AMETTE
« Que celui qui se réjouit du meurtre de Màlik, aille voir les femmes de la tribu au lever de l'aurore.
« Il les trouvera en larmes, déplorant la perte de Màlik, pleurant dès avant les premières lueurs de l'aube. »
FATIMAII, FII.LE DE KHOIUCHOUB.
Fàtimah femme de Ziàd fut une des trois Mères Heureuses. Elle cul sept fils. Trois d'entre eux, Raby\ Omar a h et Anas étaient connus et désignés dans toutes les tribus du Hédjàz par l'épilhète les Parfaits. Raby' eut plus spécialement le surnom de Parfait. Omârah fut plus particulièrement surnommé le Généreux; Anas, le Héros des cavaliers; Kais, le Persévérant; Harith, l'Opiniâtre; Màlik, l'Homme à tout atteindre; et Amr, le Rapide au succès.
Abd Allah fils de Djoudàn trouva un jour Fàtimah qui Taisait dévotement ses tournées pieuses autour de la Kabah on sanctuaire de la Mekke. Quand Fàtimah eut terminé, il s ap-
procha d'elle et lui dit : « Je t'en prie, par le Dieu de ce temple sacré ! veuille me dire quel est de tes lils le meilleur. — Ils ont tous, en qualités... — Je le sais; mais le plus excellent de tous, quel est-il ? — C'est Uaby*;... non, c'est Omàrah;... non, non, c'est Anas;... non, c'est Kais. Par ma vie! je te le jure, je ne sais pas quel est le meilleur. — Heureuse mère d'heureux enfants ! — Je le jure encore, je te le certilie, je ne les ai conçus ni l'un ni l'autre immédiatement après la cessation des impuretés des mois, ni vers l'approche de ces époques de géne et de mal. Ni l'un ni l'autre n'est sorti de mon sein par les pieds. Je ne les ai jamais allaités sans faire jaillir et sans rejeter des mamelons les premières gouttes de lait (afin de voir s'il était toujours pur et sain) ; je ne leur refusais jamais de les laisser téter, même au fort de la chaleur du jour; je ne les ai jamais couchés quand ils pleuraient. — Aussi, tu jouis de la récompense de tes soins et de ta sollicitude. Fàtimah, dis-moi encore ; quelles sont les qualités dominantes de les fils? Par quoi chacun d eux a-t-il son relief caractéristique? — Voici. Omârah ne dort pas dans la nuit du danger ; il reste sur son appétit la nuit où il traite des hôtes ; il ne pense pas à soi-même. Quant à Raby', on ne peut guère compter ses mérites, et on n'a jamais à craindre en lui les folles précipitations de l'emportement. Anas, une fois qu'il a résolu, exécute; à toute question, il a réponse; quand il pourrait se venger, il pardonne. >
Fâlimah énuméra ensuite les qualités de ses autres lils ; * mais le légendaire qui a rapporté le récit, avait oublié les paroles dont elle s'était servie, et ne put rien donner de précis et d'exact.
Un étranger voyageur vint, sur le soir, à la demeure de Fàtimah et lui demanda l'hospitalité. Fàtimah l'accueillit avec bienveillance, et s'empressa d'étaler en guise de tapis, sur le sol, une étoffe d'un tissu mêlé de grosse soie. Fàtimah, comme
d'habitude, était parfumée de musc. L'odeur du parfum émeut I étranger. Il s'approche de la belle Abside; elle élève le ton de sa parole et l'hôte s'éloigne. Mais il sent que ses désirs s'animent ; il supplie, il presse. Fàtimah prend un accent plus rude et plus haut, et le séducteur se retire à sa place. Enfin, ébloui par une sorte d'ivresse voluptueuse, il se jette tout ù coup vers Fàtimah et veut lui faire violence; elle l'arrête. Forte et vigoureuse, elle le saisit, le serre d'une main robuste, et appelle : « Rate ! » s'écric-l-elle d'une voix ferme et sonore. Kais arrive. « Mon fils, dit Fàtimah, cet homme-là a voulu m'outrager, me déshonorer; que faut-il lui faire? — Ma mère, Anas est plus âgé que moi ; consulte-le. — Anas ! » erie-l-elle aussitôt. Anas arrive à la parole de sa mère. « Mon lils, dit Fàtimah, cet homme a voulu me déshonorer; que lui faut-il faire? — Ma mère, Omàrah est plus âgé que moi, consulte-le. — Omàrah ! » s'écric-t-elle alors. Omàrah parait, et elle lui dit : « Cet homme-là a voulu me déshonorer ; que inérite-l-il ? — Le sabre. » Et Omàrah allait frapper l'étranger. < Arrête, mon enfant, dit tranquillement Fàtimah; si nous appellions ton frère aîné ! » Et elle appelle Rahy', lui raconte ce qui s'est passé. < Enfants de Ziàd, dit Raby', voulez-vous accepter et suivre mon avis? — Nous l'acceptons. — Eh bien ! mes frères, ne déshonorez pas, vous, votre mère (par un acte d'éclat); de plus, ne versez pas le sang de votre hôte. (Un hôte est toujours inviolable.) Congédiez-le ; laissez-le partir. > L'étranger se retira, la honte sur le front, l'admiration dans le cœur.
C'est de cette famille révérée et amie de tous, qu'un poète a dit :
« Enfants illustres d'une mère vertueuse, cimeterres coupants et au fer mâle et éprouvé,
« Mère à l'àme grande et pure que les méchants n'ont jamais effleurée d'un soupçon, femme à la riche aisance,
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que la lai ni ne visite jamais, même dans les disettes des hivers,
< Mon cœur, mes bienfaits toujours les ont suivis avec honneur ces illustres enfants, cette noble famille; et Raby' a su me payer de reconnaissance.
« Quand tous les malheurs tomberaient sur ma tête, le malheur le plus affreux pour moi serait la perte des deux (ils de Ziâd, Raby1 et Omârah,
« Ces deux lances solides et sûres, aux belles hampes brunes, à la tige droite et précieuse.
« La terre semble s'abîmer de honte quand la sandale de leur pied la presse; croyez ou non mes paroles (elles n'en sont pas moins la vérité). »
En d'autres termes, la libéralité de ces deux tils de Ziàd et de Fàtimah eut fait honte à tout ce qu'il y avait d'hommes généreux sur la terre, tant elle surpassait la libéralité de tous.
Salmah, oncle maternel des fils de Fàtimah, les a loués dans les vers suivants, où il apostrophe une des sous-tribus des Absides qui voulait attaquer la sous-tribu particulière de Ziâd.
< Vous venez en troupe formidable fondre sur nous. Qui va me conduire auprès de Kaîs, auprès de Raby'?
« Ce Raby', le fils de ma sœur, lui que parent de leur éclat les vertus de mon père, lui dont le» oncles paternels sont hommes de cœur; et Raby' les imite et les aime ;
« Raby' qui sait traiter les maux de la guerre, remédier à leurs désastres, qui dans la tempête des opinions réunit tout à la puissance de ses jugements ;
< Raby', dévoué pour les siens, redoutable pour l'ennemi, sourd, quoiqu'il les entende, aux paroles méchantes. »
l'n Fezâridc, appelé Hamal, dirigea et commanda une in-
AVANT L'ISLAMISME. 7'i
cursion armée sur le pays des Absides. Il arriva à l'imprévu, et enleva un grand butin. 11 fit prisonnière Fâtimah, la mère des Parfaits. Au moment où elle fut prise, elle était sur un chameau, llamal saisit la bride de l'animal et emmena sa captive. On chemina quelque peu ; et : « Hamal, dit Fâlimah, tu raisonnes mal ton affaire. Je te jure que si tu me gardes prisonnière, une fois que cette hauteur que voila devant se trouvera derrière nous, il n'y aura plus de paix possible entre toi et mes (ils. Car le monde pourra interpréter a s(ki caprice les conséquences de ma captivité ; on répétera qu'il y aura eu quelque rapport entre nous (car les prisonnières sont à la discrétion de leurs ravisseurs). Il sulïit qu'on puisse seulement dire que tu te sois mal conduit avec moi ; un seul propos sur mon compte est pour moi et pour mes enfants, l'équivalent de l'infamie. — Je t'emmène et tu feras paitre mes troupeaux. » Lorsque Fatimah fut ainsi assurée qu'elle restait prisonnière, elle se précipita du haut de son chameau, la téte la première, et se tua. Elle ne voulut pas que sa mésaventure pût laisser la plus légère tache à son nom et a celui de ses fils.
Ajoutons ces mots : La Lucrèce de Uomc mourut après l'outrage; celle de l'Arabie mourut intacte et pure.
Rôle inspirateur de lu femme. - t> qu'elle était dans le* i \ciu menli-,lc» vengeances, les guerre*, clc. Exemple». — Halivali fils de Moukadditm. Son mariage; sa scrur ; *a femme. - Le poète Ooreid.
Il y a douze k quinze siècles, les femmes, chez les Arabes païens, avaient le rôle inspirateur de la vaillance. Elles n'étaient pas, là, comme chez les Grecs, des créatures de malheur. C'était pour leur obéir, pour leur plaire, ou les venger, pour les défendre, ou les mériter, ou les enlever, ou les dé-