‹ Femmes Arabes avant et depuis l'IslamismeChapitre 6 sur 36 · UFAYRAII ET SO> FRERE · texte numérisé non relu

UFAYRAII ET SO> FRERE

luilyk gouvernail en roi — la tribu des Tasmides ou descendants de Tasm ûls de Laûzân fils d'Azbar fils de Sâm (Sem) fils de Noûb (Noé), — et la tribu des Djadicides ou descendants (1) de Djadis fils d'Amir fils d'Azbar. Ces deux tribus, de souche si ancienne, étaient donc sœurs d'origine. Elles occupaient, dans l'Arabie, le Yamâmah ; elles étaient nombreuses et puissantes. — Imlyk s'abandonna à tous les excès de la tyrannie la plus despotique, la plus ignoble, la plus criminelle, la plus odieuse.

Une femme djadicide, nommée Hozeïlah, était mariée à un appelé Kirkis, ou, selon d'autres, Kàbis. Son mari la répudia, et il voulut garder avec lui le fils qu'il avait eu d'elle. Hozeïlab alla se plaindre à Imlyk, récriminer au nom de l'amour maternel. « Prince, dit-elle au roi, j'ai porté cet enfant neuf mois dans mon sein ; je n'ai eu que cet enfant, ce seul enfant; je l'ai allaité deux périodes (deux ans); je n'en ai recueilli encore aucun avantage ; et voilà, lorsque ses articulations deviennent déjà solides et fermes, lorsqu'esl près le moment de l'éloigner de la mamelle maternelle, voilà que cet homme vient m'arracber brutalement mon enfant, me laisser les yeux s'abimer dans les larmes. — Qu'as-tu à opposer à

'I) I.*» Djadi* ont éle connu» de Ptotémàe qui le» nomme lo4*cittt; en ffttc, lodicilai. Vo*. Huai tur Vhitloirr //<•» irabtt, etr., vol. I. pag. 20. par C.au*»in de Prrrr-

.»4 FKMMES AKAISKS

ces observations-là? dit le roi au mari. —Ce qoe j'ai à opposer, le voici: Celte femme a reçu de moi un douaire (don nuptial) complet ; et je n'ai recueilli, en retour, qu'un fils débile, ebétif, sans couleur de vie. Juge mes prétentions, et décide selon qu'il le paraîtra convenable. »

Comme sentence dirimante, Imlyk fit prendre l 'enfant et le mil provisoirement au nombre des jeunes garçons réservés à son service. Puis le roi dit h Hozeïlab : « Maintenant, à cet bomme qui fut ton mari, qui se plaint de n'avoir eu de loi qu'un enfant débile, donne un autre fils, mais sans te remarier; paye lui ainsi ta dette, par voie excentrique. — L'union, dit Hozcïlah, se doil consentir à la condition d'un douaire; l'union illicite que tu me conseilles, c'est l'infamie ; je ne veux ni de l'une ni de l'autre. > A celle réplique nelle el résolue, Imlyk ordonna de vendre el la femme el le mari, de livrer au mari le cinquième du prix de vente de la femme, el a la femme le dixième du prix de venlc du mari. Ce fui alors que Hozcïlah indignée, improvisa ces vers :

« Nous sommes venus demander justice au roi des

ïasmides, el une sentence oulrageanlc est lancée contre

moi.

« Je le jure par ma vie ! Prince, tu as rendu un jugement inique, tu ne sais ce que c'est que la justice.

« Je me repens d'en avoir appelé à ton autorité. Mais de quoi servent mes regrets! comment remédier à mon malheur ? Mon mari maudit aussi ta sentence. » Ces paroles réprobatrices de Hozeïlab soulevèrent la colère d'Imlyk, l'irritèrent contre les femmes djadicides, et il décréta que désormais, nulle vierge djadicide qui se marierait ne serait donnée à l'époux, avant qu'elle n'eût été livrée au roi. Il fallut subir celle loi de honte et d'ignominie. La loi s'accomplit jusqu'au temps où se maria Ofayrab-les-Soleils fille d'Olar el sœur d'Aswaii personnage puissant parmi les Djndis.

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Ofayrah (elle est surnommée encore cliamoûi^ la rélive) fut demandée en mariage. Les accords furent conclus. Mais au jour fixé, le soir, avant de la conduire a son fiancé, on la mena a la demeure d'Imlyk. Ofayrah, a partir de sa lente, était escortée, entourée de jeunes chanteuses dont les voix attristées, accompagnées des sons de lugubres instruments, chantaient ces vers :

'< Pars, vierge de Djadis, commence par imlyk ; va, sacrifie ta fleur virginale ; va, dès le crépuscule du soir, h ce sacrifice inouï.

• Hélas? lu trouveras ce que lu n'as pas désiré! Ce roi, nulle vierge ne peut donc lui échapper! » Ofayrah fut introduite chez Imlyk et lui fut livrée. Fille vigoureuse, elle résista, elle lutta vainement. Puis elle sortit, agitée, en désordre, marchant a grands pas, souillée, bouleversée, désolée, l'œil indigné et furieux. Inondée de larmes, environnée d'une foule immense, elle allait devant elle, cl d'une voix de désespoir et de colère elle criait ces vers :

- Non, il n'y a rien de plus avili que les Djadis. Quoi ! laisser^ouiller ainsi vos fiancées, vos épouses !

« Dites ! l'homme d'âme et de cœur qui a fait ses dons et ses présents à sa fiancée, qui lui a payé le douaire, peut-il consentir à tant d'ignominie !

« Oh ! la mort ! la mort ! plutôt que de laisser ainsi outrager celle qu'il a choisie pour épouse! » Ofayrah dans sa juste indignation, soufflait et allumait sans cesse la vengeance au cœur des Djadicides, leur répétait ces vers que lui avait inspirés son malheur :

» Est-il possible que vous supportiez ce qu'on inflige à vos filles ! Et vous êtes hommes ! et nombreux comme les fourmis !

« Ofayrah, noble enfant de votre tribu, a reparu a vos

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yeux salie, couverte de houle! et, entourée de vos femmes, elle a été ainsi conduite à son fiancé !

« Oh ! si nous étions hommes, nous, et si vous étiez femmes, nous ne vous laisserions pas souiller de tant d'ignominie.

* Mourez donc en hommes de cœur, ou bien assassinez votre ennemi ; allumez donc, secouez les mille brandons de la guerre ;

< Ou bien, fuyez de ces contrées, allez vous cacher au fond des déserts, et périssez plutôt de misère.

« Oh ! le trépas m'est plus beau que le séjour au milieu de vous dans la souffrance. Mourir ne vaut-if pas mieux que vivre déshonoré*' !

« Après un aussi grand outrage, si la colère ne saurait vous faire bondir le cœur, soyez donc femmes, allez passer vos heures à vous teindre les yeux (i) ;

« Allez vous faire parfumer comme des filles, vous n'êtes faits que pour avoir des habits de femmes et pour laver des hardes.

« Loin d'ici, loin celui qui n'oso s'armer contre le tyran ! loin celui qui ne sait que se pavaner et marcher orgueilleux au milieu de nous ! »

Aswad eut bientôt appris le malheur et l'exaspération de sa sœur. Aswad était puissant et révéré parmi ses contrihules ; il les appela à la vengeance : « Enfants de Djadis, ces descendants de Tasm qu'ont-ils de plus que vous ici ? . Sont-ils donc au-dessus de vous parce que ce roi qai nous commande, eux et nous, est des leurs ? Débarrassons-nous de ce tyran, ce sera justice. Entrez dans le projet que j'ai conçu; il s'agit de la gloire, de l'honneur de votre nom ; il s'agit d'une vengeance qui nous affranchisse du tribut de honte qui pèse sur

Il De temps immémorial, en Orient, on Grèce etc., les femme» se teignirent le* tmirril» et le» bord» de» paupière» «ver le kenM, le rohel de no* chronique».

AVANT l/ISLAMISML S7

nous. Acceptez ce que je veux vous proposer. » Déjà les énergiques reproches d'Ofayrah avaient irrité les Djadicides. Aux provocations d'Aswad, et lorsqu'il leur dit : < A moi ! La fatalité, le malhenr m'a frappé, » les hommes de la tribu répondirent : < Nous te sommes dévoués ; nous sommes tous à ta discrétion; mais les Tasmides sont plus violents, plus nombreux, plus paissants et mieux armés que nous. — Ecoutezmoi. Je veux organiser une fête, un grand festin. J'y inviterai le roi avec toute sa suite, et ses Tasm. Ils viendront. . . et quand ils seront ici, à prendre leurs ébats, à s'admirer dans leurs amples parures, dans leurs longs vêtements, quand ils seront repus, saisissons subitement nos armes, et égorgeons, massacrons. — Égorgeons, s'écrient les Djadis, égorgeons tout ! »

Aswad prépara un grand repas qu'il lit dresser en plaine, à distance des tentes, et il recommanda à chacun de ses hommes de se cacher d'avance un cimeterre sous le sable, à (a place où chacun d'eux devait s'asseoir. « Je me lèverai, je frapperai le roi, dit Aswad ; et, à ce signal, que chacun de vous massacre ceux qu'il trouvera sous sa main ; immolez tous les chefs, tous les grands. Il nous faut un massacre général. >

Imlvk fut invité et avec lui toute sa suite et tout son entourage. Imlyk vint au rendez-vous, au milieu de ses courtisans; et la foule de ce cortège s'avançait solennellement, en longues tuniques, amples parures. On s'accroupit par cercles autour des mets; on commence à manger, on s'égaie... Tout à coup Aswad se lève, massacre le roi ; les Djadicides dégagent leurs sabres de dessous leurs jambes. Chaque conjuré frappe son convive le plus voisin ; il se fait nn carnage affreux. Après le massacre des hauts personnages, on se précipite sur la foule, et tout succombe, tout est mis en pièces, l u seul homme se sauva ; il s'appelait Ryâh fils de

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Mourrait. C'est à propos de ce guel-à-pens sanglant qu'Asuad a dit ces vers :

« Goûtez enfants de Tasm, goûtez le massacre que vous a apporté votre iniquité ; car vous aviez consacré la plus honteuse des hontes.

« Nous nous sommes affranchis ; nous les avons tués à satiété; leur brutale injustice avait allumé en nous le feu de la colère.

c Plus ne reviendra sur nous leur tvrannie, non. Nous les avons laissés sans queue ni tête (en morceaux sur la place).

« Si vous aviez respecté notre parenté comme vous le deviez, nous vous serions demeurés unis de corps et d'âme. »

Echappé à cette extermination, Ryàh s'enfuit et alla implorer le secours du Tohha Hassan, roi des Himiarides (\). . Prince, dit Ryàh au Tobba, nous sommes tes esclaves, tes rayas. Les Djadicidcs ont outragé, envers nous, les lois de l'humanité. Qu'y a-t-il eu? et que veux-tu? — Prince, poursuivit Ryàh en renforçant sa voix, écoute-moi:

« Viens, a ma parole, contre ces hommes qui nous ont appelés à eux pour nous trahir ; viens, tue-les, et il y aura glorieuse récompense pour toi.

a Jamais tu n'entendras récit de pareil jour, lu ne verras jamais jour pareil à celui où la perfidie assassina nos Tasm ides.

« Nous, étions venus chez les Djadis sans défiance, lïzàr (2) aux flancs, les sandales aux pieds, avec nos rouges manteaux, avec nos ornements aux vertes couleurs ;

1. l/cmpire des Himiarides ou descendants de Himiar eut pour capitale Zafar, puis «Uni, dans l'Yémen. Le nom de Tobba a été appliqué «vrtoula neur roi» Himia

ride».

Sorte de «élément dont onve ceint le* reins et qui tombe jntqu'au* çenoux

AVANT L'ISL VMISML ,9

« Nous vîmes mets nombreux, servis en libre espace, un grand festin; el puis se ruèrent sur nous les oiseaux de proie, les loups el les tigres.

« A toi ! va fondre sur celte tribu, que rien, ni Dieu, ni eux-mêmes ne sauraient proléger el défendre. » Le Tobba accueillit la proposition et promit victoire. Il réunit son armée ; il partit, prenant sa route du côté de Djaù où étaient les châteaux forts des Djadicidcs. Lorsqu'on fut à trois jours de distance, Rjâb dit au Tobba : « Prince, j'ai une sœur qui est mariée parmi les Djadicides ; elle se nomme Zarkâ el-Yamâraah (ou le bleuet de l'Yamàmah), parce qu'elle a les yeux bleus. Son regard perçant dislingue un bomme a une distance d'un jour el d'une nuil de chemin. Je crains qu'elle ne nous aperçoive et qu'elle ne mette nos ennemis sur leurs gardes. Ordonne à les soldais de se munir de grandes branches d'arbres el de n'avancer que cachés par le feuillage de ces branches qu'ils tiendront devant eux afin de donner le change à ZarM- » On se remit en marche a la Huit. Et le Tobba demanda à Ryàh : « Est-ce que la sœur voit aussi pendant la nuil.9 — Oui, certes! et même son regard est peut-être plus perçant encore que pendant le jour. » Le roi ordonna à ses soldats de suivre le conseil de Ryâh.

Ou approcha de l'Yamaraàb dans la nuil. Zarkâ plongea le regard dans l'espace et s'écria : « Enfants des Djadis, voici des arbres qui s'avancent de notre côté et derrière eux marchent les premiers escadrons des ilimiarides. » On ne la crut pas : * Je vois, ajouta-t-elle, un soldat cousant une sandale. » On se moqua de la voyante. Alors elle improvisa ces deux vers :

« A vous ! à vous ! garde à vous ! hommes des Djadis, il y va de votre salul; allez! ce que je vois, il ne le faut pas dédaigner.

« Oui, je vois «les arbres cl derrière eux des hommes ;

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c'est pour quelque chose, certes, que se sont unis des hommes et des arbres. »

On ne tint compte de l'avis.

Au malin, le Tobba surprit les Djadlcides, les massacra, les extermina, ruina leur pays. Zarkà fut amenée au roi himiaride, et il lui demanda : « Qu'est-ce que tu as vu ? — J'ai vu des arbres derrière lesquels marchaient des hommes. » A celte réponse, le roi ordonna qu'on arrachât les yeux à Zarkà et qu'ensuite on la pendit à la porte de la ville de Ujaû. Le Tobba changea le nom de cette ville et l'appela Yamàmah, du surnom de Zarkà (258 de J.-C).

Aswad, le meurtrier d'Imlyk, échappa au carnage, et s'enfuit avec sa sœur et une petite troupe de Djadlcides. Ils se réfugièrent jusque sur les monts Adja et Selma, où plus tard vint s'impalroniser la tribu des Tayïdes ou Béni Tay {i). Primitivement, les Béni Tay habitaient le Djourf, pays élevé, auprès des montagnes limitrophes de l'Yémen au Nord, et où, dans . la suite, s'installèrent les Béni Mourâd et les Béni Haindàn. La vaUée spécialement occupée par les Béni Tay, tribu faible encore et peu nombreuse, était un repaire de bêtes féroces.

Or, à chaque automne, un chameau étranger venait chez les Tayïdes, et il repartait quelque temps après ; personne ne savait où il s'en retournait, Il ne reparaissait plus que l'année suivante. Déjà les nombreuses tribus des Azdides ou Béni Âzd avaient, depuis nombre d'années, émigré de l'Yémen, chassés par la grande inondation qu'amena la rupture des fameuses digues sabéennes.

Les Tayïdes s'ennuyèrent du séjour triste et sauvage de leur vallée, a Les autres tribus qui ont abandonné l'Yémen, répétaient-ils, ont poursuivi plus loin leur route, cherchant une région, une terre bienveillante où ils pussent se fixer; partons aussi. » Un jour donc ils disent à Sàmah leur chef,

I Pronon^* «v roramc nntr* interjection «i*'

AVANT LïSLAMISMK Ul

fils de Louay, et arrière petit-fils de Tay |>ère des Tayïdes : « ta chameau qui, tous les ans, reparait ici, vient certainement d'un pays cultivé, riche en produits ; car dans les crottins de la hôte nous avons remarqué des noyaux de dalles. Si, à son départ prochain, nous suivions sa (race, nous rencontrerions peut-être quelques bons pâturages, el probablement un séjour meilleur que celle vallée où nous sommes. » L'émigration fut décidée.

A l'automne le chameau revint ; il féconda les charnelles, et, quand on le vit près de repartir, on rassembla les bagages, on les chargea, et on se mit sur les pas du chameau étranger; on fut attentif à en tenir la piste, s'arrélant ou il s'arrêtait, couchant là où il se couchait pour la nuit. Il resta enfin près de deux monts, Adja et Selma (au Nord du Nedjd et sur la limite du Hédjâz). On descendit à quelque distance, en un lieu appelé Karlb, et là, Sâmah dit à ses contribules :

« Considérez Karib comme un ami opulent et à grasses campagnes ; chaque population à son soir et son matin (aujourd'hui mal, demain bien). »

Les Tayïdes s'emparèrent des dattiers qui étaient dans les vallées, et des troupeaux qui y paissaient. Mais tout à coup ils aperçurent un homme au sommet d'une colline ; c'était Aswad fils d'Ofàr. A son aspect ils demeurèrent interdits, stupéfaits, épouvantés. Ils n'avaient jamais vu d'homme d'une aussi gigantesque stature. Ils se retirèrent à la hâte. De ce jour, ils explorèrent soigneusement le pays, afin de s'assurer s'il était habité ; ils ne rencontrèrent personne. Alors Sàmah dit à un de ses fils appelé El-Raûth * « Mon fils tous nos contribules reconnaissent que, parmi eux nul ne te surpasse en forée, eh courage et eu adresse. Débarasse-nous de ce géaot ; el lu seras à jamais le héros des Tayïdes, car nous te devrons la possession de ce pays. »

El-Raûth partit avec quelques hommes seulement, alla trou-

FKMHKS Alt ABUS

ver Aswad, s'entretint avec lui, le questionna, conversa longtemps. Aswad, à l'aspect de cet étranger el de ses compagnons, s'étonna de leur taille chétive: « D'où venez-vous? leur dit-il. — Nous venons de l'Yémen. » El-Raûth raconta d'abord l'histoire du chameau qui leur avait servi de guide, puis parla de la frayeur qu'ils avaient eue en apercevant le géant djadicide, el de la taille débile, grêle et courte des Tayïdes comparée à celle des compagnons de ce colosse. L'entretien des Tayïdes avec Aswad se prolongea, et lorsque le djadicide était tout entier à leurs paroles. El-Raûth lui décocha une flèche et le frappa à mort. En lui finit la tribu des Djadîcides. Les Tayïdes s'installèrent sur les deui monts (en 230 de J.-C. environ).

Mil

IHverses existences îles femmes; diverses natures.— Oumm Kâri.ljiih, la femme du\ mariage». - FAtimah «1 sa camériste. - Lo poète Mourakkicli le jeune.

Dans l'ancienne Arabie, l'influence ou l'œuvre des femmes, ou la considération attachée a leur position sociale, s'est traduite encore par d'autres résultats ou circonstances d'une valeur permanente. Ainsi, des femmes ont donné leur nom à d'immenses tribus et représentent, dans les chroniques, des physionomies historiques de haute importance. Telle fut la célèbre Khindif, qui fut la téte de la vaste ramification des Béni Moudar, lesquels, sous le nom de Khinditides, peuplèrent, avec une autre ramiûcalion sœur, presque tout le Hédjâz et le Nedjd. Mais les détails sur ce point, appartiennent à l'histoire générale ; et pour beaucoup d'autres indications de cette espèce, je renvoie à Y Essai sur l'histoire des Arabes, de M. Caussin de Perceval. Ici je ne veux, comme je l'ai déjà indiqué, ra'occuper des femmes arabes que surtout au point

AVAISl L'ISLAMISME. (13

de vue intellectuel, au point de vue de la logique pratique de la vie, au point de vue des manifestations les plus obligées de la conduite morale ; retracer les traits saillants de la vie féminine, son caractère, ses goûts, son allure, ses légèretés mêmes, dans cette ancienne société.

L'Arabie eut quatre Sages, avons-nous dit, et ce furent quatre femmes. Elle eut aussi les Mères Heureuses ou mères aux nobles fils, et elles furenl au nombre de trois. Groupes pittoresques que Ton trouve rarement dans les histoires des autres nations. Il n'y a guère, peut-être, de comparable aux mères heureuses, que la mère des Gracques dans l'ancienne Rome. Au milieu de la foule remuante des acteurs qui représentent le drame parfois décousu de l' histoire ancienne des Arabes, on remarque dans des rôles piquants, des femmes de natures variées, des femmes habiles, rusées, fines, ou courageuses, graves, passionnées, et des femmes à tous degrés de vertus. La courtisane publique existait aussi dans ces déserts, aux stations des tribus, de même que dans les localités à habitations flxes. La courtisane appelait, disent les textes historiques, les voyageurs qui passaient sur leurs montures, ou bien elle plaçait devant sa demeure, devant sa tente, un petit drapeau qui servait d'enseigne. Ainsi, le tableau, là-bas, était complet, comme ailleurs. Le vieux temps vit toujours jeune ; chaque femme, chaque homme esj une des facettes de ce diamant qu'on appelle le monde ou l'humanité, et qui reûèle toujours toutes les couleurs et toutes les nuances des idées, des penchants et des besoins.

N'est-ce pas, par exemple, une singulière téle dans le tableau général de l'Arabie, que celle d'Oumm KMridjah, originaire de la tribu Yéménite des Béni Khatham? Ou m m Kbâridjah, tant de fois mariée et tant de fois répudiée, fut mère de nombre d'individus qui devinrent les souches de sous-tribus. Elle avait la passion, la folie du mariage. Elle fut épousée

fti KKMMfcS AIMBKS

dans tant Je tribus, que, de son temps, on prétendait qu'il était difficile, même à un personnage distingué, de ne pas être du sang d'Oumra Khâridjah. Des qu'on prononçait devant celte belle Yéménienne le mot : « fiançaille, - aussitôt elle répliquait : < mariage. » De là le proverbe arabe : < Plus prompt à agir qu'Oumm Kbàridjah à accepter le mariage. » Une fois qu'elle venait d'être répudiée, elle retournait à sa tribu avec un de ses fils. Chemin faisant, elle aperçut dans le désert, au fond de l'horizon, un Arabe monté sur un chameau. Du plus loin qu'elle découvrit l'étranger voyageur, elle se prit à dire, d'une voix toute joyeuse : « Tiens, mon fils; voici un Arabe qui vient me demander en mariage ; il n'y a pas a cela le moindre doute. Tout à l'heure tu verras qu'il va me faire dépécher de descendre de mon chameau pour convenir immédiatement de nos conditions. » Le fils regarda sa mère... et la blâma de cette perpétuelle préoccupation pour le mariage.

Et que dira-t-on de Fâtimah et de sa suivante ou camérière Ihnet Idjlân ? et remarquons-le bien, Fatimah, princesse, fille de Nomân roi de Hirah, dans l'Irak.

Nomàn connaissait la nature ardente de sa fille. Pour prévenir un malheur, il tenait la jeune princesse cloîtrée dans un castel isolé, autour duquel, par honneur et, bien entendu, aussi par .prudence, veillaient nuit et jour des gardes armés. Nul homme n'avait entrée dans cet asile conservateur de la vertu de Fàtimah. Par surcroit de sagesse et de méfiance, chaque soir, vers nuit close, on traînait par terre, autour du castel, de grands pallium, afin d'égaliser et d'unir la surface sablonneuse du sol. Cela fait, personne autre qu'Ibnet idjlân n'avait droit de sortir du palais ou d'y rentrer.

La belle captive montait fort souventes fois par jour au haut de sa retraite pour regarder les passants. La camérière, belle aussi, sémillante aussi, avait touché le coeur du célèbre

AVANT L'ISLAMISME. Vù,

poète Mourakkich le jeune, avait joui de son amour. . . Elle parla de son bonheur à sa noble maîtresse, lui vanta la beauté, la magnifique chevelure du poète. . . Fàtimah voulut le voir. Mais elle voulut de plus, dans sa délicatesse raffinée de princesse, s'assurer avant tout si ce beau poète avait quelque naissance. La généreuse suivante avait été moins scrupuleuse, moins minutieuse et moins exigeante.

Notons, en passant, ce trait de mœurs antiques chez les hautes familles de celte Arabie, ce trait de savoir vivre. Des épreuves furent exigées par la royale réclusc. « Ecoute, ditelle à Ibnet Idjlàn ; quand ce jeune homme sera demain chez toi, présente-lui un cure-dent (1), puis une cassolette avec du feu où tu jeteras quelque peu de parfums. Ordonne alors à notre beau poète de se tenir, debout, la cassolette sous 1rs vêtements, afin de se parfumer. S'il se sert de suite du curedent, sans en couper et émôcher un peu l'extrémité, ou s'il refuse, c'est un homme du commun, sans éducation ; s'il va se placer au-dessus de la cassolette, ou s'il la refuse, c'est encore un homme de rien. « Le lendemain l'expérience fut faite : « Approche-toi de la cassolette, dit la jolie suivante à son amant. » Le poète ne se dérange pas. « Apporte-la moi ici près de moi, > dit-il. Mais il refuse de la placer sous ses vêtements. Il se parfume la barbe, puis la chevelure. Il reçoit ensuite le cure-dent, en coupe légèrement l'extrémité, et se le promène dans la bouche. Le jour suivant, la pétulante camérière raconte à sa maîtresse le résultat de l'épreuve. « Amène-moi ce jeune Arabe, » dit aussitôt Fàtimah.

Les gardes étaient sévères, sans relâche aux aguets. Chaque matin, Nomân envoyait ses devins reconnaître les traces des pieds imprimés sur le sable, et les devins retournaient

(1) Le cure-dent était et est encore, dans les pays arabes, une petite branche de bols odorant ou imprégné d'odeurs choisies. On taillade une extrémité de ce bow en piofeau flexible, du diamètre du petit doigt i peu près ; on s'en frotte et parfume les dents et par suite la bouche.

(10 KEMMKS ARABKS

«lin* au roi : » Nous n'avons trouvé que l'empreinte des pieds dihnet Idjlân. • Or, pour la nuit fixée par Fàtimah, la maligne suivante se rend auprès du'poèle, se le charge sur le dos, l'y maintient en lui passant sous les reins un pallium qu'elle se noue sur le devant du corps ; elle introduit ainsi l'innocent séducteur chez la fille du roi. Le poète y passa la nuit ; il repartit avant l'aube, de la même manière qu'il était entré. Les sorciers royaux viennent examiner les pas marqués sur le sable ; puis ils vont dire a Nomân : « Nous n'avons aperçu que des traces des pieds d'Ibnct Idjlân ; seulement leur empreinte était plus profonde que d'habitude. » La restriction parut être de peu d'importance ; et les choses continuèrent pendant quelque temps.

Mourakkich perdit ses entrées au petit palais, par une sin gulière imprudence, ou, si l'on veut, par une étonnante générosité. Il se laissa vaincre aux instances d'un ami, s'engagea par un serment irréfléchi, et crut alors devoir céder son rôle pour une fois. Cet ami ressemblait de taille, de manières, a Mourakkich. Mais rares sont les ménechmes exacts et complets. Malgré l'obscurité de la nuit, la princesse s'aperçut de la substitution, et se voyant ainsi jouée, repoussa l'intrus d'un dédaigneux coup de pied ; tout fut perdu. Il fut cconduit le matin, par le procédé de transport ordinaire. Notre poète se reconnut coupable de trahison ; il ne put plus revoir ni la suivante, ni la maîtresse. C'est après ce dénouement que j'abrège, parce que le texte arabe le raconte d'une manière un peu trop naturelle et trop nue, que le poète fit d'inspiration la poésie ou kacideh que voici :

« Adieu, Kâlimah ; sois heureuse. Va, je ne l'oublierai

ni aujourd'hui, ni jamais, tant que tu te- rappelleras nos

joies d'amour.

« Naguères encore, malheureux Mourakkich, la belle

Bekride (la contribule), par sa taille élégante comm€ la

AVANT Ï. ISl AMiSMK G"

branche du nabk, et les filles des alentours de Nàhoùs, par leur démarche cadoncéc comme celle de l'autruche, l'avaient rendu fou d'amour.

« Le jour surtout où je les quittai, elles m 'apparurent dans tout l'éclat de leur beauté, limpides comme l'eau des étangs, et leurs belles dents brillaient humectées par une fraîche salive

« Qui semblait être une pure rosée versée au milieu d'une splendidc couronne d'arc-en-ciel posée sous des nuages en pluie.

« A Zâl el-Dhàl, elles nous laissaient voir, les unes leurs mains jolies et leurs bracelets, les autres leurs joues unies (1) et lisses comme une surface d'argent.

« Pour un temps mon cœur avait oublié ces jours des premières amours; maintenant que leur souvenir me revient bouleverser la pensée, j'irais, dans mon délire, faire le tour du monde sans m'arréter.

« Ëh quoi ! Regarde, mon ami ; vois-tu ces femmes partir à la hâte? ou bien sont-elles assises encore?

« Ou bien, songent-elles aux apprêts du voyage, à cette heure où le jour est déjà avancé, pour aller à travers le désert chercher de nouveaux pâturages7

• Vois, elles sont parées de pierres précieuses, de fragments d'or, de bijoux, de kharaz (verroteries) de Zafar rayés de blanc et de noir, et de perles rangées en colliers (2).

« Enfin, elles ont passé les bourgades et les vallées, cl le chamelier, par ses chants, animait le pas des chameaux ; elles suivent les grands chemins, elles vont descendre à Chaû.

|l) L'original porte j<*ue$ aptatics ; car les joncs bouffie» on rebondies, pour les Arabes excluaient la beauté.

(ij Zafar fut une ville célèbre dans l'Yémen, des les temps les plus reculés. Il y eut deux villes de ce nom.

»;* H MMKS AKABKS

« Mais Fàtimah est bien plus séduisante que loules ces femmes, par la fraiche blancheur de son teint et les flots noirs de ses cheveux en tresses fines comme des cordes d'arc.

« Avais-je faim, c'est a ma chère petite Fàtimah que je demandais un repas; pour toute chose, c'est à Fàtimah que je m'adressais.

« Oui, je trouvais tout en loi,'... Et voilà que tout est rompu entre nous par la folle peur de perdre un ami.

« Maintenant, quoique déjà loin de loi, quoique mes chameaux soient faligués, je les pousse toujours, ô Fâiimah, ei avec eux je m'enfuis. /

« 0 ! sois heureuse, Fàlimah ! sois heureuse, astre de lumière ! noire séparation n'eut jamais dû arriver.

• Sois heureuse ! mats sache le bien, j'ai pour toujours besoin de l'aimer; rends-moi, Fàtimah, rends-moi quelque chose de ton amour.

a 0 mon amie ! si toutes les femmes étaient dans un pays, el toi seule dans un autre, j'irais à loi, fusses-tu cachée au bout du monde.

« Trop souvent l'homme délaisse celle qu'il aime et lui voue une injuste colère; mais moi... (moi, je te garderai toujours mon amour).

<( Cruel fils de Djaciab ! nous étions liés par un serment; j'y restai fidèle, et ce fut mon malheur. Mourakkich, va, n'aocuse que loi, et supporte tes regrcls el u souffrance.

« Tu le sais, qui fait bien, recueille la louange; qui fait mal, ne doit espérer que le repentir et le blâme.

« Juge d'après toi-même : souvent de désespoir on se mord et coupe les doigts, et on se charge de douleurs pour un caprice d'un ami.

AVANT L'ISLAMlSMt:. «'»

« Non, ce nVsl pas un songe qui entretient le chagrin qui oie déchire ; hélas ! je veille, et les songes sont les illusions du sommeil. »

Mourakkich mourut d'amour.

l.e» Mercs Heureux» : Khabyab, Mftwiab, t'àllmah 611c de Kbourchoub. — Coutume pour les cérémonie* de deuil aprè* la mort d uo homme de guerre, el pour attaquer l'ennemi.

Comme je l'annonçais tout à l'heure, les traditions du paganisme arabe ont conservé en partie un groupe touchant, celui des Mères Heureuses ; femmes de cœur et d'âme, elles se glorifiaient de cet orgueil des mères qui admirent les qualités et le renom de leurs (ils. Le mot arabe qui qualifie ces femmes signifie : « Quœ prœstantem et generosum filium genuit. » J'ai rendu cette idée par le résultat du fait, par le sens d'allusion au bonheur d'une mère qui est fière et hgureuse d'avoir donné le jour à des hommes de bien et honorés de leurs concitoyens.

Les trois Mères Heureuses dont on a conservé et consacré le souvenir comme modèles des mères, sont : — Khabyah lille de Ryàh, de la tribu des Béni Rany; — Mâwiah fille d'Abd Manâh, de la tribu des Béni Dâriro ; — Fâtimah femme de Ziâd et fille de Khourcboub ; elle était de la tribu des Absides ou Béni Abs. Je n'ai que la petite légende de Fàti mah, légende pleine de naïveté, d'une simplicité gracieuse. Joli tableau de famille, où, dans un petit cadre, sont dessinés et colorés quelques faits] caractéristiques de mœurs, de croyances maternelles tracées en peu de mots; charmante leçon de prudence et de générosité ; et tout cela dominé par la noble figure de cette robuste et vertueuse Fâlimah qui sacrifie sa vie pour conserver la pureté île son nom et d«*

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celui de ses enfanls. Mon ami, M. F. Fresnel, a déjà publie celle courte histoire.

Le récit commence par une arictle de deux vers où Kaby' fils de Fâliraah annonce, par l'indication d'une ancienne coutume arabe, que Mâlik (ils du roi des Absides et assassiné par les Béni Fczàrah, a élé veugé. Pour bien saisir le sens de celle arictle, il est nécessaire de savoir qn'on ne pleurait, au moins publiquement, un conlribule lue, qu'après qu'on l'avait vengé, qu'on avait oblcnu le talion ou accepté el reçu le piaculum du meurtre, le prix du sang. De plus, les cérémonies de deuil, célébrées par des pleureuses gagées, par des femmes de la tribu, et surtout par les proches et parents du mort, ne ' s'exécutaient que le matin, dès avanl les premières lueurs de l'aube, parce que c'était aussi l'heure à laquelle on attaquait l'ennemi dans les guerres, dans les incursions; on rappelait ainsi, par les heures où l'on pleurait les morts, les heures où le plus souvent les guerriers succombaient. Cette ancienne habitude d'attaques, de lactique militaire, a élé conservée et consacrée dans les recommandations du Koran, et, comme disent les Musulmans, Dieu a ordonné dans son saint Livre « que les attaques se fassent dès le matin. » Nous verrons celte sorte de principe encore indiquée par la célèbre Khansâ, dans ce vers d'une kacideh où elle déplore la perte de Sakhr, son frère.

« Le lever du soleil me rappelle mon frère, le crépuscule du soir me le rappelle encore. »

Ce vers qui présente si bien le

Te veniente die, te decedente canebat de Virgile, a trait aussi à une autre coutume ; c'est un éloge habile cl délicat de la générosité toujours aelive, toujours laborieuse de Sakhr. Par ces deux hémistiches si expressifs el si colorés dans leur simplicité, Khansâ trace d'un seul jet les plus hautes qualités de son frère. Le matin il combattait ; le

soir il n'avait d'autre pensée, d'autre bonheur, d'autre préoccupation que d'appeler et de recevoir lés étrangers, les voyageurs, tous les hôtes qui venaient à sa tribu, cl il sacrifiait, en sacrifices de chaque jour, ses richesses à les bien traiter, ii les entourer de soins et de prévenances, à leur prodiguer la plus magnifique hospitalité. Le matin, l'aube du jour, l'aurore, le lever du soleil étaient les heures des batailles, des coups de lance et des coups de sabre. Le soir, le coucher du soleil, le crépuscule doré, la nuit, étaient pour les. hôtes, les voyageurs et les malheureux. A l'approche du jour, les combats; à l'approche de la nuit, les festins ; le malin, l'ennemi ; au soir, les hôtes, les amis cl les pauvres.

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