CHAPITRE III
Gabrielle Fenayrou
Le procès Fenayrou comporte une des plus étonnantes éturles du cœur humain que les annales criminelles aient eu à enregistrer : il comptera certainement parmi les causes les plus dramatiques du XIX^ siècle.
Le voici condensé, avec cependant certains détails inédits : on verra que la psychologie de Gabrielle y tient une large part.
Au mois de septembre 1881, Louis Aubert, âgé de trente ans, originaire du Calvados, devint propriétaire de la pharmacie située boulevard Maiesherbes, numéro 30. Actif, intelligent, habile, il donna bien vite une grande extension à cet établissement. Il n'avait qu'un seul employé, h» gar-
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çon de laboratoire Ruchon, qui lui servait en même temps de domestique.
Le jeudi 18 mai suivant, jour de TAscension.
Aubert disparut. A huit heures du soir il avait dit à son serviteur : « Je vais à un rendez-vous, ne m'attendez point pourla fermeture de la maison. »
On ne le revit plus.
Ruchon prévint la sœur de son maître. M™® Barbey, demeurant rue Pigalle, numéro 24, et celle-ci se rendit tout de suite au commissariat de police de M. Cazeneuve qui constata Texcellente situation commerciale d'Adbert. Sa disparition ne pouvait donc être attribuée à des embarras d'argent.
La femme Barbey fit alors connaître que son frère avait été Tamant de la femme de son ancien patron, M. Fenayrou, ex-pharmacien, rue de la Ferme-des-Mathurins et domicilié boulevard Gouvion-Saint-Cvr, numéro 25. Elle ajouta :
« Je soupçonne ce dernier d'avoir tué mon frère contre lequel il nourrissait une grande haine en raison même des relations intimes qu'il avait eues avec sou épouse. »
Les renseignements recueillis confirmèrent la déclaration de la dame Barhov. Fenavrou avait, en elfet. à la suite dune scèn.' dv jalousie au sujet de son ancien élève, chassé sa femme du domicile conjugal, ce qui aviiit obliiié cette dernière à se
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(( L'inconnu porte à la lùte de nombreuses plaies provenant de coups de marteau. Dans la région du cœur se trouvent trois blessures faites au moyen d'un instrument piquant. Le corps a séjourné dix jours au fond de l'eau et le décès a eu lieu deux heures après le dernier repas, attendu que l'estomac contient encore des haricots non digérés .
« La mort est le résultat d'un crime. »
On eut recours à la publicité pour établir Tidcntité de cet individu au visage tellement décomposé qu'il était impossible d'en préciser le signalement.
Le 6 juin, après la lecture de plusieurs journaux, M™*^ Barbey se rendit au cimetière du Pecq où on la mit en présence du cadavre repêché le 2\) mai. « Ce n'est pas mon frère, » dit-elle, puis se ravisant c^lh^ se (it montrer la dentition du mort et niconnul celle de Louis Aubert qui présentait cin([ belles dents disposées entre les emplacenienls de deux autres absentes.
Le cadavre avait son état civil.
Le Par(|uet du déparlement de ^-^eine-et-Oise confia Taffaire h M. Lambinet, juge d'instruction h V<u'saill(îs. Ca magislrat, par conunission rogatoire, fil pi'oeéder à toutes les recherches susceptibles de l'amener à découvrir les assassins d'Au-
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bcrt, ainsi que les circonstances et le mobile du crime.
Nous fûmes chargé de l'exécution de celte importante pièce de justice.
Le 7 juin 1882, nous nous sommes successivement rendu :
1** Au domicile de la dame Barbey qui, interpellée, nous a dit : -
<i Pour les raisons que je vous ai déjà fait connaître, mon frère a été la victime d'un guet-apens où Font ottiré les époux Fenayrou, qui maintenant se disposent à quitter la France. »
2® A la pharmacie 'd'Aubert, oii nous découvrons et saisissons un lot de lettres que nous transmettons sous scellé à M. le juge d'instruction. Ces lettres concernent des projets de mariage à la suite d'insertions de ce genre :
« Pharmacien, 30 ans, épouserait demoiselle, 22 à 23 ans avec fortune. L.B.C. Poste restante. Madeleine. Paris. »
3° Au domicile de la veuve Gibon, mère et belle-mère des époux Fenayrou.
Interrogée, M™^ Gibon reconnaît avoir menacé Aubert qui refusait de lui remettre la correspondance de sa fille. Elle nous donne une lettre dans laquelle Aubert dépeint le mauvais état de la pharmacie tenue pur soii g(MuhNî el lui propose un nouvel acquéreur.
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Aussi a-t-il pu tenir au docteur Durand le propos suivant :
(( Je ne crains pas les Fenayrou, car je les tiens ».
A Taudience, le vieux docteur, ami de la famille Aubert, est venu apporter une déclaration dont l'accent profondément convaincu a fait courir un frisson à travers tout l'auditoire :
- - Rien, messieurs, a-t-il dit , non, rien ne m'otera de l'esprit qu'un secret effrayant a été enseveli au fond de la Seine avec le cadavre d'Aubert.
Malgré la conviction de cet honorable vieillard, il n'existe, nous le répétons, aucun mystère entre ces deux pharmaciens devenus ennemis. Bien des détails assez intimes, dont l'instruction a établi l'authenticité, mais que l'audience n'a pas révélés, auraient peut-être fait accorder un peu d'indulgence aux époux Fenayrou. En voici un notamment : Marin, en 1881, était atteint d'une affection blennorrhagi(|ue qui l'inquiétait fort ; il en fît part à sa femme et se rendit avec elle chez un médecin qui leur confirma la chose. Marin se fît soigner par un docteur de la rue Pasquier et Gabrielle par une sage-femme de l'avenue des Champs- Elysées. Et c'est h Aubert qu'ils ont imputé celte contagion.
Lorsque Fenayrou fut condamné à trois mois
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Quant à Gabrielle elle a été graciée au mois de juin 1903 et ses deux fils ont été autorisés à changer de nom.
L'affaire des Fenayrou restera cependant, dans les annales criminelles, comme un spectacle tout plein des plus atroces laideurs humaines.
pu, avec moins d'insouciance ou plus de probité, mettre aisément à bas toutes ces machinations. Et la surprise devient bientôt stupéfaction quand on constate avec quelle aveugle confiance le maire du XV* arrondissement de Paris délivra ù Olda Martin un certificat d'honorabilité. Un tel certîBcat ne se donne pourtant pas au premier venu, ce semble, et sans le moindre contrôle : c'est élémentaire.
Ainsi donc, servante d'hospice, médecin, témoins, maire, tous ont été de précieux auxiliaires pour Olda Martin ; y aurait-il alors quelque exagération à prétendre que, moralement, le verdict qui frappait Olda Martin les atteignait aussi, en quelque sorte?..
Encadrée par ces physionomies secondaires, la grande figure d'Olda Martin n'en est que plus intéressante. »