PLANCHES
Pl. I. Rupture du sinus circulaire ^.^^
Pl. II. Id ' 136
Pl. III. Ici ' . 146
P, V. Surlace utérine du placenta. Sinus circulan l
P," VI. Arrièrc-laix d'un lo'tus mort. Face externe '
P^' VII Arrière-faix d'un fœtus n.ort. Face amniotup..
Description d'un cas dans lequel raccouchement n'a déterminé, chez une primipare, que de légères fissures de l'orifice hyménal '.
Lorsqu'une femme a eu des rapprochements sexuels, son hymen ou orifice vaginal présente en général de peliles ■déchirures-. Ces fissures n'arrivent pas à entamer la muqueuse vulvaire, il en résulte que les diverses parties, qui formaient auparavant le cercle hyménal, restent appliquées les unes ■contre les autres; on en reconstitue très facilement l'ensemhle. Ces débris de l'orifice vaginal, séparés par des fissures, forment les caroncules hyménales. Parfois, cependant, les rapports sexuels' ne déterminent aucune lésion de l'hymen qui •demeure absolument intact.
Après l'accouchement, l'aspect de l'orifice vaginal est absolument changé : on ne trouve plus de cercle complet ou seulement fissuré ; il existe au contraire de notables pertes de substance. La vulve se conlinuo à plein canal avec le vagin. L'hymen, par un mécanisme que nous avons étudié, a disparu
' Le Progrès médical, 1887, 2» série, t. VI, p. -160.
2 P. BuDiN. Recherches sur l'hymen cL l'orifice vaginal. Le l'rogrcs médical, aoùl 1879 et ObsLclrique el Gynécologie, p. 270 el suivantes. 188(3.
en grande partie et ses débris, séparés les uns des autres par des intervalles plus ou moins grands, forment alors les caroncules myrtiformcs.
Peut-il y avoir accouchement à terme ou près du terme sans que l'hymen soit rompu? L'extensibilité des tissus, accrue par l'état de grossesse, peut-elle être telle qu'elle permette le passage d'un fœtus vivcwit et viable, sans qu'il en résulte aucune lésion ? Nous avons publié des cas dans lesquels, le fœtus étant mort et macéré, l'expulsion avait eu lieu aux environs du huitième mois et l'orifice vaginal était demeuré intact'; une fois môme, nous avions été obligé d'introduire la main dans la cavité utérine pour pratiquer la délivrance artificielle ; mais nous ne connaissons pas jusqu'ici d'exemple réellement concluant dans lequel un accouchement à terme a eu lieu sans rupture de l'hymen. Il faudrait, en effet, que l'orifice vaginal pût, sans se déchirer, laisser passer un enfant dont le diamètre sous-occipito-frontal mesurerait de 10 à H centimètres ; il faudrait donc qu'il parvînt à former un cercle de 30 à 33 centimètres. Cela nous semble bien difficile. L'hymen est cependant parfois très extensible, nous en donnerons comme preuve l'observation suivante.
La nommée B..., càgée de dix-neuf ans, coulurière, entre cà la Charité le 31 mai 1886. Elle est de taille moyenne et de bonne constitution. Elle n'a été réglée qu'à dix-huit ans ; peu de temps après, elle a commencé à avoir des rapports sexuels et elle est devenue enceinte. Sa dernière époque menstruelle date du août 1885. La grossesse n'a rien présenté qui mente d être sii^nalé et l'accouchement s'est terminé le 31 mai, à 9 h. 50 du . soir ; le travail avait duré vingt heures. L'enfant s'était présente par le sommet, en position 0. L D. P. qui s'était réduite spontanément ; il paraissait arrivé près du terme, mais eta.t petit et ne pesait que 1450 grammes. La mensuration des d-metre d. la lète a donné les chiffres suivants : D. occ.pito-mentonn.ei, 12 ,5 ,
, P BUD.N. ^ou.M.s reckerckes sur l'Inj.nen el rori/ice vaginal. In Obstc-
FEMMES EN COUCIFES ET NOCJVEAU-XÉS
D. occipilo-frontal, 10,5; D. sous-occipilo-bregmaliquc, 10 ; D. bipariélal, 8,7o ; D. bitemporal, 8.
La délivrance fut naturelle et l'examen des organes génitaux externes montra qu'ils avaient conservé leur intégrité presque complète, il ne s'était produit sur l'orifice vaginal que deux petites fissures en arrière et en bas (fig. 1).
Orifice vaginal cliez une leinme accouchée, à terme ou presque à terme, d'un enfant vivant. U n'existe que deux petites (issurcs. — Reproduction d'une photographie.
L'hymen avait une forme annulaire, les cinq sixièmes environ de son pourtour étaient absolument intacts, ils étaient formes par tout le bord latéral gauche, par le bord supérieur et par les parties supérieure et moyenne du bord latéral droit. ^ Une des fissures se trouvait en arrière, sur la ligne médiane ; l'autre était à quelques millimètres de là, le long du bord droit de
l'hymen ; entre ces deux fissures se trouvait donc la petite portion qui complétaitle cercle hyinénal. Lafissure médiane et postérieure arrivait presque jusqu'à la muqueuse vulvaire, c'est-à-dire jusqu'à la circonférence externe de l'hymen ; l'autre fissure, au contraire, était un peu moins profonde. Il n'y avait donc, à proprement parler, aucune lésion de la' muqueuse vulvaire.
Si on renversait de dedans en dehors les bords de l'hymen, on constatait que les deux fissures se continuaient un peu plus loin, vers la paroi postérieure et vers la paroi latérale droite de la muqueuse vaginale.
La figure 1 est la reproduction exacte d'une photographie qui a été prise le 12 juin, c'est-à-dire douze jours après l'accouchement. La femme se trouvant tout à fait bien portante a voulu quitter l'hôpital à cette date. L'enfant avait d'abord diminué de poids ; le 11 juin, il pesait 2.000 grammes ; le 12 il commençait à augmenter, son poids était de 2.0:-i0 grammes. Il était nourri au sein par sa mère. Le 12 juin, les diamètres de la lête"étaient les suivants : D. occipito-mentonnier, ll'-"",7o; D. maximum, 12,2; D. occipitofrontal, 10, 7o ; D. occipito-bregmatique, 9,2; D. bipariétal, 8,3; D. bitemporal. 7,o.
Ainsi donc, dans ce cas, la femme était accouchée à terme ou près du terme, d'un enfant bien portant. L'hymen, il est vrai, n'était pas resté absolument intact, il présentait sur son cercle interne deux petites fissures analogues à celles qu'on rencontre parfois après les premiers rapports sexuels, mais son cercle externe était demeuré complet.
Etant donné les modifications profondes que l'accouchement détermine habituellement du côté de l'orifice vaginal, il eût été certainement impossible de croire, d'après le seul examen des organes génitaux externes, que cette femme avait mis au monde un enfant vivant, viable et du poids de 2.450 grammes.
De la perforation des petites lèvres. — Son mode de production '.
Au mois d'avril dernier, M. Secheyron a publié, dans les Annales de gynécologie \ un for tin téressan t. travail sur la perforation des petites lèvres. Voici en quoi consiste la lésion qu'il a décrite. Chez une femme qui est accouchée, on découvre parfois, sur la face externe des petites lèvres, plus ou moins haut, une perforation circulaire ou ovoïde qui permet le passage d'un porte-plume, d'une grosse sonde ou même du petit doigt. Il y a là une véritable boutonnière, qui ne gêne, du reste, la femme en aucune façon ; le plus souvent, en effet, cette dernière ne se doute pas de la particularité qui existe du côté de ses organes génitaux. Cette disposition avait déjà été signalée par Tarnier et ChantreuiP dans les termes suivants : « Tantôt la petite lèvre est percée d'un trou comme si elle avait subi'un accroc, tantôt elle est déchirée dans toute sa hauteur et constitue un lambeau flottant. »
Les perforations des petites lèvres ne seraient, du reste, pas extrêmement rares ; Secheyron en rapporte quatre exemples qui lui sont personnels, et il ajoute : « Pendant un séjour
' Communication faite à la SociéLé de médecine de Paris, juillet 1887 et publiée dans Le l'rocjrhs médical, 2" série, t. VI, p. 331, 1887.
2 Skciikyhon. Annales de gynécologie, avril 1887, t. XXVII, p. 261. TAnMKii et CiiANTiiKLiL. Traité de Varl des accouchements, t. 1, p. 748.
c FEMMES E\ COUCHES ET NOUVEAU-NÉS
do deux ans dans les différents services de l'hôpital de Lourcine, notre ami et collègue Thouvenet a examiné quatre ou cinq de ces orifices. » Toutefois, si nous en jugeons d'après ce que nous avons vu nous-même, elles sont moins fréquentes que la section complète des petites lèvres.
Après avoir expliqué la perforation des petites lèvres parla distension exagérée que subit la vulve au moment de l'accouchement, au moment du passage de la tête et du tronc, M. Secheyron écrit : a Le mécanisme de la perforation des petites lèvres est peu différent de leur arrachement, de la déchirure de leur bord libre.
« Il est probable que, dans ces cas, la distension de la petite lèvre n'est pas absolue, étendue jusqu'au bord libre au moment où une contraction dernière et brusque expulse le fœtus. Ce fait expliquerait la plus grande fréquence des perforations dans les cas d'inégalité des petites lèvres, et leur existence sur la lèvre la plus longue.
« Il se peut encore que l'épaisseur des petites lèvres, ditï'érente en divers points, détermine des différences de résistance. Afin d'élucider ce point, il a été procédé à un examen minutieux de plusieurs femmes ; chez certaines, il nous a été permis de constater de l'amincissement du bord libre ; ciiez d'autres, au contraire, on notait de l'épaississement de ce bord. Ces parties exigeant pour se distendre une tension plus énergique résistent, tandis que les parties qui les précèdent, soumises à la distension exagérée, se rompent : le résultat de la rupture est une fente, une perforation ^ »
Donc, pour M. Secheyron, la distension non absolue des petites lèvres, les différences de résistance des tissus et, dans certains cas, l'épaississement du bord libre des nymphes, jouent un grand rôle dans la production de cette lésion particulière. Il nous a semblé cependant que le véritable mécanisme de la perforation des petites lèvres était, à en juger
' Skchkyiiox. I.oco ctlalo, ji. 'J65.
par ce que nous avions vu, un peu différent dans la grande
majorité des faits.
Chez les primipares, 1 orifice vaginal, après avoir résisté pendant un certain temps, se rompt le plus habituellement en arrière : la déchirure peut gagner alors la fosse naviculaire, la fourchette et le périnée. D'autres lésions se produisent parfois sur les parties latérales de l'orifice vaginal et on peut les voir s'étendre obliquement de bas en haut sur la muqueuse vulvaire, jusqu'à la petite lèvre qui est sectionnée partiellement ou totalement ' ; dans ce dernier cas, la petite lèvre est comme coupée perpendiculairement à sa longueur et la rétraction des tissus détermine un écartement très notable des lambeaux.
Or, parfois, la déchirure qui part de l'orifice vaginal gagne encore la petite lèvre, qui est perforée dans toute son épaisseur, mais le bord libre reste intact. La présence d'un grand nombre de fibres élastiques dans la constitution de la nymphe détermine alors l'écartement persistant des bords de la plaie, et la production d'une ouverture qui demeure constamment béante, en un mot, la production d'une véritable boutonnière. Du reste, en examinant avec soin la face interne de la petite lèvre perforée, on trouve, après la guérison, une cicatrice qui s'étend de la boutonnière à l'orifice vaginal ; seulement ce n'est pas une cicatrice linéaire qu'il faut s'attendre à rencontrer, mais une cicatrice plate, une cicatrice en surface, généralement ovalaire , qui peut facilement échapper à l'examen.
Les quatre cas si bien observés par M. Secheyron nous semblaient apporter eux-mêmes un argument en faveur de notre opinion. En effet, c'était toujours à la suite d'un premier accouchement que la perforation était survenue. Or, si la distension des tissus et les autres causes invoquées avaient seules agi, s'il n'avait pas existé une raison plus particulière
' 1'. Bi DiN. Obslélrirjuc el Gynécolor/ie, p. 291, avec figures.
pour favoriser la production de la boutonnière, on aurait dù trouver parfois celte lésion après un deuxième ou un troisième accouchement, car il n'est pas rare que les enfants pèsent alors plus lourd que ne pesait le premier né. La sortie d'un fœtus plus volumineux, amenant nécessairement une distension plus considérable de la vulve, devrait aussi déterminer la perforation.
Un fait absolument probant, démontrant la réalité du mécanisme que nous avons invoqué, ne tarda pas, du l'este, à se produire dans notre service de la Charité :
OusERVATiox. — L'observation a élé recueillie par M.Graiicher, élève du service. Le 22 juin 1887, entrait à la salle de travail la nommée Maria Ra..., âgée de vingt-six ans cuisinière. Enceinte pour la première fois et arrivéeàlerme (ses dernières règles datent du 17 septembre, 1886), celte femme avait commencé à souffrir le 21 juin, à 10 heures du soir. Elle est d'aparence robuste et bien constituée ; son squelette ne présente aucune trace de rachitisme. Le ventre est normalement développé et le fond de l'utérus remonte à quatre travers de doigt au-dessus de l'ombilic. Au palper, on trouve la tête en bas, engagée dans l'excavation; le front fait saillie à droite et en arrière. Au fond de l'utérus et à droite, on reconnaît une grosse extrémité, le siège ; le dos est à gauche et en avant, les petits membres sont à droite. On entend le maximum des bruits du cœur fœtal à gauche, sur une ligne qui va de l'ombilic à l'épine iliaque antérieure et supérieure.
Au toucher, on trouve le col complètement effacé ; il présente une dilatation de 2 centimètres environ ; la suture sagittale est dirigée suivant le diamètre oblique gauche, la fontanelle postérieure est à gauche et en avant; la fontanelle antérieure à droite et en arrière.
Midi. La tète est dans la même situation, les bruits du cœur sont bons.
1 heure. La dilatation est de 4 centimètres; la tète est profondément engagée dans l'excavation.
2 heures. La dilatation est de 5 centimètres; on sent la poche des eaux qui bombe à chaque contraction.
2 h. 30. La dilatation est de 7 centimètres ; la suture sagittale est toujours dans le diamètre oblique gauche.
heures. La dilatation est complète, la rotation. s'est efFectuée, la fontanelle postérieure est derrière la symphyse, la suture sagit-
Cl. Clitoris. — 'pl, pl. Petites lèvres. — u. Urètlu-e. — /t, li\ Restes de l'orifice vaginal. — d". Déchirure de la petite lèvre gauche. — d-. Déchirure de l'orifice vaginal du côté droit. — Déchirure de l'orifice vaginal de la fossé naviculaire, de la fourchette et du périnée. — A. Perforation de la petite lèvre droite. — sf\ sf', sf^. Serre-lincs.
taie est dans le diamètre antéro-postcrieur : on rompt la poche des eaux.
3 /;. iO. La tête se présente à la vulve ; elle fait bomber le péri-
née ; sous l'influence d'une conlraclion énergique, elle se dégage rapidement avant même qu'on ait pu la retenir. L'occiput tourne à gauche, on aide à la sortie des épaules et le reste du tronc se dégage.
On fait la ligature et la section du cordon après cessation des battements vasculaires. L'enfant crie, il est du sexe masculin, gros et bien constitué ; il pèse 3.3!20 grammes.
A 3 h. 30, la femme perd du sang, on fait une injection vaginale chaude : arrêt de l'hémorragie.
A 4 h. 30, délivrance naturelle ;«le placenta et les membranes sont complets.
— En examinant le lendemain les organes génitaux, voici ce que nous constatons : les grandes lèvres ayant été écartées, on voit que la petite lèvre gauche a été divisée sur toute sa hauteur (fig. Î2, d} \ des serre-fines s/"^ et sp maintiennent rapproches les bords delà plaie). Au niveau de la petite lèvre droite il existe une perforation (fig. 2, A) qui se trouve à l'union du tiers inférieur et des deux tiers supérieurs de la nymphe.
Si on renverse les petites lèvres en dehors (fig. 3), on voit qu'il existe au niveau de l'orifice vaginal trois déchirures. Une siège en arrière, sur la ligne médiane, elle se prolonge sur la fosse naviculaire et le périnée (fig. 2 et 3, c^'') ; une serre-fine [§p) a été appliquée à ce niveau,
Une autre déchirure existe sur la partie latérale gauche de l'orifice vaginal (fig. 3, ti', rf') ; de là, elle s'étend obliquement de dedans en dehors et de bas en haut ; elle arrive jusqu'à la hauteur du clitoris, en dehors de cet organe. On a tenté d'obtenir la réunion à l'aide de deux serre-fines (fig. 2 et 3, sf^-, s/"'),
La troisième se trouve sur la partie latérale droite de l'orifice vaginal (fig. 2 et 3, rf^), elle gagne aussi la face interne de la petite lèvre du même côté ; mais si cette petite lèvre est, au niveau de sa base, déchirée dans toute son épaisseur, son bord libre est demeuré intact. Il en résulte, par suite de la rétraction des fibres élastiques, la formation d'une ouverture béante, d'une perforation (fig. 2 et 3, A) qui permet le passage d'une sonde de gros calibre.
Le mode de production de la perforation des petites lèvres était ainsi rendu évident ; nous avons prévenu M. Secheyron, qui a bien voulu venir examiner cette femme.
Les suites de couches ont été simples. 11 y a eu réunion de la déchirure au niveau de la fourchette et du périnée. Les deux serrefines appliquées sur la petite lèvre gauche ont aussi déterminé pri-
FEMMIiS EN COUCHES ET N 0 U V E A U - N fiS il
milivemenl la réunion des deux lambeaux supérieur et inférieur, mais au bout de quelques jours, celle réunion a cédé partiellement
Fig. 3.
Les jieiiles lèvres ont, élé rclevces pour permeUre de mieux voiries lésions de l'orilice vaginal el leur extension aux peliles lèvres. — Les lettres ont la même signification que dans la figure 2.
au niveau du bord libre; il en est résulté la formation d'une petite cchancrure.
En résumé, bien que la perforation des peliles lèvres puisse
probablement se produire par d'autres mécanismes, nous croyons que, dans la majorité des cas, elle est la conséquence d'une extension de la rupture de l'orifice vaginal survenue au moment du premier accouchement.
Le bord libre de la petite lèvre étant demeuré intact, les tissus de la nymphe se rétractent, grâce à la pré'sence de fibres élastiques dans leur épaisseur. Il n'y a pas, dès lors, réunion des surfaces séparées et la perforation persiste.
Note sur un cas singulier de thrombus du vagin pendant
la grossesse '.
Les thrombus de la vulve et du vagin sont très rarement observés pendant la grossesse, c'est surtout pendant Taccouchement ou après l'expulsion du fœtus qu on en constate l'existence. Le peu de fréquence des thrombus pendant la grossesse suffirait donc pour expliquer la publication du fait qui va suivre, si son siège et son origine probables ne méritaient, en outre, d'atlirer l'attention.
Le 24 mai 1886, se présentait à notre consultation de la Charilé une jeune femme, Marie B. . . , âgée de vingt-quatre ans, domestique, qui se plaignait de perdre par les organes génitaux une certaine quantité de liquide sanguinolent.
Cette femme primipare, habituellement bien réglée, avait eu sa dernière époque menstruelle le 24 septembre 188o ; elle se considérait comme étant enceinte de sept mois et demi environ. Sauf quelques vomissements au début, sa grossesse n'avait rien présenté de particulieu» Comme antécédents, on ne relève qu'une attaque de rhumatisme articulaire aigu qui a nécessité un séjour de six semaines à l'hôpital ; des ventouses scarifiées ont été, à cette époque, appliquées sur la région précordiale ; il y a depuis un peu d'essoufdement et des batte-
' Le Pror/rcs médical, 1887. 2" série, t. V. p. 437.
menls de cœur, quand la malade se fatigue ou fait des ellbrls, mais à l'auscultalion on n'enlend aucun souffle, le premier bruit du cœur semble seulement un peu moins net qu'à l'état normal.
Le 23 mai, dans la matinée, la malade éprouve quelques douleurs dans les reins et l'abdomen, ces douleurs sont intermittentes et assez peu marquées pour qu'elle continue à faire son ménage et à vaquer à ses occupations.
A 2 heures de l'après-midi, elle se sent subitement mouillée : elle rentre chez elle el constate qu'elle perd de l'eau roussàlre, ce liquide-est en quantité assez abondante pour imprégner sa chemise et mouiller ses bas. Elle s'aperçoit en même temps qu'il existe une petite tumeur au niveau des organes génitaux externes, tumeur qui est d'apparition toute récente. Craignant d'accoucher prématurément, elle se met sur un lit et l'écoulement diminue d'une façon notable, mais il devient plus rouge. Bientôt il n'y a plus qu'un simple suintement qui persiste pendant toute la soirée et toute la nuit ; il est à peine apparent quand la malade se présente le 24 au matin à la Charité.
A l'examen, nous constatons qu'il existe une grossesse de sept mois et demi environ, l'enfant se présente parle sommet en position occipito-iliaque droite, la tête n'est pas engagée. Il n'y a ni œdème, ni varices des membres inférieurs; au niveau des organes g-énitaux, on trouve seulement deux veines un peu plus dilatées que normalement dans le sillon qui sépare la petite lèvre de la grande lèvre du côté droit.
A travers la vulve fait saillie une tumeur arrondie, noirâtre, qui vient de la cavité vaginale ; sa consistance un peu pâteuse est assez résistante ; à sa surface il y a des plis et des rides. On peut repousser dans la cavité du vagin celte tumeur qui a le volume d'un petit œuf de poule. On constate alors qu'elle va s'insérer sur la paroi postérieure du canal. L'insertion commence en bas à 2 centimètres en arrière del'orince vaginal et se continue suivant une ligne occupant le milieu de la
lo
paroi postérieure du vagin?. elle s'élend de l.as eu haut jusqu'à 3 centimètres environ du col de l'utérus. (Voy. fig. 4.)
La tumeur présente donc une extrémité arrondie hémisphérique en has, puis elle devient presque cylindrique. Elle est rattachée à la paroi vaginale postérieure par un véritahle pédicule longitudinal qui existe sur toute la hauteur. Dans sa portion la plus large, la tumeur paraît avoir de 2 cenlimètres
Fi-. 4.
T. Tlirombus. — Ov. Orifice vaginal.
— Uc. Coi ds l'utérus. — 11. Rectum.
Fig. 5.
T. Trombus. — Pv. Paroi vaginale postérieure. — Crv. Cloison rectovasinale. — R. Rectum.
à 2 centimètres et demi environ ; au niveau de son insertion, le pédicule n'a guère plus de 5 millimètres do largeur (Voy. fig. o), aussi peut-on imprimer à la tumeur de légers mouvements de latéralité.
Par le toucher rectal, on ne constate rien d'anormal ; la paroi antérieure de l'intestin est lisse et régulière, elle n'est ni refoulée, ni soulevée par la tumeur ; il faut appuyer fortement avec le doigt pow sentir la tumeur vaginale, celle-ci ne fait saillie dans le rectum que si deux doigts introduits dans le vagin la refoulent d'avant en arrière. En un mot, la tumeur ne siège pas dans l'épaisseur de la cloison recto-vaginale, mais en avant de cette cloison. (Voy. fig. 4 et 5.) Les quel-
ques douleurs sourdes qui existaie* l sont à peine augmentées par la pression.
Le 2o et le 20 mai, on constate que la tumeur diminue peu à peu de volume, l'écoulement séro-sang-uinolent persiste, il devient moins rouge. Le 27 mai, il sort une substance noirâtre, demi-solide, grumeleuse^^ semblable à celle qui viendrait d'une collection sanguine, dont une partie du sérum aurait été résorbée. La tumeur diminue progressivement de volume ; de plus, son extrémité antérieure, qui depuis le premier jour n'a plus de tendance à faire saillie au dehors, devient irrégulière, anfractueuse ; la surface semble s'être ulcérée.
Le 30 mai, les caractères ont considérablement changé; on dirait qu'il ne reste plus de la tumeur que son pédicule, à ce point qu'un candidat au Bureau central ayant pratiqué le toucher se demande s'il n'existe pas une colonne postérieure du vagin épaissie, hypertrophiée, irrégulière. L'écoulement sanguinolent a disparu, la grossesse suit son cours sans présenter aucune particularité et, le 10 juillet, Marie B... accouchait spontanément d'une fille qui pesait 3. 320 grammes. Les suites de couches ont été absolument normales.
Tous les caractères présentés par la tumeur qui vient d'être décrite sont ceux d'un thrombus vaginal survenu pendant la grossesse, sans cause appréc-iable, car la malade n'avait fait aucun effort et n'avait eu aucun rapport sexuel. Mais en quel point ce thrombus s'était-il développé ?
Chez quelques femmes, la colonne postérieure du vagin fait, sur toute la hauteur du canal, une saillie longitudinale très marquée ; il semble que la cloison constituée à une certaine période de la vie embryonnaire par l'adossement des deux canaux de Millier ne s'est pas complètement résorbée.
On eiit dit que, dans notre cas, le thrombus s'était formé dans l'épaisseur même d'une semblable colonne postérieure du vagin, dans l'épaisseur de ce débris de cloison : la saillie arrondie de la tumeur, le pédicule longitudinal qu'elle otlrait, sa situation en avant de la cloison recto-vaginale dont elle
est absolument distincte, plaident en faveur de cette hypothèse.
Nous avons fait de longues et minutieuses recherches dans l'espérance de trouver la relation d'observations analogues à la nôtre. Deux cas publiés, l'un par Fehling ' sous le nom d'Hematoma polyposum du vagin, l'autre par Reich - sous le titre d'hématome pédiculé du vagin, semblent pouvoir en être rapprochés ; mais les descriptions qui sont données par Fehling et par Reich ne permettent pas de préciser en quel lieu siégeait exactement le thrombus.
Le D'' Johannovsky % au contraire, a publié, sous le titre d' « Hématome d'un septum rudimentaire du vagin chez une femme enceinte de cinq mois », une observation dont nous allons donner la traduction in extenso.
Josepha N..., domestique, célibataire, vingt-trois ans, de Bohnovic. Depuis l'âge de dix-sept ans, règles abondantes, douloureuses, durant trois jours, revenant toutes les quatre semaines. Primipare, arrivée au cinquième mois de la grossesse, d'après les renseignements qu'elle fournit, renseignements conllnnés pur l'examen. A son entrée à l'hôpital, elle raconte ce qui suit.
II y a trois jours, elle monta jusqu'au troisième étage un panier très lourd rempli de charbon. Elle éprouva une sensation douloureuse, comme si quelque chose avait été poussé hors des organes génitaux, et elle commença à perdre beaucoup de sang. Une sagefemme consultée constata qu'une tumeur arrondie, noirâtre, sortait du vagin. Par le repos au lit cette tumeur rentra. L'écoulement sanguin persistant, la malade craignit un avortement et se présenta à la Maternité, où le professeur Weber von Ebenhof l'adressa à la Clinique de Gynécologie.
Examen local : les organes génitaux externes sont normaux. L'hymen forme un cercle qui est déchiré en bas et à droite. En écartant les grandes lèvres, on aperçoit, à l'entrée du vagin, une partie d'un-c tumeur qui est livide et brillante à la surface. On peut,
I Fkiimng. Arcli. f. Hynir.k., Bd. X, p. 193, 1876. Jo.iANNOVSKV. Arch. f. C.ynwk., Bd. XI, p. 375, 1877.