FEMMES UN COUCHES
Allaitement
Lorsque le malin, au moment de la visite, nous traversons les salles, deux feuilles, deux tracés placés à la tête de chaque lit attirent notre attention. D'un côté, en elîet, se trouve la courbe de la température maternelle; de l'autre, la courbe du poids de l'enfant ; un simple coup d'œil permet ainsi de juger de l'état des deux êtres.
Que se passe-t-il pour le nouveau-né? Il doit s'alimenter et vivre ; de plus, il doit s'accroître et le fait important, capital, c'est cet accroissement qui indique la bonne santé de l'enfant. Il faut donc le constater, et pour cela, peser -.
Quand on fait usage de la balance, on voit que le nouveauné commence par baisser de poids pendant deux ou trois jours. Il perd 100, loO, 200 et 300 grammes, puis il augmente. Au septième jour, il a regagné son poids initial ; vers le dixième jour, il l'a dépassé d'à peu près 400 grammes.
Certains enfants dont la mère n'a pas de lait diminuent considérablement ; il importe donc de surveiller leur alimen-
' Leçon clinique laile à l'iiopilal de la Clianlc, le 15 décembre 1892.
■2 Voyez Le Proqrcs médical, 4 juin 1892, p. 433-439. i/,w/<'«e de Venfance. AUaUcmenl. - Conférence laile à la Fédéralion des Iravailleurs socialistes do France, le 22 avril 1892. Voyez aussi plus haul, p. 249.
tation pendant la première semaine, car, si on n'y prend garde, leur affaiblissement s'accentue et la mort peut survenir.
Lorsque les mères n'ont pas assez de lait, il faut leur venir en aide : on doit ajouter un complément à l'allaitement maternel, que ce soit le lait d'une nourrice, du lait d'ânesse ou du lait stérilisé. Yous le savez, nous faisons usage à l'hôpital de lait que nous stérilisons nous-mêmes en le portant à 100° centigrades dans des appareils spéciaux. Ce lait stérilisé est toujours consommé dans les vingt-quatre heures.
Au mois de juillet dernier, nous avons, mon interne M. Chavane et moi, communiqué à l'Académie de médecine les premiers résultais obtenus ' ; ces résultats je vous les ai rapportés dans une leçon faite ici. Le lait stérilisé est très bien digéré par les enfants ; ils augmentent de poids et n'ont pas plus de troubles digestifs qu'avec le lait mater-nel.
Ce lait, employé avec succès chez les nouveau-nés, que donne-t-il lorsqu'il est administré à des enfants âgés de 3, 4, 6 et 8 mois ? Nous n'avons encore qu'un nombre limité d'observations. Elles nous paraissent cependant suffisamment intéressantes pour que, dès maintenant, nous en rapportions quelques-unes.
Au commencement du mois de juillet 1892, nous avons été appelé dans le centre de la France par un de nos anciens élèves qui croyait sa femme atteinte d'infection puerpérale grave. Nous avons pu le rassurer; l'élévation de température qui était brusquement survenue, était due à une lymphangite du sein. La mère qui voulait absolument nourrir, n'avait pas de lait. En attendant qu'on eût trouvé une nourrice, nous conseillâmes d'avoir recours au lait stérilisé. L"enfant née le 23 juin, pesait alors.3.000 grammes. Le 6 juillet, quand- on commença l'usage du lait stérilisé, elle pesait 3.06o grammes.
Au commencement de décembre, le père m'écrivait : « Ma fille a eu 5 mois le 25 novembre, elle pesait à cette époque
' Voyez Le Progrès médical, 23 juillet 1892, p. 57 à 62. - Sole s,n- VallaiLe- *nent des nouueau-nés. ^iiuaiie
8.2rj0 grammes, soit 16 livres et demie. De tous les enfants que je vois, c'est la plus forte, la plus fraîche, môme parmi ceux élevés au sein. Elle les laisse loin derrière elle.
(( Pour le mois de juillet, elle a augmenté de 34*"", 80 en moyenne par jour (fig. 60). En août, en septembre, en octobre
Allaitement artificiel.
l'accroissement a été d'à peu près 40 grammes par jour. Le 31 octobre, elle pesait 1.673 grammes et le 23 novembre, 8.250 grammes, ce qui fait, pour cette dernière période, une moyenne journalière de 23 grammes. Elle n'a jamais eu une seule diarrhée, un seul vomissement. Nous avons avec ce lait
une sécurité absolue. »
Voici un autre fait observé également en province. Apres plusieurs grossesses qui s'étaient terminées par la naissance d'enfants morts, on pensa qu'il y avait une alTection speci-
fique et les parents furent soignés en conséquence. Une fille naquit vivante en septembre 1892, elle pesait3.230 grammes. Le second jour, son poids était de 3.490 grammes et le quatorzième de 3.720 grammes; elle avait donc augmenté de 16 grammes en moyenne par jour. La mère n'avait presque pas de lait. Gomme il était survenu une éruption et de petites ulcérations,
Fig. 61.
Allaitement artificiel.
non caractéristiques il est vrai, je ne voulus point, malgré les supplications du père, prendre la responsabilité de donner une nourrice au sein. Des frictions mercurielles furent faites à l'enfant et il but du lait stérilisé à 100 degrés au bain-marie. L'enfant le supporta merveilleusement. Le 14 décembre 1892 il pesait 5.240 grammes ; il avait en soixante et un jours aug-
29i. FEMMES EN COUCHES ET NOUVEAU-NÉS
menté de 1.520 grammes, c'est-à-dire de 2o grammes en moyenne par jour (fig. 61).
Les enfants nés avant terme et faibles, les prématurés, supportent aussi très bien le lait stérilisé.
Je raconterai probablement un jour en détail l'histoire d'un enfant qui, lors de sa naissance, au commencement de juin 1892, pesait 1.790 grammes. Une bonne nourrice lui donna le sein, il vomit et eut de' la diarrhée ; on lui fit prendre du lait d'ànesse, on n'obtint que le même résultat. On lui donna du lait stérilisé à 100 degrés, les vomissements et la diarrhée cessèrent. Il était tombé à 1.460 grammes, mais grâce aux soins d'une excellente garde, il se mit à augmenter régulièrement. Quand, au bout de quelques jours, on voulut le mettre au sein, il eut des accidents tels qu'on dut revenir au lait de vache stérilisé. Ce n'est qu'en octobre, au bout de quatre mois et avec de grandes précautions, qu'il put supporter le lait d'une nourrice. Aujourd'hui, 15 décembre, il se développe régulièrement et pèse 5.550 grammes.
J'ai vu encore en ville des enfants nourris par leur mère, mais insuffisamment : du lait stérilisé complétait heureusement l'allaitement maternel.
Malgré les succès que peut donner le lait stérilisé, il ne doit pas remplacer le sein. Je vous l'ai déjà dit, rien ne vaut pour l'enfant l'allaitement par sa mère ou par une bonne nourrice.
a Que la stérilisation ait été mal faite,' qu'une bouteille débouchée ait été laissée pend.ant quelque temps en vidange, que le lait de vache soit de mauvaise qualité, etc., des accidents pourront survenir, accidents qui, surtout pendant les chaleurs de l'été, auront, parfois très rapidement, une extrême gravité.
« La moindre erreur, la plus petite négligence permettent aux germes de pénétrer dans le lait, qui devient alors dangereux. Lorsque l'enfant, au contraire, prend directement le
sein, il n'est pas toujours sûr d'y trouver un lait parfait, mais il y puise tout au moins un lait stérile et qui ne lui donnera pas le choléra infantile. »
Contrairement â l'usage, nous donnons au nouveau-né non pas du lait de vache coupé avec une plus ou moins grande quantité d'eau, mais du lait pur.
Presque tous les auteurs conseillent d'ajouter de l'eau au lait de vache pendant les premiers mois : on fait un mélange qui comprend d'abord 3 parties d'eau et 1 de lait, puis 2 parties d'eau et 1 de lait, 1 partie d'eau et \ de lait et enfin 1 partie d'eau et 2 de lait. On arrive ainsi progressivement au lait pur qui n'est donné tel qu'au cinquième, au sixième mois et même plus tard.
Le lait stérilisé que boivent nos nouveau-nés est pur, on n'y ajoute pas la plus petite quantité d'eau. On dit que la caséine du lait de vache se coagule en formant dans l'estomac de gros caillots qui peuvent être une cause de troubles digestifs. Or, sous l'influence d'une température voisine de 100 degrés, cette caséine paraît subir des modifications qui en facilitent la digestion ; elle forme des petits grumeaux au lieu de se prendre en masse. Ce fait expliquerait la digeslibililé du lait stérilisé.
Quand nous avons essayé d'y mettre de l'eau, en quantité égale, par exemple, nous avons vu en ville, et à l'hôpital sur deux petits jumeaux, que les enfants prenaient une plus grande masse de liquide et qu'ils s'accroissaient moins.
Voici une observation recueilHe en 1890 et qui nous a beaucoup frappé. Une petite fille, née le 4 novembre, pesait, le 6, 3.040 grammes. Comme ses parents devaient partir pour l'Angleterre, ils voulurent absolument avoir recours à l'allaitement artificiel ; je conseillai le lait d'ànesse pur ; en vingtcinq jours, l'enfant augmenta de 1.180 grammes, c'est-àdire de par jour (fig. 62).
Survint alors une nurse anglaise. A partir du l^'' décembre,
on eut recours au lait de vache coupé : à deux cuillerées de lait on ajoutait quatre cuillerées d'eau d'orge.
Les digestions de l'enfant parurent très médiocres, et du 4" décembre au 21 janvier elle ne prit que 4^'',1 en moyenne pur jour.
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Fig. 62.
Du 21 janvier au 4 février la proportion de lait fut plus grande ; pour quatre cuillerées d'eau on mettait trois cuillerées de lait, l'enfant augmenta de 27 grammes par jour.
Enfin, du 4 février au 1"'" mars, le mélange fut fait par parlies égales et l'enfant s'accrut de 29«%7 par jour.
Cette différence dans l'augmentation, qui de 47 grammes avec le lait d'ànesse pur est tombée à 4*^^l par jour avec le
]ait (le vache coupé, doit-elle être attribuée exclusivement à ce fait que le lait de vache était moins bien digéré ? La composition du liquide, qui contenait une très grande quantité d'eau et peu de matières nutritives, ne doit-elle pas être aussi incriminée?
Faisons quelques comparaisons. Le lait de femme contiendrait environ par litre : eau, 871 ; résidu sec (matières albuminoïdes, caséine, beurre, sucre, sels), 123.
Dans le lait de vache on trouverait par litre : eau, 865; résidu sec, 135.
Si à un litre de lait de vache on ajoute 2 parties d'eau, on obtient pour un litre de mélange :
8Gb + 2.000 2.8B5 Eau : g — ^ — = 9oo
Résidu sec : -^-^ = 45.
Quant à un enfant on donne 500 grammes de ce liquide, il prend en réalité ^ = 477,5 d'eau et-^ = 22,5 de résidu sec ; 500 grammes de lait de femme lui auraient donné au contraire 435,5 d'eau et 61,5 de résidu sec.
L'eau joue un grand rôle dans l'alimentation, je le veux bien, mais 22,5 par jour de résidu sec, c'est bien peu de chose.
Quand on compare l'augmentation obtenue avec l'allaitement au sein à celle que donne le lait de vache, on voit que : « pendant les quatre premiers mois, l'enfant nourri avec le lait de vache s'accroît moins que l'enfant nourri au sein. On voit aussi qu'en revanche, une fois les organes habitués à ce lait, c'est-à-dire à partir du cinquième mois, le même enfant s'accroît plus que celui qui prend du lait d'une nourrice. » (Tarnier et Chantreuil.)
Certes, l'enfant digère moins bien le lait de vache et c'est pourquoi on le coupe, mais la faible augmentation de l'enfant n'est-elle pas due aussi à ce qu'il n'absorbe qu'une très petite quantité de matières nutritives?
Ce qui semblerait le prouver, c'est qu'il augmente beaucoup à partir du cinquième mois, c'est-à-dire à partir du moment où on lui donne du lait pur ou presque pur.
Le lait que nous donnons pur est du lait stérilisé. Le lait ordinaire, en effet, s'altère très rapidement au contact de l'air. Des microbes y pénètrent, leur développement est favorisé par la chaleur et ils pullulent dans le liquide qui constitue un excellent bouillon de culture. De là des diarrhées infectieuses et du choléra infantile si souvent observés, surtout l'été, avec le lait de vache qu'on est obligé de conserver pendant un certain temps avant de le donner au nouveau-né. Ainsi s'expliquent la fréquence de ces "accidents pendant les grandes chaleurs et leur rareté pendant l'hiver.
Le lait de la mère ou celui d'une nourrice n'offre pas ces graves inconvénients, car il passe directement du sein dans la bouche de l'enfant. Il ne peut être infecté par des germes venus de l'extérieur.
Divers procédés ont été conseillés pour obtenir la conservation du lait. Les plus employés sont la pasteurisation et la stérilisation.
Pour pasteuriser le lait, on l'élève rapidement, à l'aide d'appareils spéciaux, à la température de 70 à 75" et on le ramène immédiatement à la température de 12°. On peut faire deux chauffages successifs.
Le lait fourni depuis quelques années aux hôpitaux de Paris est du lait pasteurisé qui se conserve suffisamment pendant les chaleurs de l'été.
Pour la stérilisation, on porte le lait à une température beaucoup plus élevée. On a recours, dans l'industrie, à des procédés divers qui permettent de le chauffer à 102 ou 103",
à 110 ou 115° C.
Nous avons vu à l'étranger et on prépare maintenant en France, en le portant à 102 ou 103°, du lait qui est excellent.
Dans la plupart des bouteilles le lait se conserve très bien, mais de temps en temps il s'altère, et si ce liquide était alors donné aux enfants, il pourrait déterminer chez eux des accidents graves.
Il en est de même du lait stérilisé à 110 ou 115°. Comme les bouteilles sont conservées plus ou moins longtemps, on en rencontre parfois dont le contenu est mauvais. Si on n'a pas la précaution de goûter avant chaque tetée, on peut faire prendre au nouveau-iîé un liquide dangereux : plusieurs faits de ce genre ont été observés.
Ce qu'il faut pour les enfants, c'est que le lait qui vient d'être stérilisé soit consommé dans les vingt-quatre heures ; de la sorte, on évite certainement les accidents. Il est donc nécessaire que les familles puissent elles-mêmes faire la stérilisation.
Escherich a imaginé une marmite dont le couvercle présente un tube que l'on bouche avec de l'ouate A la partie inférieure se trouve un robinet qui permet de tirer le liquide contenu. L'appareil rempli de lait est mis au bain-marie pendant une demi-heure. Après le refroidissement, on fait couler par le robinet le lait dont on a besoin au moment dé la tetée. L'air rentre dans la marmite en filtrant à travers l'ouate.
Le procédé de Soxhlet est tout différent. Deux choses surtout doivent y être signalées : 1° On fait usage de petites bouteilles à goulot évasé et soigneusement rodé, qui contiennent la quantité de lait nécessaire pour une tetée ; 2° chacune de ces bouteilles mise au bain-marie se bouche automatiquement lorsqu'on la laisse refroidir, et reste complètement fermée jusqu'au moment où on doit l'utiliser.
Des bouteilles en quantité nécessaire pour les vingt-quatre heures ayant été remplies aux deux tiers, on les met dans un porte-bouteilles et on les plonge dans un bain-marie dont l'eau arrive à la même hauteur environ que le lait. Elles demeurent quarante minutes dans l'eau bouillante, puis on
les laisse refroidir. Pour que les germes ne pénètrent pas dans les bouteilles, lorsqu'elles ont été retirées du bain, un petit dispositif permet de les maintenir constamment bouchées. Dans ce but un disque en caoutchouc assez épais est placé sur l'ouverture de la bouteille et maintenu en place par une capsule en métal. Ce disque en caoutchouc laisse passer la vapeur d'eau qui le soulève pendant le bain-marie. Lorsque la bouteille se refroidit, la vapeur d'eau contenue dans son intérieur se condense, un vide relatif se produit alors et le disque en caoutchouc s'enfonce dans le goulot sous l'influence de la pression atmosphérique. Tant que ce disque reste fortement déprimé, on est sûr que l'air n'a point pénétré dans l'intérieur de la bouteille. Ce lait, qui a été simplement chauffé au bain-marie, qui n'a pas bouilli au grand air, a conservé une saveur agréable.
Au moment du repas de l'enfant, on fait sauter le disque en caoutchouc et on place sur la bouteille un galaclophore.
L'appareil de Soxhlet est ingénieux : le fractionnement du lait par quantités nécessaires pour chaque repas et le bouchage automatique constituent de réels progrès, mais il présente quelques inconvénients. Au bout de quelques jours, le disque en caoutchouc s'élargit et glisse à frottement contre les parois de la capsule métallique : il ne reste pas d'aplomb sur le goulot quand on laisse refroidir les bouteilles, ou il s'enlève avec la capsule en métal lorsqu'on retire cette dernière ; s'il y a une fêlure, une irrégularité quelconque sur le bord rodé de la bouteille en verre, le disque en caoutchouc ne s'applique plus exactement, de sorte que, dans une marmite contenant dix à douze bouteilles, nous avons habituellement vu l'opération échouer pour une ou deux d'entre elles. Enfin les petites bouteilles ne sont pas facilement transporlables, les chocs font tomber les disques qui les bouchent.
Nous avons cherché s'il n'y aurait pas moyen de supprimer les bouteilles de forme spéciale possédant un goulot rodé. Si on se procure ces dernières plus ou moins rapidement à
la ville, elles peuvent n'arriver que difficilement au fond des campagnes et n'être pas aisément remplacées ; nous espérions aussi parvenir à rendre la stérilisation très peu coûteuse. Pour cela, nous avons fait construire des capuchons de caoutchouc assez semblables comme forme aux capsules métalliques appliquées sur certaines bouteilles d'eaux minérales. Le fond de ces capuchons est assez résistant et, à leur partie inférieure, l'ouverture est limitée par un épaississement en forme de bague qui doit enserrer le goulot (fig. 63).
Fig. 63.
Capuchon en caoutchouc pour couvrir le goulot des bouteilles. A droite, coujje
du capuchon.
Dans une petite bouteille quelconque, une bouteille de pharmacie, par exemple, on met du lait jusqu'aux deux tiers ou aux trois quarts de la hauteur, on la recouvre du capuchon de caoutchouc, puis on la place dans le bain-marie. Sous l'influence de la chaleur, la vapeur d'eau soulève le fond de la capsule. Pour éviter que cette dernière ne saute, on a fait deux petites ouvertures à Fem porte-pièce sur la paroi, en des points voisins du fond. Lorsqu'on retire la bouteille du bainmarie, le vide se fait dans son intérieur et la capsule s'appliquant sur l'ouverture du goulot se trouve déprimée par la pression atmosphérique (fig. 64).
Ces capuchons ont l'avantage de pouvoir être mis sur n'importe quelle petite bouteille, mais ils présentent quelques légers inconvénients : quand on relire les flacons du bainmarie, il est souvent utile de réappliquer exactement avec la
302 FEMMES EN COUCHES ET NOUVEAli-NÉS
main les cai>uchons sur le goulot, afin qu'ils s'adaptent bien sur l'ouverture. ; de plus, le vide n'est point parfait, l'air rentre peu à peu en filti;;ant. Cependant, la stérilisation est plus que suffisante pour les yingt-quatre heures, car, au moment des grandes chaleurs, nous avons vu du lait ainsi préparé rester intact pendant des semaines et pendant des mois. Les bou-
Fig. 64.
Capuchon en caoutchouc après la stérilisation. A gauche, coupe du capuchon
et de la bouteille.
teilles bouchées de cette façon peuvent être assez aisément déplacées.
Nous nous servons surtout d'un appareil construit récemment par M. Gentile pour notre service de la Charité. Dérivé du Soxhlet, il en présente tous les avantages sans en avoir les inconvénients. Cet appareil se compose : 1" d'un bain-marie en métal étamé avec un porte-bouteilles ; 2'^ de flacons gradués ; 3° d'obturateurs automatiques.
Le bain-marie peut être plus ou moins grand, il contient, suivant ses dimensions, un support pour cinq, pour dix ou pour vingt-cinq bouteilles.
Les flacons, qui sont gradués par 25 grammes, sont très solides ; suivant l'âge des enfants, oa les choisit contenant 50, 100, 150 ou 200 grammes de lait. Le goulot de chaque
bouteille offre une surface assez large et bien régulièrement rodée à l'émeri.
Les obturateurs automatiques sont de petits disques de caoutchouc rouge munis sur leur face inférieure d'un appendice central qui a la forme d'un clou ou mieux d'une pyramide quadrangulaire à sa base (fîg. 60).
Fig. 65.
Obturateur en caoutchouc. — A droite : obturateur appliqué sur la bouteille après la stérilisation. La dépression centrale indique que le vide existe dans la bouteille.
Pour se servir de l'appareil, on verse dans chaque flacon la quantité de lait jugée nécessaire pour une tetée, sans que cette quantité puisse dépasser le trait de division le plus élevé ; on place ensuite un obturateur sur le goulot. ïoiis les flacons ainsi préparés sont mis dans le porte-bouteilles, puis dans la marmite qui contient de l'eau froide. Le niveau de l'eau doit affleurer à peu près celui du lait dans les flacons.
La marmite est ensuite recouverte et portée sur un four-
neau.
La température de l'eau s'élève progressivement jusqu'à l'ébullition, qu'on doit maintenir pendant quarante minutes. Lelafait, on enlève le couvercle, on sort le porte-flacons de
Teau bouillante, en ayant soin de ne pas loucher aux obturateurs, et on laisse refroidir. On voit alors, dès que la température s'abaisse, les obturateurs s'appliquer fortement sur les g-oulots des petites bouteilles et se déprimer à leur centre. La dépression atteint son maximum lorsque les flacons sont froids ; elle résulte du vide produit par la condensation de la vapeur de lait qui, pendant l'ébullition, a chassé l'air contenu dans la partie supérieure des flacons. L'obturateur est ainsi fixé par la pression atmosphérique.
L'examen des flacons permet d'avoir facilement des preuves que le vide existe et que la stérilisation par conséquent a été faite. Ces preuves sont : 1° l'adhérence du disque sur le goulot de la bouteille ; 2° la dépression centrale de l'obturateur ; 3° l'expérience du marteau d'eau. Pour faire cette dernière, on renverse la bouteille qu'on doit tenir de la main gauche, pendant qu'avec le bord cubital de la main droite on frappe d'un coup brusque sur le fond : le liquide se déplace en masse et vient heurter la paroi en produisant un claquement sec.
Lorsqu'on veut donner à l'enfant le lait nécessaire pour une letée, on plonge une bouteille dans l'eau chaude de façon à tiédir son contenu. Ce résultat obtenu, on soulève un des bords de l'obturateur ; il se détache et l'air rentre dans le flacon en produisant un sifflement particulier. On goûte le lait pour s'assurer qu'il a la température voulue et qu'il a sa saveur ordinaire, puis on applique directement le galactophore ou une téîine sur le goulot de la bouteille. Cette dernière étant renversée, la tétine est introduite dans la bouche de l'enfant.
Lorsque le lait doit être transporté, il est nécessaire de bien maintenir l'obturateur afin qu'il ne se détache pas. Ce résultat est obtenu à l'aide d'une armature métallique sur laquelle sont fixées latéralement deux tiges droites d'abord et recourbées en crochet à leur extrémité (fig. 6G). L'armature étant évidée en son centre, on peut toujours voir la déprcs-
sion du caoutchouc. Une ficelle ou un fil de laiton fixe l'appareil sur le goulot de la bouteille. Pendant plusieurs jours, j'ai transporté dans le coffre de ma voiture deux bouteilles remplies de lait stérilisé et couvertes de cette armature ; elles
Fig. 66.
Armature métallique destinée à maintenir l'obturateur. — A droite : armature métallique appliquée sur l'obturateur,
ont ainsi subi de nombreux chocs sans qu'il en soit résulté le moindre déplacement de l'obturateur.
Pour les enfants chez lesquels on fait l'allaitement mixte ou l'allaitement artificiel, deux choses sont donc nécessaires : i" avoir du bon lait ; 2° stériliser ce lait dans de petites bouteilles contenant chacune la valeur d'une tetée ; la stérilisation ne doit être faite que pour vingt-quatre heures, si on veut avoir une sécurité absolue.
A la campagne, on peut toujours se procurer aisément du bon lait ; cela n'est pas toujours aussi facile dans les villes. ^ Nous avons vu que, pour le transporter, on le pasteurisait ou orf le stérilisait à l'aide de procédés industriels.
Les producteurs ne pourraient-ils pas appliquer en grand le dernier système que nous avons décrit ? Un four en briques serait construit à bon marché et sur le four seraient
FEMMES EN COUCHES. Oft
placés de larges bassins suffisamment profonds ; dans cesbassins on mettrait, maintenues dans des paniers en métal, des bouteilles contenant un demi-litre ou un litre de lait récemment trait, et sur chacune on placerait un obturateur automatique en caoutchouc. On laisserait au bain-marie pendant une heure et la stérilisation serait ainsi faite. On retirerait les paniers contenant les bouteilles, on laisserait refroidir et, pour le transport, on ajouterait l'armature métallique décrite plus haut, ou mieux, on adapterait aux bouteilles un appareil métallique à ressort semblable à celui qui est missur certaines bouteilles de bière
Rien ne serait plus simple, les producteurs n'auraient besoin ni d'instruments de précision, ni de connaissances spéciales pour recourir à ce procédé.
Mais, pour les enfants, ce lait transporté à la ville devrait y être stérilisé de nouveau dans de petites bouteilles et utilisé dans les vingt-quatre heures. Grâce à l'occlusion parfaite des flacons, on réussirait à introduire dans le tube digestif des nouveau-nés un lait aussi pur, aussi dépourvu de microbesque celui qui passe du sein dans la bouche du nourrisson.
De grands progrès nous semblent donc avoir été réalisés dans ces dernières années pour l'allaitement des enfants, allaitement mixte, et allaitement artificiel. Nous l'avons dit et nous le répétons, l'allaitement au sein est de beaucoup préférable, car il donne plus de sécurité. Mais, comme l'a si justement écrit le professeur Rouvier (de Beyrouth), il y a plus de mères que de bonnes nourrices. C'est déclarer que l'allaitement artificiel et l'allaitement mixte sont parfois des nécessités qui s'imposent. Des faits nombreux nous ont montré que le lait stérilisé à 100 degrés réussissait très bien aux nouveau-nés qui restent pendant dix, douze et vingt jours dans notre service. Nous portons actuellement plus loin nos observations : mon interne, M. Chavane, et moi, nous sui-
' Voyez P. BUDIN. l\tvuc générale des Sciences pures et appliquées, 15 novembre 1893.
vons un certain nombre d'enfants dont les mères habitent dans le voisinage de la Charité ; elles sont sorties de nos salles, ou bien elles reçoivent un secours d'allaitement de l'Assistance publique. Nous encourag-eons chez elles l'allaitement au sein. Nous ne recommandons pas l'allaitement mixte ou l'allaitement artificiel, mais quand ils sont indispensables ou quand ils existent déjà, nous les surveillons, nous les dirigeons. Nous publierons nos résultats lorsqu'ils seront en nombre suffisant pour entraîner la conviction.
En tout cas, dès maintenant, les diarrhées cholériformes et le choléra infantile, si fréquents pendant les chaleurs de l'été, doivent disparaître complètement, parce que toute femme peut facilement et à bon marché stériliser le lait qu'elle donne à son enfant. Que de nourrisons pourront ainsi être sauvés chaque année ! Nous serions heureux si les recherches que nous avons faites avec M. Chavane, dans notre service hospitalier, pouvaient contribuer à l'extension et à la généralisation de ce progrès.
De l'emploi pour les nourrissons du lait stérilisé à 100" au bain-marie. — Allaitement mixte. - Allaitement artificiél\'
L'an dernier, à peu près à pareille époque, nous avons communiqué à l'Académie, M. Chavane et moi,- les .résultais obtenus à la Charité en faisant usage de lait stérilisé au bammarie à 100» pour compléter l'allaitement maternel insuffisant. Nous avons employé au début l'appareil de Soxhlet, depuis nous nous servons d'un autre appareil qui a été construit par M. Gentile pour notre service : dérivé du Soxhlet, il en présente tous les avantages sans en avoir les inconvénients.
Les obturateurs destinés à fermer automatiquement les bouteilles après la stérilisation sont de simples disques en caoutchouc rouge, munis sur leur face inférieure d'un appendice central qui a la forme d'un clou, ou mieux d'une pyramide quadrangulaire. Le goulot de chaque bouteille offre une surface assez large et bien régulièrement rodée à 1 emen ; c est sur cette surface que s'applique l'obturateur.
Les résultats que nous vous avions signalés ont été pleinement confirmés par de nouveaux et nombreux faits publies en détail dans la thèse inaugurale de M. Chavane que je dépose sur le bureau de l'Académie.
Nous terminions, l'an dernier, en vous disant : « Nos obser-
. Bulletin de V Académie de médecine, 25 juillet 1893. En collaboration avec M. Chavane.
valions ont été prises à l'hôpital et ne portent que sur des nouveau-nés qui sont restés de dix à douze jours, par exception vingt jours, à la Charité. Que donnera le lait stérilisé chez des enfants de. six, huit, dix et même douze mois? Nous espérons bientôt avoir l'occasion de le rechercher personnellement »
C'est de ces nouvelles recherches que je vais vous entretenir aujourd'hui, au nom de M. Chavane et au mien.
Avec l'autorisation de M. le Directeur général de l'Assistance publique, j'ai organisé, à la Charité, une consultation hebdomadaire pour les nourrissons. Les femmes qui ont accouché chez nous et qui habitent dans le voisinage de l'hôpital, nous apportent leur enfant chaque vendredi. Cet enfant est examiné et pesé. Sur un registre spécial nous notons tous les renseignements qui le concernent et son poids y est inscrit ; nous pouvons ainsi établir sa courbe.
Dans les cas oii l'allaitement au sein est manifestement insuffisant, nous prescrivons une quantité variable de lait stérilisé que la mère vient ou envoie chercher chaque matin. Ce lait est fourni à mes frais. Dans quelques cas même, la femme n'ayant pas de lait du tout, son enfant ne boit que du lait stérilisé. Chaque nourrisson a sa fiche sur laquelle nous marquons le numéro du registre, la date de naissance de l'enfant, son poids hebdomadaire, la quantité de lait qui doit lui être distribuée, etc.
Nous avons pu, de la sorte, suivre un certain nombre d'enfants soumis à l'allaitement au sein, à l'allaitement mixte et à l'allaitement artificiel. C'est l'allaitement au sein que, bien entendu, nous favorisons de toutes nos forces, comme vous le verrez par les observations qui suivent. Mais, ainsi que l'a dit avec raison le professeur Rouvier (de Beyrouth), « il y a plus de mères que de bonnes nourrices ». L'allaitement mixte et même l'allaitement artificiel sont donc parfois des nécessités qui s'imposent.
1 BuUelin de l'Académie de médecine, 19 juillet 1892, p. 99,
Voyons d'abord les cas dans lesquels nous avons été obligés de recourir à l'allaitement artificiel; nous étudierons ensuite les faits d'allaitement mixte.