Lamartine. Histoire des Girondins
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Christianisme vienneot, dans leur indigence de métaphores, prostituer cette pure et spiritaelle notion d'anges aux actrices, plus ou moins jeunes-premières, de leurs révolutions?... « Madame de Condorcet — a dit Michelet — avait la mélancolie d*un jeune cœur « atiquel quelque chose a manqué... L'enfant, le seul « enfant qu'elle eut, naquit neuf mois après la prise « de la Bastille... Ce fut elle qui donna à Condorcet le « SUBLIME conseil de... terminer V Esquisse des progrès « de r esprit humain, » Tels sont les seuls et singuliers mérites de Sophie Condorcet que Michelet a pu trier dans toute sa vie, et c'est sur ce triple mérite que rhagiographe exécute l'assomption de celte glorieuse sainte. Mais, pour sainte de Staël, c'est bien différent ; on voit l'instant où la canonisation va se trouver impossible. Michelet a des rancunes contre madame de Staël. Sensible, inconséquente, entraînée, vraie femme au fond sous ses airs grenadiers de virago, amazone de la pensée qui n'eut jamais le sein coupé, madame de Staël se prit d'horreur pour la Révolution qu'elle avait aimée. Elle l'a flétrie dans ses plus belles pages, elle l'a foulée sous ce pied que Rivarol, toujours magnifique, même quand il s'abaissait jusqu'au calembour, appelait avec flatterie : un piédestal. Pour la punir, Michelet lui a refusé net le génie : « La naïveté a profonde — dit-il — et la grande invention (qu'ap- « pelle-t-illa grande invention?), ces deux traits sail- « lants du génie, ne se trouvèrent jamais chez elle. »
C'était « une bourgeoise enrichie », le fait est vrai; mais Michelet veut dire qu'elle était restée bourgeoise d'esprit et de cœur, — ce qui est faux ! Rien de moins bourgeois que madame de Staël ! Elle avait bien des défauts et nous les reconnaissons... Pédante si Ton veut, quelquefois sans grâce et précieuse, esprit faux en philosophie, bas-bleu à ravir l'Angleterre de l'éclat enragé de son indigo, madame de Staël, par la distinction de sa pensée, par la subtilité de son observation sociale, par son style brillant d'aperçus, par ses goûts, ses préoccupatians, ses passions même, tendait vers la {dus haute aristocratie, vers la civilisation la plus raffinée. Bourgeoise, elle ! C'est Rousseau, devant lequel Michelet s'incline comme devant son calife, qui est un bourgeois. C'est madame Roland qui est une bourgeoise. Tout est, en elle, bourgeois : ménage, vertu, talent, quand elle en a; déclamation, qifand elle déclame. Scribe comme Robespierre, trop scribe même (l'observation est de Michelet), et comme lui, eût-il pu ajouter, une pharisienne, un sépulcre blanchi... — mais blanchi ! — elle a, dans sa robe blanche, quelque chose de la prosaïque {WTOprefeé de l'habit bleu de Robespierre, et, s'il est un nom qui lui C(m vienne et qu'on ne lui a pas donné encore, c'est : la bourgeoise de la liberté I
Du reste, ce n'est point sur le compte de madame Roland que l'auteur des Femmes de la Révolution augmente la somme des connaissances acquises et des
renseignements connus. Il se contente de nous dire une fois de plus ce que tout le monde en sait. Rien d'étonnant ! Madame Roland est un des grands lieux communs de la Révolution française. La vie de cette femme est percée à jour. On pourrait peut-être l'éclairer encore par Taperçu, par Toriginalité du jugement; mais, pour cela, il faudrait une impartialité et une profondeur que depuis longtemps Michelet ne possède plus. Il en est de même pour Charlotte eorday. La biographie qu'il en fait est détachée intégrdement de YHistoire de la Révolution française (volume VI ou VII). Vous revoyez passer la figure déjà dessinée, les mêmes détails, entre lesquels il est bon de ne pas oublier la mort philosophique, sans confession, et le petit éloge de la femme de Marat, épousée devant le soleil et la nature, de cette femme dévouée dont THistoire n'aurait jamais parlé sans Michelet. Â côté de ces figures d'une gloire officielle, l'historien des Femmes de la Révolution nous en montre d'autres entourées d'un nimbe moins éclatant et moins large. Ainsi Théroigne de Méricourt, Théroigne, à propos de laquelle Michelet ne craint pas de dire, page 113 : » Entourée d'amants en Angleterre, elle leur préférait » un chanteur de chapelle italienne, laid et vieux, qui « la pillait et vendait ses diamants, et en France... » Nous ne pouvons achever la citation sur cette touchante Théroigne, la meurtrière de Suleau, et qu'on pourrait appeler aussi l'ange de l'assassinat, puisque
le mot est consacré I Ainsi encore, après Théroîgne de Méricourt, une figure moins terrible, une sainte plus douce, mademoiselle Kéralio, madame Robert, une fille noble, mal mariée, devenue ambitieuse, et tombée, à force d'abjection et de folie, dans le mépris de madame Roland, et si bas que Michelet, ému jusqu'aux entrailles dans la personne de cette petite madame Robert, se risque à protester contre le portrait déshonora^nt qu'en fait madame Roland dans ses Mémoires c « Ce qui prouve — ajoute-t-il mélancoliquement — « que les plus grands caractères ont leurs misères et « leurs faiblesses I » Ainsi, encore, ces intéressantes mesdemoiselles Duplay, dont la vie se passait « à dé- « rider le front soucieux de Robespierre» : les Vestales de ce feu sacré I Tant qu'enfin, arrivé à n'avoir plus à copier des médaillons historiques, il est obligé de revenir à l'éloge et à la glorification en masse des Femmes de la Révolution^ depuis les femmes du 6 octobre jusqu'aux dames jacobines (dames est joli!) de 1790. Tel est le livre de Michelet.
En avons-nous succinctement donné une idée? Nous en avons nommé les héroïnes; mais ce qui dépasse infiniment l'admiration et le culte que Michelet leur a voués, c'est le sentiment qui anime son livre de la première page à la dernière ; ce sont les détails à côté •de ces quelques portraits épars, mis là pour attirer peut-être la curiosité sur autre chose que sur ces portraits. Qui ne connaît Michelet? Qui ne sait l'outrance
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de la pensée de Técrivaiii qui a écrit Le Prêtre, la Femme et la Famille? Cet homme peut-il foncer d'une nuance de plus cette pensée extrême? Peut-il . faire un seul pas de plus dans la route où le fanatisme de sa passion Ta placé?... N'est-ce pas assez de se soutenir au niyeau de soi-même^ et de continuer Tauteur^du Prêtre et de la Femme dans Les Femmes de la Révolution? Michelet n'y a pas manqué; par ce c6té-là, du moins, il n'a pas vieilli. Dans ses Femmes de la Aénolution, il a retrouvé tout entière son ancienne rage contre le prêtre^ à propos des femmes près desquelles il le voit toujours, et qui furent hostiles à la confiscation des biens de FÉ^ise, à la boucherie de Féchafaudl Cette rage retrouvée l'aveugle au point que lui, Thistorien, Thomme des faits, dans une note de la page 12d qu'il nous est impossible de transcrire, non par pudeur, mais par honte (que le lecteur la lise sans nous I), et qui commence aittsi : « Ne cherchez point le prêtre dans les sciences ou les « lettres; etc., etc , » il écrit avec aplomb que le prêtre « peut garder les petites facultés d'intrigue « et de manège, mais les grandes facultés viriles, « surtout l'invention, ne se développent jamais dans « cet état maladif... Depuis cent cinquante ans sur« « tout, il s'est énervé et n'a plus rien produit. »
Encore une fois, les phrases de Michelet^ nous ne les citons pas. Estrce que jamais plus insolente négation de la vérité avait échappé à un homme qui se dit
historien encore? Est-ce que, sans remonter les cent cinquante dernières années et en restant parmi les contemporains que nous avons coudoyés : Mezzofanti, Ventura, Lacordaire (i), Gratry, Balmès, Rohrbacher, ne répondent pas, comme un tonnerre, à Michelet? Et Lamennais ! Lamennais lui-même I car c'est le Sacerdoce qui Ta fait, Lamennais, ce Lamennais qui a donné, par son apostasie, un grand athlète de plus au parti de la Révolution I
1. Celui des CoDférences de Notre-Dame, qui sont le seul litre du P. Lacordaire à une gloire vraie. Quant à Thistorien de saint Dominique, le faux romancier de Marie-Madeleine, et l'écrivain, — partout ailleurs que dans ces Conférences d'une si étonnante médiocrité, — ils ont trouvé tous les trois la gloire qui leur convenait en entrant & l'Académie.