CHAPITRE XI Selma Lagerlof
{Suite)
Récits italiens. — Nils Holgersson. — ■ Les contes. Conclusion.
Presque tous les ouvrages de Selma Lagerlof ont pour cadre la Suède ou pour acteurs des Suédois ; et cela est fort heureux, car la conteuse, comme Antée, ne possède toutes ses forces que quand elle est en contact avec la terre natale. Elle nous a pourtant menés en des pays divers, et assez souvent en Italie. Mais ces voyages se sont accomplis au-dessus des nuages, dans le pays sans frontières de la fantaisie et du rêve. Selma Lagerlof a vu l'Italie, mais elle n'a
pu lui emprunter qu'un décor pittoresque, et n'est jamais entrée en communication avec l'âme de ses habitants. Aussi les personnages qu'elle crée en Sicile, par exemple, dians les Miracles de V Antichrist (1) sont vides de substances, et ne peuvent constituer que d'ingénieuses silhouettes.
Il y a bien de la grâce, pourtant, dans ce volume de Y Antichrist, et il faut citer, pour s'en faire une juste idée, le joli épisode de la fondation de Diamante, village sicilien où évolueront les personnages.
« Il faut, dit donna Elisa au petit Gaëtano, « que tu comprennes d'abord comment est situé le « Monte-Chiaro. Il est ainsi tout droit, tout debout « (et elle essayait de planter son ombrelle dans le « parquet) au beau milieu de la vallée ! Et, tout « en haut, il porte des palmiers comme une che- « velure, et tout Diamante est comme une cou- « ronne sur cette chevelure... Autrefois, la ville « était au fond de la vallée ; mais aJlors vint la « lave de l'Etna qui jeta un regard de feu du haut « d'une montagne... La ville eut peur, prit en hâte « toutes ses maisons sur la tête et sous les bras, « et monta en courant le Monte-Chiaro qui était « tout près. La ville courait en montant la mon- « tagne en zigzags. Lorsqu'elle fut arrivée assez « loin, elle laissa tomber une porte de ville et un
<1) Antikrists Mirakler. Stockholm;
« morceau de mur d'enceinte, puis elle courut « autour de la montagne en spirale en laissant « tomber les maisons. Les maisons des pauvres « gens tombèrent comme elles purent ! Cela fit <( du désordre, de l'encombrement, des rues toi- « tueuses : on ne pouvait guère espérer mieux !... « La grande rue alla en spirale tout autour de « la montagne, juste comme la ville avait couru ; « et, le long de celle-ci, elle avait jeté une église « par-ci, un palais par-là... Elle eut pourtant « assez d'ordre pour conserver ce qu'il y avait « de mieux pour tout en haut... Quand la ville « arriva au sommet du Monte-Chiaro, elle étendit « une place, et posa là-dessus l'Hôtel de Ville, le « Dôme et le vieux palais Geraci. »
Et cette ville de Diamante, ainsi miraculeusement fondée, sera une ville de miracles. On vient de tous côtés à son église, qui renferme un petit Christ doré, enlevé à l'église d'Aracœli, à Rome, et qui jouit d'un pouvoir merveilleux.
On ne s'aperçoit pas que la statuette de l'Enfant-Dieu, volée depuis longtemps par une riche Anglaise, a été remplacée par une copie qui n'est pas exacte en tous points. Le vrai petit Jésus portait, sur son diadème, les mots sacrés : « Mon royaume n'est pas de ce monde. » Par erreur, on a inscrit sur le diadème du faux Christ : « Mon royaume n'est que de ce monde. »
Mais comment s'en serait-on aperçu ? On n'est
venu demander à la statuette que des miracles temporels : la santé, la fortune, les biens matériels... Tout cela pouvait être accordé par le faux Christ, l'Antichrist, le roi de la terre.
Le jour seulement où Pater Gondo lui amènera une femme troublée de remords qui vient demander la paix du cœur, on s'apercevra de l'impuissance de l'idole. Jeté hors de l'église, l'Antichrist sera saisi par Gaëtano, devenu chef des socialistes de Diamante ; à l'aide de son pouvoir il tentera d'établir le paradis ici-bas : « Et ce sera la plus dangereuse des tentations qu'ait subi la Terre. »
Aussi Pater Gondo, dans une conversation avec le Pape (dont l'ironie, si elle n'était un peu trop appuyée, rappellerait certaines pages d'Anatole France), sera sévèrement admonesté.
Il ne devait pas jeter à la rue le petit Christ étranger ! Il devait le garder en son église, tandis qu'il n'était qu'un enfant, le traiter doucement, l'agenouiller aux pieds du vrai Christ et le lui faire reconnaître pour Seigneur et maître !
« — Mais, dit Pater Gondo, le Saint-Père « pense-t-il qu'on puisse guérir tous les maux « de ce monde sans que le ciel ait à en souffrir ?
« A cette question le vieux pape sourit :
« — On raconte, dit-il, que pendant que Notre « Seigneur était en train de créer le monde, il « voulut un jour savoir s'il lui restait encore
« beaucoup à faire. Et il envoya San Pietro pour « voir si le monde était prêt.
« Lorsque San Pietro revint il dit :
« — Tout le monde pleure et sanglote et se « plaint.
« — Alors le monde n'est pas prêt, dit Notre <( Seigneur. »
« Et il travailla de nouveau.
« Trois jours après notre Seigneur envoya de u nouveau San Pietro à la terre.
« — Tous rient et jubilent et jouent, dit San « Pietro en revenant.
« — Alors le monde n'est pas prêt, dit Notre « Seigneur. »
« Et il se remit au trata.il:
« San Pietro fut envoyé une troisième fois :
« — Quelques-uns pleurent et d'autres rient, « dit-il en revenant.
« — Alors le monde est prêt, dit Notre Sei- <( gneur. »
<c Et il en sera toujours ainsi, conclut le vieux « Pape. Personne ne peut sauver les hommes de « leurs peines, mais il sera beaucoup pardonné à « celui qui fait naître en eux un nouveau courage « pour les porter. »
Et cela est sans doute joli et ingénieux, mais avec une nuance de préciosité. On aperçoit la limite au delà de laquelle toute cette habileté deviendrait de la manière. La limite est même
en quelques points franchie, et ce livre trop enjoué, trop gracieux, jouant sur des pointes d'épingle, est parfois impatientant comme un trop long marivaudage.
L'excès d'adresse est, d'ailleurs, le défaut qu'on peut reprocher à Selma Lagerlof. Quand elle est emportée par un sentiment puissant (et c'est le cas dans toutes ses grandes œuvres) ; quand elle peint des caractères vivants dont elle est pénétrée, cette adresse, devenue instinctive, disparaît à nos yeux, et ne sert qu'à faire paraître le tableau plus vrai et plus frappant.
Mais si elle peint « de chic » de menues fantaisies, ou si elle compose de ces petits discours de circonstance qu'elle a prononcés à différentes reprises en Suède, et qui y ont obtenu un très vif succès... à ces ittoHiénts le pfûcèdé apparaît et devient gênant. Elle nous fait alors l'effet de ces pianistes, virtuoses impeccables, qu'on voudrait. supplier de faire quelques fausses notes.
Mais de tels moments sont rares, on n'aperçoit le trop ingénieux mécanisme que s'il fonctionne « à vide », n'ayant pas de substance à broyer. C'était le cas pour les récits italiens, où la conteuse n'avait à mettre ni observation réelle, ni sentiment.
Ramenons-la bien vite en son pays de Suède, dont elle possède si bien l'âme que ses plus vagabondes fantaisies y sont pleines de vivante réalité.
Ouvrons son dernier grand roman : Le Merveilleux voyage du petit Xils Holgersson (1). C'est un livre destiné aux écoles primaires, et l'auteur s'efforce d'y communiquer aux enfants sa profonde connaissance de leur terre natale, et aussi son grand amour pour tous les êtres animés : hommes et bêtes.
Pour Lien juger un livre destiné aux enfants, il faut demander aux enfants leur jugement. Or, le visage des petits Suédois s'éclaire si l'on commence à parler de Nils Holgersson et de son jars ; et les institutrices déclarent qu'ils lisent ces trois petits volumes avec passion.
Le livre est pourtant rempli de notions instructives, historiques, géographiques, agricoles, économiques ; mais sous quelle forme pittoresque et charmante ! L'extrême habileté que nous venons de reprocher à la conteuse la sert ici à mer- Ci) Nils Holgerssons underbara resa genom Sverige. Stockholm.
veille ; elle excelle à tout montrer en images, et sans recourir aux illustrations. Voyons comment elle enseigne aux enfants la division de la Suède en trois régions principales, et reconnaissons que nous n'avons jamais rencontré, au cours de nos études, d'aussi amusante leçon de géographie :
« Ici, dans le Vestmanland, vivait, dans les « temps anciens, une femme âgée, de la race des « géants ; et elle était bien riche, puisque tout le « pays lui appartenait. Elle avait tout ce qu'elle « pouvait désirer, mais elle était poursuivie d'un « gros souci, car elle ne savait comment partager « son héritage entre ses trois fils. Elle aurait bien « voulu donner au plus jeune, qui était son benja- « min, la plus grosse part, mais elle craignait <( qu'il n'y eût des querelles si l'héritage n'était « pas également partagé. Quand elle se sentit « tout près de la mort, elle appela ses trois fils « et leur dit :
<( J'ai fait de mon héritage trois parts entre « lesquelles il faut choisir. La première contient « les collines plantées de chênes et les îles boi- « sées de la région du lac Malar. Celui qui l'aura, « aura sur les rives de bonnes prairies pour ses « vaches et ses moutons, et dans les îles il trou- « vera du feuillage pour leur nouriture d'hiver, « s'il ne veut pas faire là du jardinage. Sur les « rives, il y a une quantité de golfes et de caps; « à l'endroit où les fleuves se jettent dans le lac,
« il y a de bons ports, et je pense que bientôt « il poussera là des villes et des villages. Et il « ne manquera pas de bons champs labourables. « bien que la terre soit toute découpée. Et comme « les fils du possesseur de cette terre, pour aller « dune île à l'autre, devront, dès l'enfance, se « servir de bateaux, ils deviendront de bons ma- « rins qui pourront aller dans les pays étrangers « et en rapporter de grandes richesses. Que vous « semble de cette part ?
u Et les trois fils dirent d'une seule voix que « celui qui l'aurait devait s'estimer heureux.
« En effet, dit la géante, à cette part, il n'y « a rien à reprocher, et la seconde n'est pas « moins bonne. Dans celle-là, j'ai réuni tout ce « que je possède de terrains plats et de champs « découverts, et cela va. d'un seul tenant, du t< Màlar à la Dalécarlie. Et celui qui choisira cette « part n'aura pas de regrets. Il pourra planter « des céréales autant qu'il voudra, et ni lui ni a ses descendants n'ont à se faire de souci pour « leur entretien. Pour que les plaines ne « soient pas desséchées, j'y ai fait passer de « grands cours d'eau, qui forment de-ci de-là « des chutes, où l'on pourra mettre des moulins « et des fabriques. Le long des canaux j'ai en- « tassé de hauts déblais sur lesquels on peut « très bien planter des arbres pour avoir du bois
à brûler... Voilà la seconde part, et je pense qu'elle peut satisfaire ?
<( Et de nouveau les fils dirent ensemble qu'ils remerciaient leur mère d'avoir tout si bien arrangé pour eux.
« J'ai fait de mon mieux, dit-elle, mais j'arrive maintenant à la troisième part, qui me donne bien du souci et pour laquelle je me suis vraiment cassé la tête. Car, voyez ! une fois que j'ai mis mes beaux rivages, mes prairies et mes îles boisées dans la première part, mes champs et mes plaines fertiles dans la seconde, que me reste-t-il pour la troisième ? Rien que des forêts de sapins dans la montagne, des sommets dénudés, des murs de rochers, de pauvres groupes de bouleaux et de petits lacs. Aucun de vous naturellement ne voudra prendre cette part. J'ai pourtant réuni toutes ces bagatelles, et je les ai placées au Nord et à l'Ouest, audessus du pays plat, mais j'ai bien peur que celui qui les aura n'ait que la misère en partage. Il ne pourra avoir de bétail, et devra se contenter de pêcher dans les lacs et de chasser dans les forêts. Il aura bien assez de chutes d'eau pour construire autant de moulins qu'il voudra, mais que leur donnerait-il à moudre ? Rien que l'écorce de ses arbres ! Et il faudra qu'il se défende contre les ours et les loups, qui se trouvent là comme chez eux.
« Aussi je n'ai pas, à ma dernière heure, un seul moment de repos ! Si je n'étais si vieille.
< j'aurais refait tout le partage, mais cela m'est
< maintenant impossible, et je suis désolée. Vous
< avez été tous trois de bons fils, et cela me peine
< terriblement de devoir être injuste envers un de vous trois !
« Et quand la vieille géante eut ainsi parlé, ses
( fils se turent, très peines, et il fut facile de voir
< que celui qui aurait la troisième part serait fort ( mécontent. Aussi la vieille mère, tout près de
< l'agonie, continuait à se désoler en songeant
< qu'un de ses fils serait malheureux.
« Mais le plus jeune des trois était celui qui
< aimait le plus sa mère, et il ne put supporter
< de la voir se tourmenter ainsi. Il s'écria :
« Ne te fais pas de peine pour cela, mère, et quitte cette vie en paix et tranquillité. Je prenc drai cette mauvaise part, je m'arrangerai, et ( je ne me chagrinerai pas de ce que les autres
< soient plus riches que moi. »
Et la mère alors se calma, remercia son plus cher fils du fond du cœur et mourut tranquille.
Les jeunes gens entrèrent en possession de leurs biens, et le plus jeune eut une heureuse surprise en voyant que son pays si misérable était d'une merveilleuse beauté. Mais son dévouement reçut encore une plus haute récompense, car, dans sa mauvaise part, un trésor était caché :
il trouva, en effet, dans ses rochers stériles, des mines d'argent et de cuivre, les plus grandes richesses de la Suède ! (1).
Quel enfant pourrait oublier les trois grandes divisions du pays, les parts des fils de la géante ?
La conteuse ne se borne pas à décrire le pays, elle enseigne aussi son histoire. Veut-elle apprendre aux petites écolières comment on vivait au temps jadis dans les vieux châteaux suédois ? Elle se met alors en scène elle-même, et se montre revenant après de longues années d'absence dans son manoir de Marbacka :
« En avançant, il lui semblait qu'elle redeve-
(1) Une traduction française de Nils Holgersson a paru ces jours derniers. Elle est précédée d'une très remarquable préface de M. Lucien Maury, dont la grande érudition en matière de littérature Scandinave est bien connue. Par malheur, la traduction a été très élaguée. Tout le passage si caractéristique que nous venons de citer, et bien d'autres beautés poétiques en ont été retranchées.
< nait une toute petite fille avec une natte blonde
< comme le lin. Elle reconnaissait chaque pro-
< priété le long du chemin, et il lui semblait que
< tout chez elle serait comme autrefois : père et ( mère, frères et sœurs se trouveraient sur l'es-
< calier. La vieille cuisinière se hâterait vers la c fenêtre de la cuisine pour voir qui arrive en ( voiture. Néron et Freïa et quelques autres
< chiens s'élanceraient et sauteraient sur elle...
< Plus elle approchait de la maison, plus elle était
< joyeuse !
« C'était l'automne, et ce serait un temps labot rieux avec beaucoup d'occupations. L'on devait, ( en ce moment, récolter les pommes de terre, il ( faudrait ensuite les écraser et faire de la fécule.
< Elle se demandait si tout serait déjà récolté
< dans le jardin. Les choux, au moins, seraient ( encore dehors. Est-ce que le houblon et les j pommes seraient cueillis ? Ce serait de la ( chance si elle ne tombait pas sur le grand net- ( toyage à la maison, car l'époque vient de la
foire d'automne! Il fallait que tout fût nettoya I avant cette foire qui est une grande fête, pour les domestiques surtout.
« Quelle joie, le soir de la foire, d'aller à la cuisine, de voir le plancher nettoyé de frais, parsemé de genévrier, les murs blanchis à la ( chaux, les casseroles de cuivre brillant sous le plafond! Il n'y aurait pas un long repos
< après, car il faudrait s'occuper du travail du
< lin. Le lin pendant toute la canicule avait été
< étendu sur la prairie pour pourrir. Maintenant on le sèche. Alors toutes les femmes du voisinage seront appelées et commenceront à broyer le lin. Elles battront avec des battoirs pour faire sortir les longs fils fins et blancs des tiges
< sèches. Pendant ce travail, elles ont leurs cheveux, leurs vêtements gris de poussière, mais elles sont gaies! Les battoirs et les langues marchent à la fois. Quand on s'approche de la grande buanderie. c"est comme si un orage bruyant s'était établi là.
« Après, c'est la fabrication du knâckebrôd (1),
< puis le changement des servantes, le 24 octobre. Au mois de novembre, les journées laborieuses de l'abatage des bestiaux, la salaison de
< la viande, la fabrique des saucissons, le pain
< qu'on fait avec le sang de cochon et de la farine de seigle (2), puis la fabrication de la chandelle (3).
(1) Pains durs et croquants, en forme de couronne, qu'on enfile à de longs bâtons et qui se conservent plusieurs mois.
(2) Paltbrôd, pain de boudin. On le fait cuire dans l'eau bouillante et on le mange en sauce avec du jambon frit.
(3) La description de ce manoir où l'on fabrique sur place tont ce qui est nécessaire à la vie date d'une trentaine d'années. Aujourd'hui on ne fabrique guère à domicile les étoffes ni les souliers ; mais dans bien des châteaux isolés, à quelques détails près, la vie est restée sensiblement la même.
« La couturière, qui a l'habitude de coudre les :< robes tissées à la maison, viendra aussi à cette époque, et c'est amusant pendant quelques se-
< maines, quand toutes les domestiques se tien-
< nent ensemble occupées à la couture. Le cor- ( donnier, qui fait les souliers à toute la maison,
< s'installe dans la chambre des valets et tra-
< vaille, et on ne peut se lasser de le regarder
< quand il taille le cuir, met des talons, pose des
< œillets.
« Mais l'époque la plus active viendra vers
< Noël. Il y aura d*abord le jour de Lucia, lors-
< que la femme de chambre se promène habillée ( en blanc, avec une couronne de bougies allu- ( niées dans les cheveux, et va offrir le café à
< tout le monde, à cinq heures du matin (1). Ce ( jour de Lucia avertit que, pendant les deux
< semaines suivantes, il ne faut pas compter sur ( beaucoup de sommeil. Maintenant, il y a à
< faire la bière de Noël, à lessiver la morue (2) ( et à faire les pains: pains blancs, pains de seigle, de safran, et les nettoyages de Noël.
« ...Elle se tenait au milieu de la confection des « gâteaux de Noël, avec des petits fours sur des
(i) La Sainte-Lucie, le 13 décembre. Cet usage est conservé aujourd'hui encore dans beaucoup de maisons suédoises.
(2) La morue sèche trempe dans une lessive de cendre et soude, et on l'y laisse cuire jusqu'à ce qu'elle devienne transparente comme une gelée.
plaques de tôle tout autour d'elle, lorsque le cocher arrêta les chevaux à l'entrée de l'avenue. Elle sursauta comme quelqu'un qu'on réveille. A quoi bon être revenue ? Ce ne sera plus comme autrefois ! Pourtant, voilà l'étang tout rempli de poissons que le père ne permettait pas de pêcher, et la chambre des valets, avec la cloche qui sonnait pour la soupe au lait, le matin, à un des pignons, et la girouette à l'autre...
« Elle s'arrêta sous le grand platane, et il y eut en elle une telle aspiration vers le passé que les larmes lui montèrent aux yeux. C'était une si bonne vie ! On avait eu des journées de travail, mais le soir on s'assemblait sous la lampe pour lire Tégner, Rydberg, Mme Lenngren et Mamsell Bremer. On avait cultivé le blé, mais aussi les roses et les jasmins ; on avait filé le lin, mais on avait chanté en filant. On avait été dans la solitude, mais à cause de cela on avait dans la mémoire tant de beaux contes et de légendes... Juste assez de travail, juste assez de plaisir, et de la joie pour tous les jours. Elle avait voyagé bien loin dans les pays étrangers, mais c'est là seulement qu'elle aimait à vivre! »
Les tableaux les plus amusants, dans Nils Holgersson, ne sont pas toujours ceux que la conteuse a tirés de la vie humaine ; il en est de délicieux dont les personnages sont des animaux. D'ailleurs le petit Nils, gamin paresseux transformé en lutin, enlevé sur le dos d'une oie sauvage, doit apprendre des animaux à se mieux conduire parmi les hommes. Et ces animaux ne sont pas. comme nous le voyons trop souvent dans les contes, des images conventionnelles soulignées d'une phrase morale ; ils vivent, ils ont une personnalité, très bien calquée sur leur personnalité réelle.
Cette connaissance des animaux est un trait éminemment national. Les Suédois sont surpris de voir combien, dans les programmes de nos écoles, la place faite à la zoologie et à la botanique est restreinte. Pour eux, qui étudient ces sciences, non seulement dans les livres, mais aussi
à la campagne, nos « frères inférieurs » sont des camarades quotidiens. Ils ne les connaissent pas seulement dans les traits généraux de leur espèce, mais savent-ils distinguer parmi eux des physionomies individuelles.
« Bruno Liljefors, a dit un critique en parlant du grand peintre animalier que nous avons déjà nommé, peint les canards comme le ferait un canard s'il savait peindre. »
Dans Nils Holgersson, Selma Lagerlof fait parler les animaux comme si elle savait leur langage, et son œuvre et celle de Liljefors se traduisent exactement. Une collaboration entre ces deux grands artistes nationaux s'impose.
Voici le portrait du coq de bruyère prêt à chanter. C'est la reproduction exacte d'un superbe tableau de Liljefors (1).
Sur la toile, comme clans le livre, voilà « le coq (( perché sur la plus haute branche, hérissant ses « plumes, laissant tomber ses ailes, relevant sa « queue tout en haut, tendant le cou, et laissant « échapper de sa gorge gonflée deux notes pro- « fondes: « Tieck! tieck! », puis fermant les « yeux en extase, murmurant: « Sss! sss! » Ence tendez comme c'est beau: « Sss! sss! » et tom- « bant dans un tel ravissement qu'il n'entend « plus rien autour de lui. »
(i) Le tableau auquel nous faisons allusion est un grand paysage de forêt, qui figure dans la collection de M. Lanim, à Nàshy, près de Stockholm.
La grande danse des grues sur le Kullaberg, pour la fête du printemps, atteste une vivante observation des oiseaux. C'est un chapitre charmant qui. par moments, rappelle (avec la différence de latitude et de tempérament) certains passage du Livre de la Jungle.
Pour cette fête de mai. tous les animaux se réunissent et conviennent d'une trêve. Les renards et les oiseaux pourront, ce jour-là, voisiner sans encombre. Cependant, pour se rendre au sommet du Kullaberg, les espèces se réunissent séparément et arrivent par groupes, suivant l'ancienne coutume. Les grues, dont la danse constituera l'attraction de la journée, se font annonciatrices de la fête ; elles choisissent un jour où le beau temps soit assuré, car elles sont bons prophètes du temps, et volent partout en criant : (( Venez tous pour la danse des grues ! »
Les quadrupèdes sont arrivés les premiers au sommet de la montagne, ils attendent les oiseaux.
« D'abord on ne voit rien du tout, puis, tout à « coup, voici un petit nuage: il grossit, se dirige « tout droit vers le Kullaberg. et. tout à coup. « on l'entend gazouiller et tinter comme si tout « le nuage n'était fait que de son. Il s'élève et « s'abaisse, toujours tintant et résonnant: puis « il tombe sur la montagne, et la voilà subite- « ment couverte d'alouettes grises, de pinsons « rouges, gris et blancs, de mésanges gris vert.
« Peu après, nouveau nuage sur la plaine. Il ( s'arrête au-dessus de chaque maison, et cha- ( que fois qu'il s'arrête, on voit monter comme ( une colonne de petits grains de poussière; ainsi ( le nuage grandit et grandit, et devient une nuée
< si énorme qu'elle couvre la terre de Hôganâs ( à Molle. Quand elle s'arrête au-dessus du Kul-
< laberg, elle cache le soleil, et il faut que, pen-
< dant un bon moment, les moineaux tombent ( en pluie sur la colline pour que ceux qui étaient ( au centre commencent à voir la lumière du
< jour.
a Mais le plus grand des nuages d'oiseaux est ( celui qui se montre maintenant. Il est comc posé de bandes venues de partout; il est gris- ( bleu foncé et aucun rayon de soleil ne le tra- ( verse. Sombre, il jette la terreur comme un
nuage d'orage. Il est rempli du plus inquiétant ( vacarme: rires terribles, criards, méprisants.
< croassements annonçant le malheur. Les ani- ( maux sont heureux quand enfin dans une pluie
< d'oiseaux battant des ailes, les choucas, les
< corbeaux et autres peuples de corneilles se ( sont abattus.
« Ensuite apparaissent au ciel, non plus des
< nuages, mais une quantité d'autres traits et
< signes, de lignes composées de points régu- ( liera. Ce sont des oiseaux des bois du district
< de Goinge. des coqs de bruyères séparés les
« uns des autres par un ou deux mètres. Et les « oiseaux des marais qui habitent de Mâklàxen « à Falsterbo arrivent maintenant à travers l'Ore- <( sund dans les dispositions les plus variés; en « triangles, en longues volutes, en crochets de « travers ou en demi-cercles...
« Les corneilles dansent d'abord suivant l'an- « tique usage... Elles se partagent en deux ban- « des qui se lancent l'une contre l'autre, puis « recommencent. C'est monotone et dénué de « sens comme le vent d'hiver dans les flocons « de neige... Les animaux s'ennuient et atten- «■ dent avec impatience quelque chose de plus « joyeux. Les lièvres commencent. Il n'y a pas « d'ordre dans leur danse... A force de courir. « ils se battent les côtes avec leurs pattes de « devant, et leurs longues oreilles balancent de « tous côtés... Quelques-uns font la culbute les « uns derrière les autres, d'autres se mettent en « boule et roulent comme des roues; un autre « s'élance dans une course folle à travers le « cercle: un autre se tient debout sur les pattes « de devant... Il n'y a pas d'ordre dans ce jeu « des lièvres, mais tant d'ardeur et de gaîté! Et « les spectateurs respirent plus vite. C'est le prin- « temps, la joie vient — bientôt la vie ne sera « qu'un jeu!...
« Mais voici les grues grises, habillées en cré- « puscule. avec les longues plumes de leurs ailes
« et leur ornement rouge autour du cou. Les « grands oiseaux avec leurs longues pattes, leurs « cous minces et leurs petites têtes, glissent et <( volent mystérieusement, dansent en formant « des cercles avec une inconcevable rapidité. « C'est comme si des ombres grises jouaient un « jeu que l'œil peut à peine suivre, c'est comme « si elles avaient appris cette danse des nuages « qui toujours se balancent au-dessus des ma- « rais solitaires. Un enchantement est là-dedans, « une angoisse, cela inspire le désir de quitter « les corps lourds, de monter au-dessus des nua- « ges, pour voir ce qui se trouve là-haut, tou- « jours plus haut... Ce désir d'atteindre l'inae- (( cessible, les animaux mêmes l'éprouvent une a fois l'an, quand ils voient danser les grues sur « le sommet du Kullaberg. »
Un des grands charmes de ce livre, c'est que, bien qu'il soit parfaitement à la portée des enfants, il ne paraît jamais écrit pour eux. Jamais cette fadeur, ni ce plat moralisme qui se dégage en
général de la littérature enfantine. La conteuse n'embellit pas la vie. elle montre les plus tristes tableaux de la pauvreté, et si la conclusion reste sereine, c'est que les cœurs sont forts et savent surmonter les peines à force d'énergie et de foi. Quant à la « leçon de morale », elle ne se rencontre nulle part : la fantaisie est même si grande que l'auteur ne conclut jamais, et que pour dégager une idée générale il faut avoir fini le livre, le fermer et réfléchir. Et alors, c'est l'amour de toute la nature qui ressort avec force de cet ouvrage, un des plus caractéristiques de l'auteur. Les duretés envers les animaux lui paraissent aussi coupables que les injustices à l'égard des hommes. Nils recouvre la forme humaine parce qu'il a compris l'âme des bêtes et se montre envers elles reconnaissant et bon.
La personnalisation des animaux, des choses, est un procédé fréquemment employé par les fabulistes et les conteurs, et il peut donner une impression de froide convention. Il n'en est pas ainsi chez Selma Lagerlof : tous ses personnages donnent une impression de vie ; il y a de l'émotion dans l'histoire d'un vieux cheval, dans celle de la femelle du renne. L'auteur sent sincèrement la vie de la nature, identique sous ses innombrables formes.
Nous n'avons guère, dans notre littérature française, de livres de grands écrivains compo-
ses pour les enfants. Les contes de Perrault, malgré leur charme, ne répondent pas à tous les besoins de l'âme enfantine. Ecrits à une époque où le sens de la nature, de la vie rurale, de la vie exotique était peu développé ils laissent de côté une foule d'éléments essentiellement éducateurs. Puis ils ne peuvent satisfaire au besoin d'émotion qu'éprouvent les jeunes âmes. Cependant, depuis les contes charmants d'Alexandre Dumas: Le Père Gigogne, Casse-Noisette, etc., nos grands écrivains n'ont presque jamais travaillé pour la jeunesse. Ils l'ont abandonnée à des spécialistes, comme Jules Verne, par exemple, dont le talent est incontestable. Mais nous ne croyons pas que le merveilleux dit « scientifique » doive suffire aux enfants. Le fantastique leur est nécessaire, car c'est sous cette forme seulement qu'ils peuvent apprendre dans la jeunesse ce qu'ils apprendront plus tard de la vie: que nous sommes enveloppés et baignés d'inconnu. À trop exalter aux enfants le pouvoir de la science, nous risquons de créer des esprits pédants et secs, qui croiront que toutes les énigmes de l'univers peuvent être résolues en quelques manuels. Rien de semblable à redouter de la lecture de Xils Holgersson. Ce livre instruit : mais il montre, en dehors de la science et au-dessus d'elle, la puissance des forces morales. Et il la montre sans prédication abstraite, en exemples brillants et
vivants. Souhaitons donc qu'oo fasse, de NiU Holgersson, une édition populaire à l'usage de nos écoles. Et souhaitons surtout qu'un loi exemple inspire à nos grands écrivains le désir d'écrire des chefs-d'œuvre pour les enfants de France.
En dehors des romans que nous venons de citer, la conteuse a produit avec une extrême abondance de courts récits, parmi lesquels se trouvent des œuvres importantes.
La variété de ces contes est très grande. Il en est de terribles et de comiques, de fantastiques, de douloureux. Certains reposent sur de profondes analyses psychologiques, d'autres sur des récits de Ma Mère l*Oie... Comme facture, ils sont très soignés, d'un style brillant et pailleté, d'une ingénieuse recherche de détail.
Mais leur plus grand charme, à dos yeux, c'est leur imprévu. Il ne semble pas qu'un lecteur, parvenu au milieu d'un de ces contes, puisse jamais en deviner la fin. C'est d'une richesse d'invention
qui semble inépuisable, et cela révèle un sens profond de ce que l'auteur a appelé « la diversité magnifique de la vie ». La conteuse peut étonner des esprits amoureux d'unité, car elle sait que la vie est déconcertante, parfois obscure, que plus d'un être peut, sans succès, comme le fait un de ses héros : « se remémorer les événements de son existence et les repasser plusieurs fois, comme on relit un livre difficile pour arriver à en découvrir le sens (1). »
Mais si la conception des caractères et des événements est souvent complexe, la composition, la concentration exigée par l'œuvre d'art ne fait jamais défaut à ces contes ; ils sont même, à ce point de vue, supérieurs aux grands romans, dont la ligne d'ensemble dévie parfois. Toujours surprenants, ils ne sont jamais illogiques.
Quand on a longuement parcouru ces récits de toute nature ; quand on a été mille fois, avec la conteuse, de la terre au ciel, de la campagne à la ville, des temps anciens aux temps modernes, de la poésie à la réalité, on vient à se demander quelle impression d'ensemble, quelle vue générale de la vie ressort de cette œuvre considérable ?
Et l'on dégage enfin une idée constante, dont chacun des récits ne semble qu'une illustration
(1) Osynlhja tanker. Stockholm. Une traduction française d<> M. Bellessort a paru en 1910.
nouvelle : la prééminence sans cesse accordée à la vie intérieure sur la vie extérieure, la confiance absolue en la toute-puissance de la bonne volonté.
Ce n'est pas que l'auteur ignore le triomphe fréquent du mal et de la douleur, et ne nous les montre en des tableaux d'une vérité émouvante. Mais l'être de bonne volonté surmonte la douleur et le mal, et en tire du bien pour lui et pour les autres. Dédain des faits, importance exclusive de la vie de l'âme, ce trait, que nous avons déjà relevé chez d'autres auteurs suédois, prend, dans les contes de Selma Lagerlôf. un relief saisissant. Nulle part on ne le dégage mieux que dans le récit suivant :
Un ménage de pauvres paysans, chargés de sept enfants, a recueilli une vieille mendiante. Celle-ci méchante, déclare qu'elle porte le malheur avec elle, et qu'elle l'attirera sur eux. Ils la gardent pourtant et elle meurt dans leur maison.
Peu après, les enfants sont pris d'une maladie étrange, et trois d'entre eux meurent successivement. Le père, fou de douleur, est pris d'une angoisse terrible : serait-il vrai qu'une bonne action ait pu attirer le malheur ? Est-ce donc le mal qui est tout-puissant ? Désespéré, il fuit sa maison, s'en va chercher à travers le monde la solution de la question redoutable. Après son départ, deux autres enfants et la mère meurent.. Cette dernière a gardé son inébranlable foi : « Sûrement, dit-elle en mourant, il n'y a pas là de malédiction ; une
bonne action ne peut causer de mal... la mort n'est rien pour qui a une bonne conscience. »
Les deux plus jeunes enfants restent tout seuls au monde. Sérieux et travailleurs, ils se font berger et bergère, gagnent leur vie et économisent avec soin. Un soir, quelqu'un vient faire au village une conférence sur la tuberculose, qui ravageait ailors les campagnes de Suède. Les enfants écoutent, se souviennent, comprennent :
— Mais, c'est de ce mal-là que sont morts nos parents! On aurait pu l'éviter si on avait su. C'est donc la faute des hommes et non pas une malédiction !
Et ils éprouvent une grande joie, courent à travers le monde rechercher leur père à qui, ils en sont certains, cette nouvelle rendra la paix. Car il ne s'agit pas de vivre ou de mourir, mais de pouvoir croire à la justice.
Devant un idéalisme si déterminé, pour lequel la vie (et même la vie des êtres aimés) compte pour si peu de chose, le sacrifice des biens matériels doit paraître facile. L'auteur sait pourtant qu'il rencontre en bien des âmes une vive résistance, et dans un de ses plus beaux contes : Le Tombeau du Géant (1), elle pose, de façon infiniment originale, la question si suédoise du sacrifice. Le récit est plein de couleur. Il a pour cadre la forêt, et rien n'inspire mieux la fantaisie de la conteuse. Elle
(1) Osynliga Lànker.
connaît merveilleusement sa forêt ; elle y a situé ses plus frappantes histoires : Elle pourrait dire avec Eva Gunnarsdotter :
« Celui qui habile la plaine avec le grand ciel « découvert n'a pas l'entendement des choses ter- « ribles comme nous qui vivons seuls dans l'obs- « curité des bois (1). »
Elle connaît le charme des clairières, qui s'ouvrent tout à coup, joyeuses, aux yeux longuement attristés par l'ombre. Le début du Tombeau du Géant (2), dans une de ces clairières, est un tableau achevé :
« C'était l'époque où les bruyères fleurissent « toutes rouges. Ces petites plantes sont piquan- « tes et dures, n'ont ni beauté de forme ni parie fuin : ce qui en fait des fleurs, c'est seulement « leur couleur; elles sont d'un rouge si écla- « tant!... Grâce à elles, la joie bénie reposait « sur le champ maigre, qu'elles couvraient de « leur manteau de pourpre jusqu'à la lisière de « la forêt.
« Dans cette clairière, s'élevaient quelques très (( vieux tombeaux à demi renversés. Sous le plus « grand, reposait un vieux roi nommé Atlès; u sous les autres, quelques-uns de ses compa- « gnons tombés là. dans une grande bataille... <( Mais il y avait si longtemps, si longtemps de
. 1. Jérusalem en Dalêcarlic.
[2) Osynliga Lânker.
« cela, que toute idée de peur ou de respect de « la mort avait disparu de ce lieu... »
Cependant, le soir, au crépuscule, les grosses pierres qui recouvrent le tombeau prennent parfois la figure d'un guerrier assis, incarnation do la force matérielle, brutale et puissante.
Ce matin-là, il n'apparaît pas, et la clairière est toute joyeuse.
« La matinée était étincelante, chaude de soleil, « fraîche de rosée. Un petit chasseur maigre et « fatigué, qui avait peiné depuis l'aube, s'était « jeté sur la bruyère derrière la tombe du roi « Atlès. Il avait avancé son chapeau sur ses « yeux et dormait, la tête posée sur sa carnas- « sière, d'où sortaient les longues oreilles d'un « lièvre et les plumes tordues d'un faisan...
« Une jeune fille, portant à la main un petit pa- « quet qui contenait son repas, sortit du bois. « En arrivant sur la partie plate qui se trouvait « entre les tombes, elle se dit: « Quel bon ence droit se serait pour la danse! ».
« Elle voulut tout de suite en faire l'essai, jeta « son paquet dans la bruyère, et se croyant toute <( seule, se mit à danser. Elle avait ramassé une « vieille racine de sapin et tournait en la tenant « dans ses bras... Elle dansait avec tant d'ardeur « que des petites mottes de terre noire tourbil-
c lonnaient autour d'elle... Sa jupe, en tournant,
< frôlait la bruyère, une nuée de petits papillons s'en échappaient, blancs comme de l'argent... On eût dit que la mer de bruyère rouge faisait jaillir cette écume blanche...
« Dans le champ, les cigales résonnaient comme
< des cordes de harpe... Mais bientôt cette musi- ( que ne suffit pas à la danseuse, et d'une voix ( assez aigre elle commença à fredonner un air. ( Ce chant éveilla le chasseur: il se souleva sur
< le coude, et à moitié endormi il regarda la jeune fille.
« Elle était grande et de lourde structure, son
( visage n'était pas beau, sa danse n'était pas
( légère... Elle avait de larges joues très rouges,
< des cheveux noirs, une stature plantureuse,
< des mouvements pleins de vigueur. Ses vête-
< ments étaient pauvres, mais de couleurs vives,
< garnis de galons de laine bariolés... D'autres
< jeunes filles ressemblent à des roses ou à des
< lis, celle-ci ressemblait à la bruyère, forte,
< rude, joyeuse.
« Le chasseur la regarda avec plaisir et se mit ( à rire, si bien que sa bouche s'ouvrit d'une t oreille à l'autre. Mais tout à coup elle le vit c et resta immobile un instant:
« Tu dois me croire folle! dit-elle enfin.
« Elle voulait le prier de se taire sur ce qu'il
« avait vu, car elle ne se souciait pas qu'on ra- « contât au village qu'on l'avait vue dansant « avec une racine de sapin... Mais lui était un « homme si timide que pas un mot ne vint à ses « lèvres, et qu'il ne sut rien faire de mieux que « de s'enfuir. Son chapeau fut bien vite sur sa « tête, sa carnassière sur son dos et il se mit à « courir.
« Elle ramassa son paquet et le poursuivit. Il « était petit, de mouvements raides, et visible- « ment avait peu de forces... C'était un enfant « de la faim et des soucis, décharné, d'une pâ- « leur jaunâtre... Elle l'eût bientôt rattrapé et « saisit à pleines mains sa gibecière, il fallût « bien qu'il s'arrêtât pour la défendre... Ils lut- « tèrent et elle le jeta sur le sol. « Maintenant, « il ne le dira à personne! pensa-t-elle. Et elle « fut contente. Mais au même moment elle eut (( peur, car lorsqu'il fut par terre il parut tout « pâle, et ses yeux tournèrent dans leur orbite. « Il ne s'était pourtant pas blessé, c'était l'émo- « tion qu'il n'avait pu supporter. Jamais des « sentiments si forts et si contradictoires « n'avaient agité ce solitaire habitant des bois. « Cette jeune fille le réjouissait, il était fâché, « honteux, et pourtant fier de la voir si forte. « Il était tout ahuri de tout cela! »
La vigoureuse Jofrid le relève, le soigne et se prend pour lui d'une affection maternelle. Sans
doute, le pauvre Tonne ne réalise pas son idéal, et elle n'avait guère songé « à s'offrir un si chétif petit mari ». Mais quand elle lui voit construire, avec mille soins et mille peines, à la place même où elle avait dansé, une cabane qu'il n'ose lui demander de venir habiter, elle se sent très émue. C'est bien misérable, mais ce serait pourtant ce qu'elle a toujours rêvé, elle, pauvre servante : un logis bien à elle ! Elle ne peut se tenir d'y entrer en l'absence de Tonne, et, voyant la chambre si nue, de courir chercher de belles broderies qu'elle a faites et de les suspendre aux murs. Point d'autre aveu que ce geste gracieux, il suffit à ces gens avares de paroles. On se marie et c'est un heureux ménage. Jofrid est laborieuse, les affaires prospèrent, on acquiert quelques chèvres. Tonne, réchauffé par l'affection conjugale, devient plus vigoureux ; son esprit se développe, et cet heureux changement est pour Jofrid une joie quotidienne. Ils n'ont point d'enfants, et cela vaut mieux ainsi.
« Les femmes ont l'habitude de trouver la joie « de leur cœur à s'occuper des enfants, mais « Jofrid avait un mari pour lequel, sous bien des « rapports, elle avait les soucis d'une mère ; elle « n'éprouvait donc pas le besoin de se dévouer « encore pour d'autres. »
Par malheur, un voisin, laboureur resté veuf avec un unique enfant, s'avise de confier son
petit, âgé de quelques mois, à ce ménage ami, très estimé dans le pays. Jofrid prend l'enfant, pensant y trouver quelque bénéfice. On ne le traite pas mal ; mais c'est un petit être délicat qui aurait besoin de l'œil tendre et perspicace d'une mère ; il est négligé ; ses premiers malaises ne sont pas compris. Il meurt au bout d'un an, et de cette mort Jofrid ne se croit pas coupable. Elle est pourtant troublée et. le jour de l'enterrement, les conversations des bonnes femmes tout à coup la frappent au cœur. Elles parlent de leurs enfants, et avec quelle tendresse inquiète ! Comme elles veillent et se fatiguent au moindre malaise ! comme elles se privent pour ces petits, rois dans leur maison et dans leur cœur !... C'était cela qu'il fallait à l'enfant : si on l'eût aimé ainsi, il ne serait pas mort !
Le remords entre dans l'âme de la femme, et surtout dans la conscience plus fine et plus inquiète de Tonne ; ils croient entendre la nuit les pas légers du baby rôder dans la maison, ils languissent et s'affolent.
Alors l'idée chrétienne de l'expiation s'impose à l'esprit de Tonne. Il veut donner sa cabane et tout ce qu'il possède au père de l'enfant mort, et servir chez lui comme valet.
Mais la femme ne consent pas à cela. Elle s'est habituée au bien-être, à la liberté, elle a sa
maison à elle, elle est estimée et respectée, elle ne veut pas tout sacrifier !... D'ailleurs, pourquoi ? Ils ne sont pas coupables !
Et, contre son sentiment secret, elle raille les scrupules de Tonne... Mais la nuit, les pas légers du petit fantôme viennent lui imposer silence.
La lutte des deux consciences est analysée avec une pénétrante émotion. C'est Tonne, le faible, le simple, qui a la plus haute idée du devoir ; Jofrid, trop attachée aux biens matériels, ne s'élève pas jusqu'à lui.
Le vieux roi de pierre, le géant Atlès, dont le tombeau est devant sa maison, lui apparaît un soir et semble encourager sa résistance : « Jouis « sans scrupule, comme je l'ai fait moi-même, « semble-t-il lui dire ».
Et Jofrid sent qu'elle a tort de laisser le vieux roi de pierre régner sur son cœur, mais elle ne parvient pas à l'en chasser.
Elle devra céder pourtant, consentir au sacrifice, car Tonne dépérit, redevient l'être misérable qu'il était avant son mariage. Mais Jofrid mourra de cet effort qui lui est imposé, auquel elle ne peut accorder son consentement profond.
Avant de quitter sa maison, elle a voulu donner une fête d'adieu. On a dansé dans la cabane, puis, s'y trouvant à l'étroit, on a ouvert la porte, et au clair de lune, sur la prairie glacée, la farandole, entraînant Jofrid désespérée, a décrit
de grands cercles autour des vieux tombeaux... Ce tableau, qui fait pendant à celui du début, encadre le conte avec un art remarquable.
Pendant cette danse effrénée, Jofrid, entraînée par ses vigoureux danseurs, bute, tombe, et se fend la tête sur le tombeau du vieux géant.
Dans tous les récits que nous venons de citer, l'intérêt résidait sans doute dans l'analyse des sentiments, mais la couleur extérieure, le cadre y tenait une place importante. Dans le récit que nous allons feuilleter : YEpitaphe (1), tout le drame est contenu dans une seule âme, et il esl si serré, d'un art si classique, et cependant si imprégné de la plus poignante émotion humaine, que la conteuse nous semble s'élever ici au-dessus d'elle-même.
Le récit n'a que quelques pages. Le petit cimetière du village de Lerum dort sous la neige; les tombes y sont modestes. Seul, un monument orgueilleux domine les autres, et on y lit
(1) Osynliga Lanker.
en lettres d'or le nom de la plus notable famille du pays : celle du maître de forges Sanders. Or. un enfant vient de mourir chez le riche industriel; on doit l'enterrer le lendemain. La mère, Ebba Sanders, pleure, assise à la fenêtre de la salle à manger. Le mari, qui achève son déjeuner, se lève et dit :
« — Je ne peux supporter que cet enfant soit « enterré dans mon tombeau. Mon père et ma « mère y sont; sur la pierre il y a le nom de « Sanders. Je ne veux pas que l'enfant repose (( là. »
La femme se lève, tremblante. Il y a quelques années elle a trompé son mari : brève folie suivie des plus cuisants remords. Il a pardonné, il a dit : « Tu n'étais pas dans ton bon sens. » Et depuis des années jamais un mot là-dessus n'a été échangé entre les époux. Mais aujourd'hui, elle le sent, la décision de Sanders est inébranlable :
— Ah! je le savais bien, dit-elle avec terreur, que tu te vengerais un jour.
— Je ne me venge pas, dit-il. Seulement je ne peux pas supporter cela.
« Elle se mit à trembler et grelotter, comme a saisie par un grand froid:
|<( — Pourquoi ne m'as-tu pas chassée? Pource quoi m'as-tu promis que tu me pardonnerais?
« Maintenant on devinera tout, je serai une « femme perdue!
« — J'ai pensé à cela aussi. Mais je ne peux « pas. Explique les choses de ton mieux, je me « tairai seulement. »
Et, jusqu'à la cérémonie du lendemain, l'angoisse de la jeune femme est si forte qu'elle étouffe entièrement la douleur maternelle.
Que dira-t-on demain, quand le cortège, conduit par Sanders, tournera au lieu de se rendre tout droit au grand monument de famille? Quel murmure d'étonnement circulera de rang en rang! On dira tout bas:
« C'était donc vrai, ces bruits qui autrefois avaient vaguement couru! » Ce sera inutilement que, pour racheter sa faute, pour reconquérir son mari, elle aura pendant de longues années travaillé comme une servante à la cuisine. à la chambre à tisser... Quelques secondes seulement, et elle sera jugée, elle sera perdue!
Au moment où le cortège part, elle est comme un condamné qu'on mène au supplice, et sa terreur est si forte qu'elle écrase son mouchoir sur sa bouche pour ne pas pousser de grands cris. Mais... comment n'y avaient-ils pas pensé au milieu de leur trouble? La neige est trop épaisse, la terre trop glacée, on ne peut faire d'inhumations en ce moment. Le cercueil sera seulement déposé dans la petite chapelle des morts, on y
dira les prières, et plus tard, au dégel, quand le printemps s'annoncera, sans cortège ni cérémonies, on fera l'enterrement. Et nul ne saura rien, on pourra croire l'enfant dans le grand tombeau. Ebba est sauvée, sauvée! et elle éclate en violents sanglots.
Comme elle a du chagrin! disent ses voisines.
« Mais elle le sait bien, elle, qu'elle pleure « comme quelqu'un qui vient d'échapper au dan- « ger de mort. »
Deux jours se passent. Au crépuscule. Ebba est assise à sa place ordinaire, à la fenêtre de la salle à manger. C'était l'heure où l'enfant venait jouer près d'elle; elle pense à lui, elle le revoit. Chaque soir, à la même heure, la petite vision se précise, et Ebba songe tout à coup que jamais du vivant de l'enfant elle n'avait pensé à lui ainsi. Son esprit était alors absorbé par cet unique désir : reconquérir son mari. L'enfant, pour ce dernier, n'était pas agréable à voir, il fallait l'éloigner un peu... Qui sait si le petit n'a pas quelquefois senti qu'il était une charge? Elle se souvient maintenant comment ses yeux parfois priaient et mendiaient... Il était rusé, quoique si petit, et elle sent maintenant qu'il mettait toute sa ruse à conquérir un peu de son amour. Il était beau, non pas comme les enfants roses et joufflus, car il était délicat et pâle, mais d'une plus merveilleuse beauté.
Et l'enfant disparu conquiert lentement cette mère dont il n'avait pu, de son vivant, posséder le cœur.
Et dans des âmes comme les nôtres, sans doute un tel sentiment se préciserait en remords. Il n'en est pas ainsi. Nous l'avons vu déjà, dans ces âmes mystiques le fait brutal de la mort n'est pas ce. qu'il est pour nous. Sans doute Ebba regrette de n'avoir pas rendu l'enfant plus heureux : C'est pour cela qu'il m'a été enlevé, se dit-elle.
« Mais sa douleur prend rarement cette forme. (( Elle souhaite bien que l'enfant vive, mais il ne « serait jamais plus près d'elle qu'il ne l'est. u Elle ressuscite tout son passé, elle vit dans « cette courte vie qu'elle pénètre si profondé- « ment aujourd'hui. Cette douleur lui est une (( richesse. »
Et peu à peu, dans cette âme ennoblie, les soucis qui avaient jusqu'alors dominé l'existence apparaissent puérils et vains. Tout s'efface à ses yeux, elle n'a plus à aimer que son enfant au monde, elle veut qu'il ait une tombe sur laquelle, sans crainte ni mensonge, elle pourra aller prier. Aussi quand le printemps vient, quand la neige fond et découvre le cimetière, on voit sur un tombeau isolé une croix; le nom d'Ebba Sanders y est écrit en lettres blanches, et on peut lire au-dessous :
« Ici repose mon enfant. »
Le souffle d'idéalisme qui anime toute son œuvre, Selma Lagerlôf l'a incarné en certains personnages, trop beaux sans doute pour être d'une stricte vérité individuelle, mais qu'on sent vrais quand même en tant qu'images synthétiques des tendances profondes d'un peuple.
Dans La Fille du Grand Marais, la figure de Helga est de ce nombre. Elle est trop parfaite, et pourtant elle n'a pas la froideur d'une artificielle beauté; elle est vivante, parce que les traits qui ont servi à la former se sont trouvés, épars sans doute, mais réels, dans l'âme de quelques paysans et paysannes de Suède. Là le conflit se présente immédiat, tragique entre la vie matérielle et la vie morale, et la pauvre paysanne qui a à choisir entre le pain qui assurera la vie de son enfant, et le salut de l'âme d'un homme, n'hésitera pas un instant. Il faut citer cette admirable scène (1).
Elle se passe devant un petit tribunal de province. Un juge, fatigué d'avoir vu tout le jour passer sous ses yeux la méchanceté humaine, ap-
(1) Le Livre des Légende», traduit en français par Fritiof Palmér. Paris 1911.
pelle une cause nouvelle. Une pauvre fille, séduite par un homme marié, réclame une pension alimentaire pour pouvoir élever son enfant. L'homme soutient que cette fille, qui a été quelque temps à son service, n'a jamais été sa maîtresse, et la loi permet, sur ce point, d'accepter son serment.
« La demanderesse est très jeune et paraît « toute effarouchée. Elle pleure par timidité et (( essuie péniblement ses larmes à l'aide d'un « mouchoir entortillé.
« Elle porte un costume d'aspect presque neuf, « mais qui lui va si mal qu'elle semble l'avoir « emprunté pour se présenter décemment devant « le juge.
« Quant au défendeur, on voit tout de suite « que c'est un homme aisé. Il paraît âgé d'une « quarantaine d'années et il a une figure éner- « gique. A le voir là devant le tribunal, on cons- « tate qu'il a une attitude irréprochable.
« Aussitôt après la lecture du procès-verbal, le « juge, s'adressant au défendeur, lui demande « s'il persiste dans son refus, et s'il est disposé '( à prêter serment.
« En réponse à ces questions, le défendeur « prononce sans hésitation un oui énergique.
« En l'entendant prononcer ce oui, la jeune « fille a un sursaut. Elle fait quelques pas vers « le tribunal, comme si elle avait quelque chose « à objecter, mais elle s'arrête soudain.
« Ce n'est pourtant pas possible, semble-t-elle se dire à elle-même. Il ne peut pas avoir dit oui. J'ai dû me tromper.
« Cependant le juge fait un signe à l'huissier. Celui-ci s'approche de la table pour chercher la Bible.
« De nouveau la jeune fille a l'air de vouloir faire des objections. Mais de nouveau elle s'arrête. Il n'est pas possible qu'on lui permette de prêter serment. Le juge va l'empêcher. « Le juge est un homme avisé, qui sait très bien ce que pensent les gens du pays d'où elle vient. Il sait combien tout le monde y est sévère pour tout ce qui touche au mariage. Ils ne connaissent pas de crime plus odieux que celui qu'elle a commis. Aurait-elle jamais fait un tel aveu, pour son propre déshonneur, si ce n'avait été la vérité? Le juge devait comprendre quel mépris horrible elle s'était attiré. Et non seulement le mépris, mais toute sorte de misères. Personne ne voulait plus l'employer, personne ne voulait plus de son travail. Ses propres parents ne la souffraient presque plus dans leur cabane et parlaient tous les jours de la mettre à la porte. Oh ! non, le juge doit bien savoir qu'elle n'aurait pas demandé de secours à un homme marié si elle n'y avait pas droit! Et s'il sait cela, il doit évidemment empêcher le serment.
« Mais non. Il s'adresse de nouveau au défen- « deur, exprime l'espoir que celui-ci a bien ré- « fléchi au péril d'un faux serment. Le défonce deur l'écoute avec calme ; il répond respec- « tueusement et non sans dignité.
« La demanderesse entend tout cela avec une <( terrible anxiété.
« Quoi! personne n'empêchera cet homme de « devenir parjure? Et lui veut donc s'attirer la « damnation éternelle? Une mystérieuse épou- « vante est attachée à ce mot de parjure, les (( portes de l'enfer s'ouvrent d'elles-mêmes de- « vant un tel crime. Et il va s'accomplir devant « tous, à l'instant! Non, elle parlera au tribuce nal! Elle soutient une lutte violente contre sa « timidité et contre les sanglots qui l'étouffent. « Enfin, juste au moment où le défendeur « commence à répéter la formule sacramentelle, « elle s'élance, rejette sa main et s'empare vive- « ment de la Bible.
« C'est son angoisse atroce qui enfin lui a « donné le courage d'agir. Il ne faut pas qu'il « soit parjure. Il ne le faut pas!
« L'huissier accourt pour lui arracher la Bible. « Tout ce qui touche au tribunal lui inspire une « crainte immense, et elle croit assurément que « ce qu'elle vient de faire va la conduire en pri- « son, mais elle ne lâche pourtant pas la Bible. « Coûte que coûte, il ne prêtera pas le serment!
« Lui, qui tient à le prêter, accourt aussi pour « s'emparer du livre ; mais elle résiste à tous les « deux.
« — Tu ne dois pas prêter serment, crie-t-elle. « Tu ne dois pas!
« Cette scène provoque naturellement la plus « grande stupeur. Le public se bouscule pour « mieux voir, les jurés commencent à remuer, <( le greffier se lève précipitamment, l'encrier à « la main de peur qu'on ne le renverse.
« Alors le juge s'écrie à voix haute et indi- « gnée: Silence! Et tout le monde s'arrête, immole bile.
« — Qu'est-ce qui vous prend? Que voulez- « vous faire de la Bible? demande le juge à la « demanderesse du même ton sévère et cour- « roucé.
(( Ayant pu enfin par ce geste désespéré donner <( libre cours à son anxiété, elle arrive à ré- « pondre:
« — Il ne doit pas prêter serment!
« — Tais-toi et remets le livre en place, or- « donne le juge.
« Mais elle n'obéit pas. au contraire, elle retient « le livre des deux mains.
« — Il ne doit pas prêter serment, crie-t-elle « avec une violence frénétique.
« — Tu es donc bien acharnée à gagner ton
procès? lui demande le juge d'une voix toujours plus cassante.
« — Je veux abandonner le procès, s'écriet-elle; et sa voix se fait aiguë, déchirante. Je ne veux pas le forcer à jurer.
« — Qu'est-ce que tu cries? demande le juge. As-tu perdu la raison?
« Elle respire violemment en essayant de se ressaisir. Elle s'aperçoit elle-même du son aigu de sa voix. Le juge va croire qu'elle est devenue folle, si elle ne peut pas dire posément ce qu'elle a à dire. Encore une fois elle lutte contre son émotion pour arriver à dominer sa voix, et cette fois elle y réussit. Elle dit lentement, posément, tout en regardant le juge bien en face:
« — J'abandonne le procès. C'est lui le père de l'enfant. Mais je l'aime toujours. Je ne veux pas qu'il soit parjure.
« Elle se tient droite et résolue devant le tribunal et continue à fixer son regard droit sur le rude visage du juge. Celui-ci la regarde longuement, [et peu à peu une émotion s'empare de lui]. Le greffier, le commissaire et la longue rangée des jurés tendent le cou pour regarder la jeune fille. Et on aperçoit une lueur sur leurs figures, comme s'ils venaient d'entrevoir quelque chose de très beau qui leur fait du bien jusqu'au plus profond de l'âme. »
Fermons le livre sur cette belle page et gardons dans nos yeux l'image de la jeune paysanne serrant la Bible dans ses bras. Helga, Karin. Gertrud. Bô, Ingmar, ce groupe de paysans apôtres ne s'effacera plus de notre souvenir.
Portraits idéalisés, peut-être, mais où l'on trouve l'accent de vie qui ne saurait tromper. Comme des hommes de génie ont fait entrer le paysan russe dans la vie de l'art, la romancière a fixé l'image du paysan suédois en des œuvres durables, et c'est un de ses plus beaux titres à la reconnaissance de son pays.
En quittant Selma Lagerlof nous allons quitter la Suède; et il est bon que ce soit cette main qui nous conduise aux frontières du royaume, car la personnalité littéraire de la conteuse résume les principaux traits du caractère national, et nous pouvons, en lui jetant un regard d'adieu, considérer l'ensemble de la physionomie du Suédois dans un portrait où il a consenti à se reconnaître.
Le voilà donc, avec sa foi chrétienne inébranlable, chevillée à l'âme depuis des siècles, et que d'autres siècles ne parviendront pas à en détacher; avec son intransigeante honnêteté, sa rude franchise, sa froide pureté dans les choses de l'amour. Le voilà, enseveli dans son silence séculaire, âme isolée qui ne communique avec le prochain que par Dieu et pour Dieu; peu capable de joie, incapable d'insouciance, fréquemment tourmenté, sous son apparence paisible, par les orages de la conscience et l'inquiétude de l'au-delà. La conscience, dans le sens chrétien de ce mot, c'est là le guide et le bourreau de toutes les âmes de Suède. Malgré les conseils d'Ellen Key, dans aucune des œuvres que nous avons parcourues, nous n'avons trouvé la recherche de la joie, l'élan vers la passion ; partout, au contraire, nous avons rencontré les problèmes de la conscience, la recherche du devoir au prix du sacrifice.
Et pourtant ce n'est pas une tristesse qui se dégage de ces œuvres, et le regard des clairs yeux bleus dans lesquels nous avons plongé les nôtres n'était pas douloureux, mais rêveur.
C'est que le Suédois (bien qu'il soit protestant austère) a dans l'âme des éléments qui ne se trouvent pas dans l'âme sombre de certains protestants anglais ou américains.
Nulle part on ne trouve en lui la sèche et lugubre conception religieuse si bien définie par
William James, l'esprit borné qui veut « que cet immense univers avec ses millions de planètes soit construit sur les principes du Code pénal (1). »
Le Suédois n'a pu enfermer son imagination de poète dans un cadre aussi mesquin. La fantaisie. le rêve viennent sans cesse chez lui déborder les contours de la réalité visible. L'amour de la nature, la passion pour tous les êtres animés, viennent noyer sa vie individuelle dans la conception plus vaste d'une vie universelle, parfois dans un panthéisme tout oriental.
La science l'expliquerait peut-être. Une peuplade asiatique est venue, on le sait, se fixer en Finlande: sa poésie s'est infiltrée dans tous les pays Scandinaves, et c'est peut-être grâce à elle que vient de temps en temps passer sur le visage sévère du paysan de Suède un sourire calme et doux qui nous rappelle un peu le sourire bouddhiste. Ce sourire est sur les lèvres de Selma Lagerlof. ce panthéisme est dans son âme :
« Je crains, dit-elle, de blesser la terre en marchant sur elle, de déchirer l'eau en la touchant avec la rame. Dans les plantes, dans les animaux, je sens une âme fraternelle, j'espère que la terre s'ouvrira amicalement pour me recevoir (2)
(1) William James. Les Variétés de l'expérience religieuse.
(2) Costa Berlin?.
Et ce trait, légèrement marqué dans l'âme nationale, cette quiétude produite par l'amour du grand Tout dont nous ne sommes qu'une parcelle, ce trait s'est sans doute accentué en Selma Lagerlôf. Elle est plus paisible, plus sereine que ses compatriotes, et c'est en ce sens que son miroir les modifie en les reflétant.
Et cela se comprend. Elle est poète et femme, elle a puisé son inspiration dans son cœur féminin; il est bien naturel qu'elle ait jeté sur le noble et austère visage de son frère suédois le voile brillant de sa poésie, qu'elle en ait un peu adouci les traits par sa grâce et par son sourire.
Les dimensions et le plan de cette étude ne nous permettaient pas de citer toutes les femmes écrivains suédoises qui eussent mérité V attention. Le choix des œuvres citées a été souvent dirigé par l'ordre des idées exprimées plutôt que par la valeur absolue des ouvrages. Cet appendice a pour but de combler, dans la mesure du possible, les lacunes inévitables, en désignant les principaux écrivains féminins contemporains et leurs œu vres principales.
Je remercie ici de son extrême obligeance M. Fritiof Palmér, Bibliothécaire au Fonds Scandinave, sans lequel mon travail eût été impossible ; Mme Anna Levertin, qui m'a rendu dans mon travail d'inappréciables services ; le docteur Ruben Berg, et les très nombreuses personnes qui ont bien voulu, en Suède et à Paris, m' éclairer de leurs conseils et de leur érudition.
Agrell (Alfhild), née en 1849.
Principaux ouvrages :
Bilder fran Italien {Croquis d'Italie), 1883. Ràddad (Sauvée, drame), 1883.
Dômd (Condamnée, drame), 1884.
Fran land och stad (Scènes de la campagne et de la ville), 1884.
Smastadslif (Vie provinciale), 1884.
llvad ingen ser (Ce que personne ne voit), 1885. Ensam (Seule, drame), 1886.
Pa landsbygden (A la campagne), 1887.
Var {Printemps, drame), 1889.
I Stockholm (A Stockholm), 1892.
Hemma i Jockmock (Chez nous à Jockmock), 1896.
rsordani'ran (Dans le Nord), 1898.
.Aurrlandsgubbar och JNorrlandsgummor (Vieux et vieilles du Norrland), 1899-1900.
Ingrid, en dôds kàrlekssaga (Ingrid, histoire amoureuse d'une morte), 1900.
Guds drômmarc (Rêveurs de Dieu), 1904.
Norrlands-humôr (L'Esprit des gens du Norrland),
Akerhielm (Annie Quiding-), née en 1869.
Principaux ouvrages :
Natt jâmte andra dikter [La nuit cl autres poèmes), Hvidehus, 1899.
En droppe ur hafvet Une goutte dans la mer . 1900. Brôderna (Les frères;, 1901.
EU frâmmande namn [Un nom étranger), IW2. Fru Fanny (Madame Fanny), 1905.
Fru Fannys son (Le fils de Madame Fanny , r.»05, Den stora lyckan (Le grand bonheur,, 1906. De gamlas roman (Le roman des vieux), 1907. Riktiga mânniskor (Vraies braves gens . 1909. Don Juan Tenorio, 1909.
Benedictsson (Victoria) [Ernat Ahlgren], née en 1850, morte en 1888.
Principaux ouvrages :
Fran Skane (Récits de Scanie), 1884.
Pengar (L'Argent), 1885.
Fru Marianne, 1887.
Folklif och smaberàttelser (Vie populaire et Petites Iiistoires), 1887.
Beràttelser och utkast (Nouvelles et Esquisses). 1888. Efterskôrd (Ecrits posthumes), 1890.
En sjalfluograii ur bref och anteckningar (Autobiographie d'après lettres et notes), 1890.
Traductions: En allemand: Geld [Pengar], Berlin, 1889 ; Frau Marianne, Stuttgart, 1890.
Branting (Anna), née en 1885.
Principaux ouvrages :
Lena, 1893.
Sju martyrer Iran den husliga hàrden {Sept martyrs du foyer familial), 1894.
Staden (La Ville), 1901.
Bomresan (Voyage à Rome), 1907.
Fafânglighet (Vanité), 1910.
Bremeiï (Fredrika), née en 1801, morte en 1865. Principaux ouvrages :
Teckningar uitur hvardagslifvet (Esquisses de la vie de tous les jours), 1828-1831.
Aya teckningar ur hvardagslifvet (NOÛDellêi esquisses de la vie de tous les jours), 1834-1848.
Hemmcn i den nya verlden (Les foyers au Nouveau Monde), 1866.
llertha, eller en sjàls historia (Hertha ou l'Histoire d'une âme), 1850.
Lifvot i gamla verlden (La Vie au Vieux Monde), 1860-
Sjelfbiografiska anteckningar (Notes autobiographiques), 1868.
Traductions : Presque toutes les œuvres de Fredrika Bremer ont été traduites en allemand et en anglais, quelques-unes en français.
Carlén (Emilie Flygare), née en 1807, morte en 1892. Principaux ouvrages :
Fosterbrôderne (Les Frères de lait), 1840.
Bosen pa Tistelon (La Rose de l'Ile du Chardon), 1842.
Enslingen pa Johannisskâret (Le solitaire de l'Ilôt de Jean), 1846.
Jungfrutornet {La Tour de la Vierge), 1848.
Ett kôpmanshus i skàrgarden {Une maison de commerce de la côte), 1860-61, etc.
Traductions : La plupart des ouvrages cités ont été traduits en allemand, anglais, français, etc.
Elgstrôm (Anna Lenah).
Principaux ouvrages :
Gàster och framlingar {Hôtes et étrangers), 1911. Havsboken {Le Livre de la mer), 1912.
Elkan (Sofie), née en 1853.
Principaux ouvrages :
Dur och moll {En majeur et en mineur), 1889.
Med sordin {En sourdine), 1891.
Rika flickor {Jeunes filles riches), 1893.
Sàfve, Kurt et Co, 1894.
Skiftande stàmningar {Rêves changeants), 1896.
John Hall, 1899.
I fagelperspektiv {A vol d'oiseau), 1901.
Drômmen om ôsterlandet {Le rêve de l'Orient), 1901.
Konungen {Le roi), 1904-1906.
Fran ôstan och vâstan {Dr l'Orient et de l'Occident),
Anekarstrom, 1910.
Fahlstedt (Amalia) [Rafaël], né en 1853. Principaux ouvrages :
1 flygten {Au vol), 1883.
Ax och halm {Epis et paille), 1887.
Ismaël, 1895.
En passionshistoria {Histoire de passion), 1897.
I dodvattnet {Dans l'eau dormante), 1899.
Fittinghoff (Laura), née en 1848.
Principaux ouvrages :
En liten verld bland fjellen {Un petit monde parmi les
montagnes), 1885.
Taflor ur lifvet och naturen (Tableaux de la vie et de la nature), 1886.
I Rosengard (Parmi les roses), 1890.
I lôfsprickningen (A l'époque de la feuillaison), 1891. Varluft (Air de printemps), 1892.
Gamla Nâset, 1895.
Brittsommar {Eté de Saint-Martin), 1896.
I fjelluft (Dans l'air de la montagne), 1899.
Fogelklou (Emilia).
Principaux ouvrages :
Allvarstunder (Heures de recueillement), 1903. Frans av Assisi (Saint François d'Assise), 1907.
Gernandt-Claine (Jane), née en 1862.
Principaux ouvrages :
Fata morgana, 1893.
Hella, 1896.
Det frâmmande landet (Le pays étranger), 1898. Hemlôs (Sans foyer), 1901.
I pagodernas land (Au pays des pagodes), 1903. Nàr sjôn gar hôg (Par mer démontée), 1905. Dikter (Poésies), 1908.
Lifsmakter (Forces de la vie), 1908.
Syner i natteu (Visions nocturnes), 1908. Morgondagens àktenskap (Le mariage de demain),
Granquist (Ida).
Principaux ouvrages :
Ett hem (Un foyer), 1901.
Reflex (Reflet), 1901.
O flnske broder! (Oh! Frère finlandais), 1902.
Den osynliga kôren (Le. Chœur invisible), 1902.
Korsfararsanger (Chansons de croisés), 1903.
Skiftande rester (Voix changeantes), 1905. . ,
Hùlmgrex (Ànn' Margret), née en 1850.
Principaux ouvrages :
Fru Strahle Madame Strahle), 1894.
>àr riddar l'If suckar [Quand Ulf le chevalier soupire), 1896.
Idstrôm ,EUen;, 1857.
Principaux ouvrages :
Tvillingsystrarne (Les sœurs jumelles), 1893. Vinddrifne Naufragés . 1894.
Mlle Blanche, 1896.
Kvinnor [Femmes), 1899.
Tkorild och Louise, 1901.
Joiiaxsox (Rlara) [Huck Leber].
Principal ouvrage :
Oskuld och arsenik [Innocence et arsenic), 1901.
Jouvrx .Maria).
Principal ouvrage :
Vàrdshuset L'Auberge , 1905.
Kerfstedt (Amanda , née en 1835.
Principaux ouvrages :
Vid viigkanten Au bord de la route), 2 vol., 1880 et 1883.
Ràrlek och andra beràttelser (L'amour et autres contes), 1885.
Eva (Eve), 1888.
Holger Vide, 1893.
Bland fait och àngar 'Parmi les prés et les champs),
Brânningar Brisants", 1899.
Réflexe? (fteflets)i 1901.
Susanne Suzanne), 1903.
Traductions : Plusieurs de ces ouvrages sont traduits en finnois, norvégien et hollandais.
Key (Ellen), née en 1849.
Principaux ouvrages :
Nagra tankar om hur reaktioner uppsta (Quelques réflexions sur l'origine des réactions), 1889.
Om yttrande-och tryckf'iïhct {Sur la liberté de la parole et de la presse), 1889.
Skônhet for alla (La beauté pour tous), 1889.
Ernst Ahlgren, 1889.
Sonja Rovalevski, 1892.
Anne-Charlotte Leffler, 1893.
Individualism och socialism, 1895.
Missbrukad kvinnokraft 'Faux emploi des forces féminines), 189G.
Kvinnopsykologi och kvinnlig logik (Psychologie et logique féminines), 1896.
C. J. L. Almqvist, Sveriges modernaste diktare (C. J. L. Almqvist, l'auteur le plus moderne de la Suède), 1897.
Bildning (Culture morale), 1897.
Tankebilder (Pensées-Images), 1898.
Mànniskor Figures humaines), 1899.
I Finland och Ryssland {En Finlande et en Russie),
Barnets Arhundrade (Le siècle de l'enfant), 1900.
Lifslinjer (Lignes de la vie*, 1903-1906.
Rahel Varnhagen, 1907.
Fredrôrelsen och kulturen (Le mouvement pacifiste et la culture), 1908.
Kvinnororelsen (Le mouvement féministe), 1909.
Verk och mànniskor (CEuvrcs et figures humaines),
Tal till sverigos ungdom (Discours à la jeunesse suédoise), 1911.
Traductions : La plupart des œuvres d'Ellen Key sont traduites en allemand, en anglais, etc.
En français :
De l'Amour et du Mariage, Paris, chez Flammarion,
Le Siècle de l'Enfant, trad. par Mlle Damad, Paris, chez Flammarion, 1908.
L'Individualisme [Images idéales], trad. par J. de Coussange, Paris, chez Flammarion, 1910.
Knorring (Sophie von), née en 1797, morte en 1848.
Principaux ouvrages :
Cousinerna {Les Cousins), 1834.
Torparen och hans omgifning [Le Métayer et sun milieu), 1843.
Traduction : Les Cousins, en français.
Kr^emer (Lotten von), née en 1828.
Principaux ouvrages :
Dikter (Poésies), 1863.
Den kàmpande anden (L'Ame qui lutte), 1892. Hermès och Diotima, 1892.
Skadespel och beràttelser (Drames et Nouvelles), 1893. Kuylenstierxa (Elisabeth), née en 1869.
Principaux ouvrages :
Bubblor (Bulles), 1901.
Gungfly (Sol mouvant), 1903.
Lifvets rôster (Les Voix de la Vie), 1905. I elfte timmen (A la dernière Heure), 1905.
Lagerlôf (Selma), née en 1858.
Principaux ouvrages :
Gôsta Berlings saga (La Saga de Gôsta Berling), 1891.
Osynliga lànkar Liens invisibles), 1894.
Antikrists mirakler (Les Miracles de l'Antéchrist), 1891.
Drottningar i Rungahalla (Reines de Rungahsella),
En herrgardssàgen (Légende du vieux Manoir), 1899.
Jérusalem, I et II, 1901-1902.
Kiïstuslegender (Légendes du Christ), 1904.
Herr Arnes pengar (L'Argent de M. Ame), 1904.
Nils Holgersons underbara resa genom Sverge (Voyage merveilleux de Nils Holgerson), 1906-1907.
En saga om en saga (Histoire d'un Conte), 1908.
Hem och stat (Le Foyer et l'Etat), 1911.
Liljecronas hem (La maison de Liljiecrona), 1911.
Traductions : La totalité des œuvres de S. Lagerlôf est traduite en allemand ; la plupart en anglais, italien, etc.
En français : La Légende de Gôsta Berling, trad. par André Bellessort, Paris, chez Nilsson, 1905.
Jérusalem, I: en Dalecarlie, trad. par André Bellessort. Paris, chez Nilson, 1904.
Les Liens invisibles, trad. par André Bellessort. Paris, chez Perrin, 1909.
Le Livre des Légendes, trad. par Fritiof Palinér. Paris, chez Perrin, 1910.
Le vieux Manoir, trad. par Marc Hélys. Paris, chez Perrin, 1911.
Le Voyage merveilleux de Nils Holgerson, trad. par T. Hammar, Paris, chez Perrin, 1912.
Landsort (Frida).
Principaux ouvrages :
Rytmer och rim (Rythmes et Rimes), 1905. Utanfôr hvirfveln (En dehors du Tourbillon), 1908.
Leffler (Anne-Charlotte), née en 1849, morte en 1892. Principaux ouvrages :
Hàndelsevis (Par aventure), 1869.
Pastorsadjunkten (Le Vicaire), 1876.
Ur lifvet (Scènes de la Vie), 1882-1893.
Elfvan (L'Elfe), 1883.
Sanna kvinnor (Femmes vraies), 1883.
Skadespelerskan (L'Actrice), 1883.
Hur man gôr godt (Comment on fait du bien), 1885.
Kampen for lyckan (La Lutte pour le Bonheur), 1887.
Tre komedier (Trois Comédies), 1891.
Sonja Rovalevsky, 1892.
Efterlâmnade skrifter (Œuvres posthumes), 1893.
Traductions : La plupart des ouvrages cités sont traduits en allemand, quelques-uns en italien.
En français : Biographie de Sonja Kovalevsky. Paris, chez Hachette, 1895.
Lixdberg ;'Elsa\
Principaux ouvrage? :
Ann-Lis, 190-1.
Kvinnor fran minareternas stad [Femmes de la ville aux minarets . 1908.
Lindhé (Wilma\ née en 1838.
Principaux ouvrage? :
Tvenne julmorgnar Deux matins de Xoël], 1877.
Sma taflor ur minnet [Petits tableaux faits de mé' moire, 1882.
Ebb och flod [Flux et reflux . 1883.
Vid gassken och dagsljus [A la Lumière du Gaz et à la Lumière du Jour), 1885.
Môdrar [Mères., 1887.
Motvind [Yent contraire . 1891.
Ragnhild, 1896.
Eisa Vang, 1900.
Lundberg (Ellen), née en 1869.
Principaux ouvrage? :
Lyriska stàmningar {Sensations lyriques), 1895. Nya dikter [Nouvelles poésies\ 1892.
Sanger och syner Chansons et visions), 1906. Bland Italienare [Parmi les Italiens), 1907.
Malling Mathilda\ née en 1864.
Principaux ouvrages :
Berta Funke, 1885.
Alice Brandt, 1888.
En roman om Fôrste Konsuln [Un roman sur le Premier Consul), 1894.
Fru Guvernôren af Paris 'Madame la Gouverneur de Paiis), 1895.
Eremitage-idyllen L'Idylle de l'Ermitage), 1896.
Skvttes pa Munkeboda (La famille Skytte de Munheboda), 1897.
Fru Leonora (Madame Léonore, drame), 1897.
Dona Ysabel, 1898.
.Malin Skytte, 1900.
Damerna fran Markby (Les Dames de Markby), 1901.
Daggryning (L'Aube), 1902.
Nina, 1903.
Lilla Marica och hennés man (Petite Marica et son mari), 1904.
Lady Elisabeth Percy, 1905.
Hennés hjàlte (Son héros), 1906.
Maria Stuart, 1907.
-\inas brôllopsresa (Voyage de noce de Nina), 1908.
Karl Skyttes hustm (La Femme de Karl Skytte), 1909.
Svstrarne pa Ribershus (Les Sœurs de Ribershus),
Norrman (Fanny).
Principaux ouvrages :
Gallàpplen och paradisâpplen (Noix de galle et Pommes d'api), 1901.
Brita fran Osterby, 1904.
rsoRRVALL (Nella).
Fàdernas missgàrningar (Les Péchés des parents),
Gif ta sig for pengar...! (Se marier pour de l'argent),
.Nyblom (Helena), née en 1843.
Principaux ouvrages :
Noveller (Nouvelles), 1875, 1876, 1879 et 1884. Kvinnoôden (Destinées de femmes), 1888.
Dikt och verklighet (Rêve et Réalité), 1890. Fantasier (Fantaisies), 1896.
Det var en gang ( Il y avait une foù).
En sagokrans (Une couronne de contes), 1903. Hôgvalla, 1907.
Rieck-Muller (Maria), née en 1863.
Principaux ouvrages :
Fjàllbyfolk {Les gens de la montagne), 1899.
Mcllan haf och fjàll {Entre la mer et la montagne),
Livs sanger {Les Chansons de Liv), 1902.
Gunnar Gran, 1903.
I snôn {Dans la neige), 1904.
Flyttfaglar {Oiseaux de passage), 1905.
Vildvin och barr [Vigne vierge et Aiguilles de pin),
Roos (Anna Maria;, née en 1862.
Principaux ouvrages :
I gryningen (A l'Aube), 1894.
Tvsta djup {Profondeurs silencieuses), 1895.
I "Hvitavall, 1895.
Luve Lulls sagor {Les contes de Luve Lull), 1898.
Prinsessan Li-Hong-Tse, 1899.
Gràshoppans visor Les Chansons de la sauterelle), 1899-1900.
Marika, 1901.
Maria Nyckelpigas visbok {Chansons de la Bête à bon Dieu), 1901.
Aderton ar [Dix-huit ans), 1902.
Fariseismen i vara dagar {Le Pharisaisme de nos jours), 1902.
Valands saga {La saga de Valand), 1903.
Syster Dione (Sœur Dione), 1907.
Pa sàllsamma vagar [Sur les routes mystérieuses).
Framtidens religion och framtidens kvinna (La religion et la femme de l'avenir), 1908.
Ett gammalt familjearkiv {Vieilles archives de famille), 1909.
Traductions : Quelques-uns de ces ouvrages sont traduits en allemand.
En français : Cœurs sauvages [Tystadjup], Paris, 1897.
Schwartz (Marie Suphie), née en 1819, morte en 1894. Principaux ouvrages :
Mannen af bord och kvinnan af folket {L'Homme noble et la Femme du peuple), 1858.
Skuld och oskuld {Crime et Innnocence), 1861.
Positivspelarens son {Le Fils du Joueur d'orgue), 1863.
Starnberg (Miirta).
Principal ouvrage :
Marianne Roeder, en nutidskvinna {Marianne Roeder, f cm me d'aujourd'hui), 1903.
Stéenhoff (Frida) [Harold Gote], née en 1865. Principaux ouvrages :
Lejonets unge {Le Lionceau), 1896.
Sin nâstas hustru {La Femme du prochain), 1898.
Arkeflenden {Le pire Ennemi), 1900.
Det heliga arfvet {L'Héritage sacré), 1903.
Den reglementerade prostitutionen {La prostitution légale), 1904.
ôknen {Le désert), 1904.
Humanitet och barnalstring {Philanthropie et Procréation), 1906.
Den hvita dufvans samfund {La Société du Pigeon blanc), 1908.
Fosterlandskànslan {Le Sentiment patriotique), 1907.
Stridbar ungdom {Jeunesse combative), 1908.
Penningen och kàrleken {L'Argent et l'Amour), 1908.
Den smala vàgen {La Voie étroite), 1910.
Stjernstedt (Marika), née en 1875.
Principaux ouvrages :
Sven Vingedahl, 1894.
l'yia beràttel&er Quatre histoires), 1896
Elise, 1897.
Slàtten ,La Plaine), 1899.
janinas hjàrta {Le Cœur de Janina), 1905.
Det rôda inslaget {La trame rouge), 1907.
Gêna, 1909.
April {Avril), 1909.
Lilas âktenskap {Le Mariage de Lila), '3<0.
Landsliôfdingens dotter {La Fille du Prejet , 1911.
Strandberg (Hilma Angered), née en 1855.
Principaux ouvrages :
Vâsterut {Dans l'Ouest), 1887.
Den nya varlden {Le Nouveau Monde), 1898.
Pa pràrien {Sur les prairies de l'Amérique), 1898.
Fran det nya och gamla landet {Du nouveau et du vieux Pays), 1899.
Lydia Vik, 1904.
Under sôderns sol {Sous le Soleil du Midi), 1905.
Trollmark {Terre de Lutins), 1907.
Traductions : En allemand : Die Neue Welt, dans la revue Aus fremden Zûngen, 1900.
Wagner (Elin), née en 1882.
Principaux ouvrages :
Fran det jordiska muséet {Du Musée terrestre), 1907. Nortullsligan {La Ligue de la Porte du Nord), 1908. Pennskaftet {Le Porte-plume), 1910.
Traductions : En allemand : Die Liga der Kontorfraûlein. Mùnchen, 1910.
Wahlenberg (Anna), née en 1858.
Principaux ouvrages :
Teckningar i sanden {Dessins sur le Sable), 1882.
Sma sjàlar {Petites Ames), 1886.
Underliga vàgar {Voies mystérieuses), 1887.
I hvardagslag {Vie de tous les jours), 1889.
Pa vakt {En garde ! comédie), 1890.
Stora ûarn och sma {Grands et petits enfants), 1891.
Tva valsprak {Deux Devises, comédie), 1892.
LôniKlôrren {La Porte secrète, comédie), 1893. Tolf skizzer (Douze esquisses), 1893.
En stor man {Un grand homme), 1894.
Farbror Pal {Oncle Paul), 1896.
Sa hàndc det sig... {Il arriva ceci que...), 1896. Uindande band {Liens qui attachent), 1898. Tva hustrur {Deux épouses), 1899.
Interiôrer {Intérieurs), 1900.
Med lyftad vinge {Les Ailes déployées), 1901. Skymtande ansikten {Visages entrevues), 1902. For vind och vag (A vau l'eau), 1902.
En ny dag {Un jour nouveau), 1904.
Den syndiga gamla mànniskan (Le vieux Pêcheur), Tva slags folk {Deux espèces de Gens), 1905. Fôrbrytare {Criminels), 1906.
Sômngangerskan {La Somnambule), 1907.
Karlekens fôrgardar {Les Parvis de l'Amour), 1910.
Wester (Ellen).
Principaux ouvrages :
De slutna hànderna {Les Mains fermées), 1902. Anna Elisabeth Lindon, 1905.
Wettergrund (Joseûna) [Lea], née en 1830, morte en
Principaux ouvrages :
Smabitar pa vers och prosa {Bagatelles en vers et en prose), 1858-69.
Valda beràttelser {Contes choisis), 1878-88.
Pages
Avant-Propos S
Introduction 13