit, Quelque chose de familier l'avait frappé dans cette figure, et son imagination se mit à trotter au milieu de souvenirs lointains ; même pour les jeunes, le passé a des horizons sans tin, Elle frémit, et ses yeux prirent une expression d’anxiété, Tout de même, elle ne put se rappeler de quoi que ce fût. Elle se pencha légèrement en avant, comme si elle eût voulu scruter plus profondément cette période de l'existence, plus vaste encore pour chacun de nous que le présent, qu'on nomme le passé, Son regard se fit vague et mélancolique,
Les rayons du soleil couchant l’enveloppèrent tout à coup, et lui firent comme une nimbe d’or, en relevant le lustre de sa chevelure ; une trainée lumineuse lui traversa la figure, l’éclairant de radieuse facon, laissant les tempes estompées d’ombre, faisant délicatement ressortir le carmin de ses joues et de ses lèvres, animant singulièrement les plis onduleux de sa toilette qu’on eût dit être une gaze tissée de poussière d’or. Ses mains, elle les tenait appuyées et croisées sur ses genoux. Il y
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avait dans son attitude quelque chose d’idéal, d’extatique, Cependant on y pouvait aussi discerner une nuance tragique, car des souvenirs vagues de sa vie passée étaient venus quelque peu assombrir son regard; et cet état de l’Ame chez elle se révélait en étranges et délicates attitudes, dans toute sa personne, dans tous les traits de sa physionomie, C’était comme si la lumière se fût faite soudain dans son esprit, en lui arrivant, comme un signe prémonitoire, tamisce à travers des milliers d'atmosphères. On eût dit que les esprits par un sentiment de pitié, eussent voulu, en lui faisant pressentir un maiheur futur, en amortir au moins le premier choc.
Elle n'avait pas remarqué que d’Iberville s'était levé et, faisant le tour de la table, était venu regarder par dessus l'épaule du conseiller Drayton, une carte toute déployée. Après être resté un moment à suivre les indications du conseiller, d’'Iberville revint prendre son siège, Ce fut alors qu'il apercut la jeune fille toujours dans la même attitude de mélancolique réverie, Il s'arrêta tout court, puis ses regards tomberent sur le colonel Nicholls et le conseiller, Tous deux étaient penchés sur la carte et parlaient avec vivacité, Il fit de nouveau le tour de la table à pas étouffés et alla adresser la parole à la jeune fille par dessus son épaule. Elle se redressa soudain avec un léger tressaillement, et parut sortir d’un rêve lointain et profond, Elle se passa la main sur les yeux, En entendant la voix de d’Iberville, elle se retourna brusquement ; sa figure gardait encore l’expression de sa réverie ; elle lui sourit
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negligemment et de nouveau jeta un regard inquiet du côté de la fenétre, Puis elle partit d’un pas agile et léger en se dirigeant vers la porte et disparut, D’Iberville attendit que la porte fut fermée et se retourna du
b | 1H | | côté de la fenctre, De nouveau il apercut, mais cette | pl fois-ci de plus près, Radisson, lindividu même qui avait À | || | si soudainement conte hypnotisé Jessica, Exécutant à | || une volte-face du edté du colonel Nicholls. 4 i LA | il Excellence, dit-il, ne me permettriez-vous pas de 4 | | | rapporter au comte de Frontenac que vous avez interdit 1 || | i à Radisson l'entrée de votre propriété ? Veuillez m’en 4 mw croire, Excellence, cet homme est le plus fieffe gibier : |! fl de potence que je connaisse ; vous vous en apercevrez Ht | | quelque jour, pour le malheur de votre colonic -i vous | | lui donnez asile.
iia | Le gouverneur se leva et se mit à arpenter la chambre | | Hi d’un air songeur, | lt —Est-il proserit par Frontenac ? demanda-t-il.
—Sa tête est mise à prix, répondit d’ Iberville. Comme Francais, je puis le tuer comme un chien la où je le rencontreral, ¢c’est d’ailleurs, ce que je ferais, si je n'étais pas Penvoye du comte de Frontenac, et si je n’étais pas chez Votre Excellence. |
— Voilà qui est bravement parlé, dit le gouverneur, qui ne put dévuiser sa satisfaction, Mais comment pourriez-vous en ce moment l’exécuter comme vous dites ? Est-il ici, quelque part ?
Il se rapprocha de dIberville et regarda par la fenêtre.
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—Quel est l’homme qui est avec lui?
—Je jugerais que c’est quelque vil coupe-jarret, maluré son petit air un peu recherché, dit d'Iberville, Qu'en pensez-vous ? monsieur, ajouta-t-il en se tournant du côté du conseiller qui, les yeux tout grands écarquillés, regardait entre eux deux.
— C'est la tête la plus insignifiante et en même temps la plus étrange que j'aie encore vue, répondit le marchand, Que peut-il avoir à faire ici, et pourquoi accompagne-t-il cet autre gredin? Je parierais qu'il veut parler à Votre Excellence,
— Vous aurez vos coudées franches, dit le colonel Nicholls en se tournant du côté de d’Iberville, Un rénégat, là-bas, nous était utile, lorsque nous ne savions pas quel coup subit l’on pouvait méditer au Château Saint-Louis ; comme vous pouvez bien le deviner, cet homme là a aussi ses amis, gens aussi perfides que lui, Mais, pour faire plaisir à votre gouverneur, je vais le proclamer proscrit.
Prenant sa canne, il en donna plusieurs coups sur le plancher, Il attendit quelques instants, puis recommenca à frapper. Pas de réponse,
Il ouvrit la porte ; l’Ecossais, en sentinelle, n’était plus là.
— Voilà qui est étrange, dit-il,
Puis, regardant autour de lui :
—Et notre autre conseiller, dit-il, où est-il? Enfuie elle aussi, Parole d'honneur ! Je ne l’ai pas vue partir.
Je puis jurer tout de même que là où nous trouverons notre petite sorciére, nous trouverons aussi mon Ecossais, Morris, Allons! c’est réglé ! que nous le voulions ou non, il nous faut en passer par leurs fourches cau-