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Fiff. 100.
La quantité de lait qu'il recevait était de 700 grammes. Nous l'avons reportée à 500 pour l'augmenter ensuite progressivement, et cette indigestion n'a eu aucune suite fâcheuse. Les vomissements ont cessé à la fin du vingt-septième jour et, de nouveau, Fenfant s'est développé normalement. (Voy. fig. 100.)
Voici une autre observation que nous devons à l'un dé mes élèves, le D'' Merle.
Obs. XVII. — Roger, né le 26 janvier 1894, n'a été pesé que le 28. Son poids était alors de 4.000 grammes. Jusqu'au 18 février, il est nourri uniquement au sein. Il pesait à celte époque 4.6o0 grammes. La mère perd alors son lait et l'enfant diminue de poids. On a recours au lait stérilisé. Comme il semble le supporter assez difficilement, on le lui donne coupé d'eau d'orge ou d'eau de Vichy. Le l"'' avril, l'enfant pèse 7.100 grammes. (Voy. fig. 101.)
Il boit d'une façon exagérée, jusqu'à près de 2.000 grammes par jour. Mais sous l'influence de l'excès d'alimentation, il est pris de diarrhée, de coliques, de vomissements, il ne veut plus rien prendre. En cinq jours, il retombe à 6.400 grammes. Il avait donc perdu 700 grammes. On diminue beaucoup la quantité de lait, il n'en boit plus qu'un litre et quart. Vers le 20 avril, il supporte mieux le lait. Il ne le rend plus caillé, « et, dit sa mère, il a l'air de mourir de faim tout en augmentant de poids
A partir du 24, il prend de nouveau deux litres de liquide. Jusqu'au 25 mai, le lait a été coupé d'eau d'orge ou d'eau de Vichy. Dès le 25, le lait est donné pur. Depuis, cet enfanta augmenté dans les mêmes proportions. Le 2 juillet, il pesait 11.800 grammes ; il était alors âgé de cinq mois et six jours»
Donc, la suralimentation dangereuse pour l'enfant élevé au sein, ne l'est pas moins pour le nourrisson qui prend du lait stérilisé» D'autres fois, au contraire, l'alimentation est insuffisante, l'enfant n'augmente pas autant de poids qu'il le devrait et sa courbe reste bien au-dessous de la normale. En voici deux exemples.
Obs. XVIII. — L'enfant de la nommée S... a dù être allaité artificiellement, car la mère n'a jamais eu une goutte de lait. 11 vint le 14 avril à notre consultation, il pesait 3.040 grammes. On donna pour lui dix bouteilles contenant chacune 50 grammes. Sa courbe est régulièrement ascendante : le 21 juillet, il pesait 5.330 grammes, et le 13 octobre, 6.840 grammes. A partir de cette date, la mèrô cessa de venir à notre consultation, l'ènfant ne fut plus surveillé. Quand elle nous le ramena six mois plus tard,
Fig. 101.
le 4 mai 1894, il pesait 8.430 grammes. En deux cent trois Jours, il n'avait donc augmenté que de 1.590 grammes, c'est-à-dire de
T^'jS en moyenne par jour. Sa courbe avait changé de direction ; au lieu de marcher parallèlement à la normale, elle s'en était éloignée en restant de plus en plus au-dessous d'elle. (Voy. fig. '102.)
Se,a"i :i 5 7 9 11 13 15 17 19 21 23 2j 27 29 31 33 35 37 39 41 43 45 47 43 5i 9,000
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Fig. 102.
Oi3s. XIX. — La nommée D... accouche dans le service de la Charité, le 23 mars 1893, d'un garçon qui pèse 3.900 grammes. Au moment de la sortie, le avril, le poids de l'enfant était de 3.96o grammes. Nourri au sein, le bébé s'accroît régulièrement si bien que le 7 juillet, cà la seizième semaine, il avait atteint le chiffre de 6.980 grammes. Il est alors emmené à la campagne par sa mère, elle ne lui donne plus que du lait de vache, 1 litre environ, et lui fait prendre deux soupes par jour. Quand elle nous le ramène à la consultation du 10 novembre, dix-huit semaines plus
tard, son poids est de 7.420 grammes. Pendant ces 12G jours, il n'avait augmenté que de 440 grammes, c'est-à-dire de 'd'-",^ en moyenne par jour. Aussi voit-on, à la courbe régulièrement ascendante, succéder un long plateau à peine incliné. N'étant pas
12 14 U Jg '20 26 2S 30 bzlii 3é àJ 40 42 44 4^4J5o 53 S4 5é 5
FiK. 103.
surveillé, cet enfant n'a pas été suffisamment alimenté. On lui fait ■donner 1.200 grammes de lait stérilisé par jour et deux soupes. Il se met de nouveau à augmenter : le 8 décembre, il pesait 8 405 grammes ; il s'était donc, en quatre semâmes, accru de
98o grammes, c'est-à-dire de 35 grammes en moyenne par jour. Bien surveillé, il a continué à se développer régulièrement, sauf quelques légères oscillations dues à une bronchite et à l'évolution des dents. A un an, le 23 mars 1894, il avait huit dents et pesait 9.480 grammes. (Voy. fig. 103.)
L'alimentation peut aussi être insuffisante parce que, bien que la quantité de lait donne soit abondante, ce lait n'est pas assez nutritif : on en aura un exemple si on se reporte à, l'observation XV : le lait était coupé d'eau. Il a suffi, sans accroître la quantité donnée, de le faire prendre pur pour voir immédiatement l'enfant augmenter de poids dans des proportions supérieures à la normale.
C'est le lait stérilisé chaque jour au bain-marie, dans des petites bouteilles, que nous continuons à préférer. Chaque flacon contenant la quantité nécessaire pour une tétée, il ne reste pas de liquide en vidange capable de s'altérer. Le lait du commerce, stérilisé à plus de 100° et séjournant longtemps dans les bouteilles, subit des modifications dans son goût et dans son aspect. Ces modifications n'existent pas dans le lait stérilisé au bain-marie à 100° et qui est consommé dans les vingt-quatre heures, mais on les» remarque aussi, pour lui comme pour les autres, quand on veut le conserver pendant plusieurs semaines. Si, par hasard, le lait d'une des petites bouteilles devenu mauvais était donné par une nourrice qui ne l'aurait pas goiilé au préalable, le danger avec cet unique flacon serait moindre pour l'enfant que s'il prenait, pendant toute une journée, le contenu d'une grande bouteille de lait altéré.
Ce qu'il faut obtenir, c'est du bon lait de vache. Dans les campagnes, la chose est assez facile, elle l'est moins à la ville pendant l'été. Cependant les grandes compagnies, qui ont recours à la pasteurisation, apportent à Paris un lait qui s'altère moins vile ; grâce à de nouveaux systèmes très simplifiés
d'occlusion des flacons, les producteurs commencent à stériliser eux-mêmes leur lait au bain-marie dans de grandes bouteilles avant de le faire parvenir à la capitale. Il est alors facile de stériliser de nouveau, dans des flacons gradués, celui qui est destiné aux petits enfants.
Les résultats que nous avons obtenus pendant les années précédentes se trouvent donc absolument confirmés. Rappelons cependant, comme nous l'avons fait chaque fois, que pour le nouveau-né tout au moins, rien ne vaut, au début, l'allaitement au sein; c'est le lait de la mère ou celui d'une bonne nourrice qui doit être préféré, c'est lui qui est le mieux digéré et qui fait courir le moins de risques. Malgré les cas heureux que nous vous avons rapportés, c'est seulement quand nous y sommes obligés que, dans les premières semaines, nous avons recours à l'allaitement artificiel. Mais le lait stérilisé complète très bien l'allaitement maternel insuffisant, il rend donc de grands services dans les premiers mois pour l'allaitement mixte. Plus tard même, employé seul, il peut remplacer l'allaitement au sein.
L'usage du lait stérilisé en petites bouteilles, préparé par les mères et consommé dans les vingt-quatre heures, se généralise chaque jour de plus en plus et beaucoup de nourrissons échappent, grâce à lui, aux diarrhées cholériformes si fréquentes autrefois. Nous pensons donc que son emploi bien dirigé et bien surveillé constitue un réel progrès pour l'hygiène infantile.
Sur l'alimentation des nourrissons.
Le lait doit être, pendant un grand nombre de mois, l'aliment exclusif de l'enfant ; on y ajoute ensuite des farines et ce n'est que tardivement, alors que l'évolution de la première dentition est très avancée ou se trouve achevée, qu'on peut recourir à d'autres substances alimentaires.
Le lait de femme, lait de la mère ou d'une nourrice, doit être préféré à tous les autres ; il ne contient pas ou pour ainsi dire pas de microbes ; il passe pur du sein de la femme dans le tube digestif de l'enfant.
A défaut du lait de femme, le lait d'animal, et en particulier le lait de vache, est g-énéralement utilisé. Mais le lait est un liquide qui s'altère avec une très grande facilité ; les microbes y pullulent rapidement, surtout pendant les chaleurs de l'été; il devient alors un aliment très dang-ereux et détermine la mort d'un grand nombre d'enfants qui succombent à la diarrhée cholériforme, au choléra infantile.
Heureusement on peut aujourd'hui, g-râce aux admirables travaux de Pasteur, détruire ces microbes, stériliser le lait.
On peut détruire les microbes qui se développent dans le lait, que ces microbes viennent de l'air, qu'ils viennent des vases contenant le lait ou des personnes qui le manipulent,
' Rapport fail à la Commission des crèches par imc sous-commission composée «les docteurs Variot, Madei-kim'. Brks et Fimm Bldin, Rapporteur.
qu'ils viennent des animaux qui le fournissent et qui sont euxmêmes malades, qu'ils viennent de l'eau qu'on y ajoute frauduleusement, etc.
Stérilisé, le lait peut pénétrer de la bouteille qui le contient dans le tube digestif de l'enfant aussi pur que s'il passait du sein de la femme dans la bouche du nourrisson.
Deux méthodes principales de stérilisation dominent aujourd'hui : ou on stérilise le lait à domicile, ou on fait usage de lait stérilisé en grand par le commerce.
Chacune de ces méthodes a ses avantages.
Dans la stérilisation à domicile, on utilise l'eau bouillante ; on divise le lait en autant de bouteilles que l'enfant doit faire de letées (Soxhlet), chaque bouteille reste fermée et parconséquent stérile jusqu'au moment du repas. Le lait ainsi préparé doit être utilisé dans les vingt-quatre heures.
L'industrie recourt à une température plus élevée ; la stérilisation est alors généralement absolue et les mères n'ont plus qu'à faire tiédir le lait qui est complètement prêt dans les bouteilles qui leur sont livrées.
L'expérience clinique (Budin, Chavane, Variot, Comby, Lazard, Madeleine Brès, Drapier, etc.) démontre qu'il >y a grand avantage à employer le lait pur, sauf peut-être pendant le premier mois de la vie et pour certains enfants.
Il n'est donc pas nécessaire de préparer, comme on le faisait autrefois, des coupages divers qui^varient avec l'âge des nourrissons. Il en résulte une grande simplification pour la distribution du lait stériUsé dans les crèches, les consultations, les dispensaires, etc.
Voyons quels résultats ont été obtenus par l'emploi du lait
A la Charité, puis à la Maternité, nous avons fait usage du ' lait stérilisé dans de petites bouteilles. Nous l'avons donné aux
nouveau-nés lorsqu'il était nécessaire de suppléer à l'allaitement maternel; nous l'avons distribué à notre consultation des nourrissons pour compléter l'allaitement au sein lorsqu'il était insuffisant; nous l'avons utilisé pour l'allaitement artificiel dans les cas où la mère n'avait absolument pas de lait.
Voici les chifTres que mon collaborateur M. Ghavane et moi avons obtenus à notre consultation.
Sur 617 enfants qui s'y sont présentés, 330 ont été suivis, quelques-uns pendant très longtemps une année, deux années même, tous pendant un mois au moins.
Parmi ces 330 enfants :
72 ont été nourris exclusivement au sein ;
186 ont eu l'allaitement mixte ;
3o nourris d'abord au sein ont eu ensuite l'allaitement mixte, puis l'allaitement artificiel;
37 ont été soumis, dès le début, à l'allaitement artificiel.
Nous avons pu relever la mort de 15 enfants (4, 5 p. 100). Deux étaient nourris au sein, 13 avaient l'allaitement mixte ou l'allaitement artificiel ; 4 sont morts de broncho-pneumonie à la suite de la rougeole, 3 de syphilis, 3 de méningite tuberculeuse, etc. Aucun enfant, que nous sachions, n'a succombé à la diarrhée ou au choléra infantile qui, surtout pendant les chaleurs de l'été, font tant de victimes parmi les enfants élevés au biberon.
Une consultation analogue a été organisée l'an dernier, à la Maison de secours de la rue du Chemin-Vert ; M. le docteur Ghavane y surveille les enfants dont les mères reçoivent un secours d'allaitement.
50 enfants ont été suivis ;
19 étaient nourris au sein;
16 étaient soumis à l'allaitement mixte ;
15 à l'allaitement artificiel.
Parmi ces enfants, 3 sont morts (6 p. 100). Un seul a succombé avec de la diarrhée, en mai 1896, après 8 jours de
FEMMES EN COUCHES. »)i
maladie, sans que la mère, qui prenait peu de soin de lui, ait voulu consulter personne.
A côté de ces nourrissons, il est curieux d'en citer 13 dont les mères, pour des causes diverses, ont cessé pendant Tété si chaud de 1893 de venir à la consultation.
Parmi ces enfants 3, c'est-à-dire 23 p. 100, ont été emportés par la diarrhée.
Le lait stérilisé par petites bouteilles a été aussi employé dans les crèches. M. le Belluze ' a montré les bénéfices qu'il en avait recueillis à Paris, en 1892 et 1893.
Tout récemment, M. le Drapier (de Rethel) ' a publié les résultats qu'il a obtenus avec le lait stérilisé pur à la crèche Hippolyte Noiret. Ces résultats sont tels que je crois indispensable de vous citer ce qu'il m'écrivait le 8 juin dernier.
« A la suite de votre communication à l'Académie de Médecine et des renseignemenls que vous avez bien voulu me fournir, j'ai adopté définitivement l'appareil que vous avez préconisé. Depuis cette époque, la mortalité par entérite cholériforme a baissé brusquement dans les proportions suivantes.
« En 1893, il y a eu 6 décès sur 46 enfants nourris au
biberon (13 p. 100).
« La stérilisation a été employée à partir du mois de septembre 1893.
a En 1894, sur 58 enfants au biberon nous avons eu 3 décès dus à des affections gastro-intestinales (5 p. 100).
En 1895, le chiffre des décès s'est abaissé à 2 sur 65 enfants (3 p. 100).
« J'ai pu faire comprendre à un certain nombre de parents l'avantage du lait stérilisé et 14 enfants ont pris ce lait chez eux, même les jours où ils ne fréquentaient pas la crèche ;
' D' Belluze. Bulletin des Crèches, t. V, p. 193. . .
. D' Drapier. Rapport sur le fonctionnement de la Crèche Hippolyte Nœret pendant l'année 1895. Union médicale du ^ord-Lsl, 189tj.
aucun de ces 14 enfants (0 p. lOOj n'a présenté la plus légère indisposition pendant l'été. »
Ainsi donc la mortalité par diarrhée, qui était de 13 p. 100 en 1893, est depuis la stérilisation du lait tombée à 5 p. 100, à 3 p. 100, et même à 0 p. 100 pour les enfants qui ont continué chez eux l'usage du lait stérilisé.
M. Drapier, qui ne fait usage que du lait pur, ajoute : « Quant à l'objection que beaucoup d'enfants refusent le lait stérilisé ou ne le digèrent pas, je la trouve absolument fantaisiste. Sur un chiffre de 170 enfants de la crèche et de 30 environ de ma clientèle privée je n'en ai pas trouvé un seul qui ne prît volontiers ce lait. »
Tels sont les résultats obtenus avec le lait stérilisé dans de petites bouteilles. Quant à ceux fournis par le lait stérilisé du commerce, bien que nous ne puissions apporter de statistiques aussi précises, ils paraissent également être excellents dans la plupart des cas.
c( J'ai fait distribuer, dit M. Yariot S 16.000 litres de lait stérilisé industriellement aux enfants du dispensaire de Belleville avec des résultats tellement satisfaisants que j'ai regretté d'être forcé d'interrompre cette distribution à cause du prix du lait qui devenait trop élevé.
« Dans ma clientèle, et dans ma propre famille, j'ai fait nourrir un certain nombre d'enfants au lait stérilisé industriellement ; ces enfants se sont parfaitement développés sans aucun trouble digestif et désormais ma conviction est entière que le problème si complexe et si important de l'allaitement artificiel est résolu par la stérilisation du lait. »
M. Variot emploie le lait pur. « Depuis l'usage du lait stérilisé, dit-il, les coupages ne sont plus nécessaires et les enfants, même les nouveau-nés, supportent le lait de vache pur. »
Il peut être utile cependant, comme le fait du reste
.' Variot. Journal de clinique et de ihérapeulique infanliks, 13 février 1893.
FEMMKS EN COUCHliS ET NOUVEAU-NÉS
M. Variot, d'ajouler un peu d'eau au lait dans les premières semaines.
De son côté, M. Gomby', médecin des hôpitaux, a écrit: « Depuis quatre ans j'ai usé du lait stérilisé fourni par le commerce; j'ai donné aux enfants qui fréquentaient mon dispensaire 3.o00 à 4.000 bouteilles par an; j'ai pu me faire une opinion sur la valeur de ce lait et sur les services qu'on peut demander à la stérilisation industrielle. J'ai fait voir que ce lait était parfaitement toléré par les enfants les plus jeunes, que les coupages n'étaient que rarement nécessaires. »
Enfin, M. Lazard^ a dit : « Les>nfants qui sont, après tout, le meilleur réactif de la qualité du lait, supportent parfaitement le lait stérilisé pur. L'expérience de Belleville (faite avec M. Variot) nous a bien prouvé que le lait stérilisé, que nous recommandions bien de donner pur, était non seulement bien toléré par les enfants indemnes de troubles digestifs, mais qu'il était encore le meilleur remède contre certaines diarrhées et qu'il sauvait des athreptiques véritablement condamnés à mourir. »
Il me semble qu'il est inutile de rien ajouter à ces opinions si nettement exprimées, à ces preuves si convaincantes.
Quand l'enfant n'est pas nourri au sein, c'est du lait slériisé qui doit lui être donné, que ce lait soit stérilisé en petites bouteilles ou qu'il ait été stérilisé industriellement.
Tout le monde est aujourd'hui d'accord sur ce point, à l'étranger aussi bien qu'en France, - Qn Allemagne, en Russie, en Amérique, etc., aussi bien qu'à Paris et en provmce.
La réponse à la question que vous nous avez adressée sera donc très simple : Dans les crèches, dans les consultations de nourrissons étabUes dans les hôpitaux et dans les dispen-
• COMBY. La inidecine inoderin', Il m;irs 1894.
« Lazaro. Journal dr clinirpn- cl de IhérapeuHquc infanlile.. 189.,i--
FEMMES EiN COUCHES ET NOUVEAU-NÉS 373
saires, c'est du lait stérilisé qui doit être exclusivement distribué.
Toutes les fois que cela sera possible, on aura recours au lait stérilisé dans des petites bouteilles contenant la quantité nécessaire pour chaque tetée ; dans les autres cas on se servira du lait stérilisé par l'industrie.
Ces laits devront être de bonne qualité ; pour cela, il sera nécessaire qu'ils soient surveillés, qu'ils soient analysés.
Le lait stérilisé dans l'eau bouillante en petites bouteilles sera consommé dans les vingt-quatre heures; le lait stérilisé du commerce devra être de production récente.
Dans chaque crèche, dans chaque dispensaire, dans chaque consultation, c'est le médecin qui décidera si on doit préférer le lait stérilisé par petites bouteilles ou le lait stérilisé industriellement, si le lait doit être pris pur ou légèrement additionné d'eau. En etîet, tous les laits n'ont pas là même composition, les estomacs de tous les enfants ne se ressemblent pas, ils peuvent être plus ou moins sains, plus ou moins tolérants.
C'est encore le médecin qui déterminera la quantité qui doit être donnée à chaque tetée, car bien souvent les troubles digestifs sont dus uniquement à l'absorption d'une trop grande abondance de liquide.
Pour toutes ces raisons le médecin pourra seul être un juge compétent.
Mais il sera bon que, dans chaque établissement (crèche, dispensaire, etc.), des statistiques annuelles soient sérieusement faites. De la sorte on pourra probablement, dans quelques années, arriver par comparaison à des conclusions très importantes.
La mortahté des nourrissons, si considérable encore aujourd'hui dans certaines conditions, dans certains milieux, sera désormais, nous en avons la ferme espérance, réduite à son minimum dans les institutions dont s'occuperont la ville de Paris et le département de la Seine.
Des nourrices enceintes.
L'opinion suivante règne généralement en France : Quand une femme est nourrice et qu'elle devient enceinte, elle ne donne plus que du mauvais lait à son enfant; il faut alors, si ce dernier est assez âgé, le sevrer; s'il ne l'est pas, lui donner une autre nourrice.
Plusieurs fois j'avais eu l'occasion d'observer des femmes dont le nourrisson n'augmentait plus ou dépérissait. Comme elles avaient beaucoup engraissé, le développement de leur taille avait fait supposer qu'elles étaient devenues enceintes et que, par suite, leur lait avait perdu ses bonnes qualilés; l'examen montrait qu'elles n'étaient pas grosses.
Du reste, j'avais vu plusieurs femmes qui avaient de beaux nourrissons bien qu'elles fussent enceintes ; j'avais appris aussi par quelques-unes de mes clientes que, dans divers pays, à Cuba par exemple, des femmes nourrissaient leur enfant jusqu'au moment d'un nouvel accouchement et ne cessaient d'allaiter le premier bébé qu'après la naissance du second, afin de réserver leur lait à ce dernier. On sait enfin que, dans certaines espèces animales, chez la vache, chez la jument, la gestation n'empêche point la production du lait : je me demandai donc ce qu'il y avait de réellement fondé dans l'opinion populaire. C'est pourquoi je chargeai un de mes élèves de la Charité, M. G. Poirier, d'entreprendre sur ce sujet des
recherches et d'accumuler des faits cliniques afin d'arriver à des conclusions justifiées.
Dans son travail, M. Poirier parle : 1° de ce qui se passe chez les animaux; 2° de ce qu'on observe dans l'espèce humaine.
1. — «Chez les femelles déjà mères, dit M. Poirier, et qui fournissent encore du lait, soit que la sécrétion lactée soit entretenue par la mulsion, comme chez la vache, soit qu'elle persiste parce que la femelle allaite en même temps qu'elle porte, cette sécrétion commence par se tarir, et cela à une époque plus ou moins rapprochée de la parturition à venir. Tout le monde sait qu'il est des vaches qui gardent leur lait plus longtemps que d'autres, qu'il en est que l'on peut traire jusqu'à un mois avant la mise bas et même qu'il faut cesser de traire si l'on veut qu'elles tarissent, tandis qu'il en est d'autres qui perdent leur lait quatre, cinq et même six mois avant le vêlage.
« Chez la jument pleine et suitée, le lait tarit également dans ses mamelles quelque temps avant le terme de la gestation.
« Souvent les juments poulinières sont menées à l'étalon huit jours après le part, ce qui ne les empêche pas d'allaiter leur poulain.
« Certains éleveurs trouvent avantageux que l'ânesse et la chèvre destinées à fournir du lait soient pleines.
« Vernois et Becquerel ont étudié comparativement la composition du lait de quarante vaches, dont vingt pleines et vingt à l'état de vacuité.
« Leur travail semble démontrer que le lait ne subit d'altération manifeste que vers le moment du part : il diminue de quantité en même temps qu'il devient plus concentré. »
M. Poirier ayant interrogé notre collègue de l'Académie de médecine, M. Weber, vétérinaire, en a obtenu les renseignements qui suivent :
« Vous n'avancez rien qui ne soit admis. J'y ajouterai un
petit renseignement dont vous ferez l'usage que vous jugerez convenable, c'est que le lait d'une vache en état de gestation n'en est pas de moindre qualité pour cela. En voici la preuve qui résulte d'un certain nombre d'analyses faites sur des laits provenant :
« De vaches en gestation ;
« De vaches non pleines;
« De vaches châtrées ;
« Le lait qui a été trouvé le plus riche a toujours été celui qui était fourni par une vache pleine de six mois et même de sept.
« Le lait de la vache châtrée venait ensuite et le lait de la vache non pleine ne venait qu'en troisième ligne. Je signale ce fait que vous ne trouverez consigné nulle part, attendu qu'il résulte d'expériences qui me sont personnelles.
« A mesure que la vache approche du terme de la gestation, lorsqu'elle est laitière, le lait augmente en qualité, et diminue en quantité. »
n. M. Poirier a recueilli cinquante et un faits observés
dans l'espèce humaine. Il les divise en trois catégories.
Première catégorie : Dans trente-sept cas, le nourrisson allaité par une femme enceinte n'a éprouvé aucune altération de sa santé, ces trente-sept cas « prouvent péremptoirement que la gestation jusqu'au quatrième, cinquième et même sixième mois, n'apporte aucun trouble profond dans la composition du lait, puisque le nourrisson continue à s'accroître régulièrement et n'éprouve aucun accident du côté du tube digestif». La plupart des observations rapportées par M. Poirier sont très intéressantes ; nous nous bornerons à citer la troisième.
« Femme B.., vingt-quatre ans, nourrice. Brune, de petite taille, mais de forte constitution, de très bonne santé habituelle. Son mari est très fort et n'a jamais été malade., Il a trente ans. Réglée à douze ans, la femme B... est restée toujours bien réglée depuis.
Premier accouchement en janvier 1887, à terme. L'enfant du poids de 5.100 grammes fut nourri au sein par la mère, jusqu'à la fin du neuvième mois. Pas d'hémorragie menstruelle pendant l'allaitement. A la fin du neuvième mois, l'enfant fut sevré parce que des ennuis causés par des revers de fortune avaient altéré la santé de la mère. Mais, à aucun moment, l'enfant ne parut malade.
Or, trois semaines environ après le sevrage, la femme B.., avait fait une fausse couche de trois mois au moins, mais ce ne fut pas cet accident qui la détermina à sevrer son bébé : ce fut l'altération de sa santé à la suite de la perte de. position de son mari. Deux mois et demi après avoir été sevré, l'enfant fut présenté au concours des bébés à Paris, où il obtint la médaille d'or et fut mis hors concours. Il a actuellement quatre ans et se porte admirablement.
Cette observation, ajoute M. Poirier, vient confirmer les précédentes et leur donner en quelque sorte une consécration qui leur manquait : celle de l'épreuve publique, puisque nous voyons que cet enfant de la femme B... a pu être nourri sans accident d'aucune sorte, pendant les trois premiers mois d'une seconde grossesse de sa mère et obtenir quelques semaines après avoir été sevré le premier prix dans un concours de bébés.
Deuxième catégorie. — Elle comprend quatre cas douteux. Dans trois, les observations sont muettes sur la santé générale de l'enfant; elles disent seulement que l'allaitement a été continué jusqu'à trois mois, quatre mois et demi et cinq inois de grossesse. Dans le quatrième cas, il y a eu des accidents de gastro-entérite qui pourraient « avec vraisemblance être imputés à une dentition laborieuse ». Ces faits n'ont point paru suffisamment explicites à M. Poirier, et bien que les trois premiers eussent pu être rangés dans la catégorie des faits favorables, il a préféré n'en point tenir compte.
Troisièyne catégurie. — Elle comprend dix cas dans lesquels
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il y a eu perturbation grave dans l'état de l'enfant et généralement, la mère a été obligée de le sevrer. Avec le sevrage, tout est rentré dans l'ordre et l'enfant se remit à augmenter de poids; l'un de ces enfants a succombé avec de la diarrbée.
En résumé, dans 72 p. 100 des cas (37 fois sur 51), l'allaitement par une femme enceinte n'a déterminé aucun trouble dans la santé des nourrissons.
Dans 7,9 p. 100 des cas (4 sur 51), on ne peut, des observations, tirer légitimement aucune conclusion rigoureuse.
Enfin, dans 19,6 p. 100 des cas (10 sur 51), les enfants « ont éprouvé des accidents qui ont forcé à les sevrer immédiatement ».
Sur 51 enfants observés, un a succombé : en admettant que ce soit par suite de Tallaitement défectueux, cela ferait une mortalité de 1,9 p. 100.
M. Poirier termine en disant : « Pour juger définitivement la question, il faudrait savoir quelle est, dans les conditions ordinaires, c'est-à-dire les nourrices n'étant pas enceintes, la proportion des cas oii la femme ne peut continuer l'allaitement jusqu'au bout. »
Ce que nous avons vu personnellement depuis 1890 n'a fait que nous confirmer dans les opinions auxquelles était arrivé, dans notre service, le D'' Poirier.
Dans un cas, une nourrice est venue à la Charité nous consulter parce qu'elle se demandait si elle n'avait pas senti remuer. Comme son enfant était très beau, elle ne pouvait croire qu'elle fût enceinte ; nous l'avons examinée, elle était grosse de quatre mois et demi environ. Elle nous a permis de recueillir une certaine quantité de son lait qui fut analysé et examiné par M. Berlioz ; il était absolument normal.
Nous voulions photographier Tenfant de cette femme et recueillir de nouveau de son lait. Elle nous promit de revenu: quelques jours plus tard, mais, à peine sortie de la Charité, elle se laissa convaincre par une voisine que son nourrisson
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allait souirrir de sa grossesse, elle se rendit chez un herboriste et lui demanda des conseils : il lui vendit des drogues pour tarir la sécrétion lactée. Quand elle reparut à la Charité, le sevrage était accompli et son enfant mal dirigé avait très mauvaise mine, il était à peine reconnaissable. Nous avons d'autant plus regretté de n'avoir pu prendre sa photographie le premier jour : le contraste eût été frappant.
Si donc, dans quelques cas, l'apparition d'une grossesse chez une nourrice est défavorable pour l'enfant qu'elle allaite, dans la grande majorité des faits, le nourrisson n'en souffre pas. Mais on doit toujours se demander, surtout dans les grandes villes, si la mère peut impunément faire les frais d'un allaitement et d'une grossesse simultanés.
Troubles survenus chez des nourrices.
Retentissement immédiat sur leurs nourrissons
Il ne semble pas douteux que des causes multiples agissant sur des nourrices peuvent déterminer des troubles dans la santé des enfants qu'elles allaitent.
Il y a vingt ans, nous avons, avec le D' Segond, reconnu que la menstruation s'était établie chez une nourrice, aux modifications qui survenaient à date fixe chez l'enfant auquel elle donnait le sein. En 1881, dans un autre cas, guidé par le retour périodique des accidents chez un enfant, nous avons fait saisir les linges de la nourrice et on a aussi constaté la réapparition des règles. Une autre fois encore, en 1889, une nourrice placée chez un de nos confrères ayant appris que son propre enfant était soutirant et bientôt après qu'il avait succombé, en ressentit un très grand chagrin : son nourrisson fut immédiatement pris de diarrhée et diminua de 240 grammes.
On pourrait être tenté de croire, dans ces cas, à une simple coïncidence. Cependant, la reproduction de ces faits démontre la réalité de la cause invoquée.
Mais si on trouvait une nourrice donnant simultanément le sein à plusieurs enfants, si ces enfants allaités par la môme femme présentaient tous le même jour, sous l'influence d'une
' Communication faite à k Société obstétricale de France, avril 1890. UObslc- Irique, juillet 1896, p. 321.
même cause, des modifications dans leur sanlé et dans leur poids, cette simultanéité des accidents semblerait constituer une preuve indiscutable.
C'est ce que nous avons eu l'occasion d'observer dans le pavillon des Débiles installé à la Maternité. Des enfants atteints de faiblesse congénitale y sont reçus et placés dans des couveuses d'abord; puis, quand ils sont plus âgés et plus forts, dans des berceaux ; une même nourrice peut avoir assez de lait pour donner le sein à deux ou trois de ces petits êtres. Or, dans plusieurs circonstances, nous avons vu une indisposition, une colère ou l'apparition des règles chez la nourrice, déterminer des troubles simultanés chez les enfants débiles allaités par elles. Voici des faits.