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et de toutes les passioats de son temps, aj^aixt le piedU — un jHed digne du takm rouge, — et reeil, — un ml capabie de tout emiMasser, — da&s les «deux sociétés qu'on nommait alors la cour -et ia vitk^ et que sa vocation était d'observer et de reprodmre. Si aotts consultons les mémoires de scm tatnps, qui n'en parlent pas assez, ce grand Spectateur ne se mêla guères à r action de bom époqoe, et voilà pourquoi il la vit si bien I II y jouissait du loisir et 4e la cU^nité «q^ doublent les forces de la vie et de la pensée. Rien ne Qt trembler dans sa main et ne ternit sous sa paupière le pur cristal de la lorgnette qu'il promenait sur tous les étages de cette grande salle de spectacle qu'on appelle le monde, et quand, de son encoignure, îl se prit tout à coup à dire ce qu'il voyait, de cette belle voix d'4)r qui ressemble à la votx de Montaigne, mais sans ses félioreset ses qointes, mMe des cls^st^eurs qtie somlève d'ordinaire la beauté d'organe du génie Ae couvrit cette magnifique voix d'une si pleine et si merveilleuse résonnance ! On l'écouta et oa l'entendit. Deux on trois sots, que le sort lui devait bien pour adversaires, et qn'il chétia^ en passant, de sa Boblte plume, comme l'aigle secoue de sa grande aik les (bottes tombées de l'escarbot i^ir la robe de Jupiter, constituèrent tous les malhevrs de ce Cavori de la gloire, qui, avec deux volumes à peine, et mourant % quarante ans, honoré comme s'il ne le méritait pas, s'établissait, avecla sereine majesté d un grand homme

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<fû\ rentre dans sa demeure après sa iournée, da&s la plus solide et la plus tranquille immortalité.

Tel fut La Br«yère et sa destinée. Son mérite apparut à tous les esprits tellement incontestable que, de peur d'avoir i'air de le contester, on ne le juge même pas. On ne se demanda point si l'observateur l'emportait en lui sur le peintre, si le penseur était SM-dessous ou axt-dessus de l'écrivain. On ne vanna pas tout ce i^rain, qui était des perles. On dit de partout : « Voilà un graad moraliste, voilà un adorable écrivais !» Et on adora. Le style, un style unique de trait, de tour et de mouvement, — le style, cette magie d'Alciae et d'Armide I — frappait et refrappait, de sa iMLgueite de fée enchanteresse, sur nos fronts charmés, et aous aveuglait de ces coups délicieux qu'on aime.^ Mais nous osons écrire qu'il nous aveuglait I Seul, Boileau, chagrin et chagrinant j avadt dit de ce style que La Bruyère, en écrivant ses Caractères^ s'était épargné ce qu'il y a de plus difficile, — la peine des tnmsitions. Mais un juge plus fort que Boileau avait répondu : « Oui I mais il s'en « est donné une autre, celle des e^ggroupemenis. Or, « pour la transition, un seul rapport suffit; mais « pour l'agrégation, il en faut mille; car il faut une « convenance naturelle, profonde et complète. » Ainsi défendu, quoiqu'il n'eût pas besoin de défense, La Bruyèore, acoeptté et magnifié à tous les titres de moraliste, de philosophe, d'observateur et d'écrivain,

manquait de cette page de critique qui épure la gloire d'un homme en la passant au feu d'un ferme regard, car dansla gloire, dans ce lacryma-christi de la gloire, telle que les hommes la font et la versent, il y a encore des choses qu'il faut rejeter du verre, — pour que l'ivresse en soit divine !

Or, c'était cette page de critique souveraine, qui manque toujours sur La Bruyère, que nous attendions à la tête d'une nouvelle édition de ses œuvres. Nous pensions et nous espérions que l'on sortirait de l'éloge confus et de la petite explication à ras de terre, pour pénétrer dans cette haute valeur intellectuelle, dans le mystère de ce talept, et pour nous le faire bien comprendre; Adrien Destailleur semblait un commentateur digne de La Bruyère. Il avait pendant neuf ans (nous disait-on) étudié amoureusement les beautés de cet écrivain et cohabité avec son génie. Nous nous disions qu'il aurait l'admiration révélatrice et féconde, et qu'il sortirait de la tourbe des gens d'esprit qui ont commenté, chacun à son tour, La Bruyère, et qui se sont efforcés — qu'on nous passe le mot en faveur de sa vérité l — de mettre leur grain de sel sur la queue de cet aigle d'intelligence, qu'on ne comprend pas plus aisément, par un tel procédé, que les enfants ne prennent de moineaux.

Eh bien, nous l'écrivons avec le sentiment du regret, àotre espérance a été trompée I Adrien Destailleur a un mérite trop modeste ou une admiration trop

timide. Nous avons certainement beaucoup d'estime pour rhomme qui passe neuf ans de sa vie — une année de moins que pour prendre Troie — h purifier le texte imprimé d'un grand écrivain, à lui ôter, avec une loupe pour les voir mieux, ses plus imperceptibles grains de poussière, et à le rétablir dans toute la force et dans toute la beauté de ses points et de ses virgules ; mais il nous reste dans Fàme encore beaucoup d'estime que nous lui aurions offerte, et avec quel élan I si, à tous les travaux inspirés par sa fervente piété d'éditeur, il en avait joint un autre, moins microscopique, et s'il nous eût donné la mesure juste de son La Bruyère. Pour cela, il eût fallu oser une biographie intellectuelle, et ne pas suspendre à la tète de son édition ce vieux morceau de tapisserie académique, ouvrage oublié du bonhomme SuardI II eût fallu entrer dans le vif de ce talent, bien plus senti qu'il n'est jugé, caractériser ce prestigieux écrivain, le plus piquant du xvu* siècle, qui, à force de style, s'est fait croire un grand moraliste, quoique son observation aille plus au costume qu'à la personne, à la convention sociale qu'au tréfond de la nature humaine, — en cela inférieur à La Rochefoucauld, qui n'a pas tout dit non plus, mais qui a vu plus loin que La Bruyère dans la misère constitutive de l'homme, et, comme le Pouilleux de Murillo, a mieux écrasé notre vermine au soleil. Quand, au xix* siècle, on réédite et l'on commente les Caractères

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àe La Bruyère, après, les gesis de goût, cette race de lilliputiens littéraires, Après Coste, Ssîard, Au^er, sutdame de Gealis, ii est exigé par la €riti<iue du XIX* siècle, cette Critique qui s'éJève jusqu'aux idées par rexpressâon et j«isqu'à l'homme par les idées, de creuser pies avant que des remarques grammaticales et des appréciations de Le Baiteux. Quoique DestaiUeur ait le sentiment fort juste des beautés de détail de son auteur, nous sommes sûr qu'il pouvait, en s'abandonnant à une admiration plus courageuse, trouver mieux, pour les mettre en saillie, que des interjeotions qui ressemMent à des étiquettes, que les parfait J de Prudhomme, et les pro-di-^i-etix ! du pauvre Dominus Sampson.

Ainsi, qu'il nous permette de le lui dire en toute bien- Teiikiice, les notes historiques et littéraires dont Destailleur a accompagné son édition ^nt insuffisantes, autant pour lui, commentateur, que pour Fauteur^ qui méritait bien cette rampe allumée d'un commentaire et qui n'en craignait pas le jour hardi, à pleins bords et à fond. Reste, pour Thonneur de cette édition soignée, nous le reconnaissons, par le côté de l'orthographe, de la ponctuation et de la langue, le texte mème^ qui a été filtré, goutte par goutte, avec un grand soin. Une lettre de la Bruyère, retrouvée par Destailleur, ajoute son intérêt à cette réimpression et montre à quel point le fidèle annotateur a poussé rinvesUgation ; car de tous les hommes peut-être qui

tiennent une grande place dans les chroniques de rEsprit humain, La Bruyère e^ <^l«i qui a te «noins laissé transpirer sa vie. Ëx<;epié s<m livre, rien ne r^te tle cet homme, qui eat un cœur pourtant, une humeur, un tempérameat, une existence à la façon des antres hommes, et qui a'apparatt dans Thistoire que comme un grand espi4t impersonnel, un obser- Y<ateur qui s'efface dans l'intérêt de son observation, et qui provoque d'autant |dus la curiosité qu'il la dé* sespere*

Oui ! la personnalité des hommes ! On ne sait pas Bssez à quel point elle impcnle d«ns l'étude de leurs oeuvres e* dans le jeu de leurs facnltés. Voltaire, ce singe de Satan, qui a brisé le mèroir de la Vérité en mille miettes, a dit avec son iae&ble superfteialité que la vie des bommes de génie n^est jamais que dans leurs écrits, et de bons esprits ont accepté cela comme un axiome. Voltaire n'est rien de plus que le maréchal de Richelieu de la littérature, et ceux qui l'adarirent le jvgent oomme les femmes, à qui il avait fait perdre la tête, jugeaient le miu*écbai de Rjkbehen. Destailleur, qui est un esprit distingué et iuste, s'est-ii rappelé le moi de Voltaire, ou l'aurait-il subi, non seulemeoat en pa^snt 9MSsi vt^ qu'il l'a fait«ur la personnalité de son auteur, dont il ne nous dit <pie ce qoe dit l'histoire, mais en négligeant de nous donner la clefà^ ses dirersCttratcléiie*, sortis, tous, de Tétude dequelque personnalité? « Nous ne faisons pas — dit-il — plus de

i^ FEMMES ET MORALISTES

« cas qu'Auger (voilà à quoi sert l'autorité de ce qu'on « appelle un homme de goût l) de cette cZe/* systéma- « tique... Néanmoins, — ajoute-t-il avec un retour « de bon sens, — il n'est pas sans intérêt de connaître « les interprétations de Tépoque... » Assurément, ce n'est pas sans intérêt 1 car c'est là l'intérêt suprême. Nous n'avons besoin d'aucun commentateur, d'aucun savant, d'aucun scoliaste, pour savoir ce qu'il y a d'humain et d'universel dans les Caracfére^ de La Bruyère. Cette vérité-là est comme le soleil. Mais nous avons besoin, nous qui voulons connaître et les procédés de composition des hommes de génie, et l'action de leur esprit sur leur société, et la réaction de leur société sur leur esprit, nous avons besoin qu'on nous dévoile le secret de leurs inspirations et la variété de leurs sources. L'embryogénie littéraire est une des branches de la Critique, lorsque la Critique est profonde. « Lors « donc — continue Destailleur — qu'il s'agira de per- « sonnages connus et historiques, de faits ou de dé- « tails de quelque importance (comme si tout n'était « pas important dans la question I), nous donnerons « des explications et des éclaircissements... » Et, de fait, il en donne alors, mais encore, selon nous, d'une façon beaucoup trop rapide ; car, en n'appuyant pas sur cette partie de son sujet, il manque la critique et il manque l'histoire, et, comme dit l'expression pittoresque et vulgaire, il reste assis par terre entre deux selles, le commentateur I

En vérité, nous en sommes désolé I Avec un peu de hardiesse, un peu de confiance dans un esprit qu'il n*a pas assez tiré des brassières des La Harpe, des Auger et des d'Olivet, et qui aurait pu très bien se mouvoir tout seul. Destailleur nous aurait donné un commentaire qui aurait valu par le renseignement ce que son édition vaut par la correction du texte et l'exactitude méthodique des tables, et sa publication n'eût rien laissé à désirer. C'eût été excellent. Malheureusement, il a succombé par deux qualités charmantes, qui sont presque des vertus : le respect de ses prédécesseurs et la modestie. Horace Walpole disait un jour : « Si je suis quelquefois modeste, ce n'est que par excès d'ambition. » Certes! ce n'est pas ainsi que l'a été Destailleur. Il Ta été plutôt par excès de timidité, de goût et même de pruderie. En effet, dans ses appréciations littéraires et grammaticales, tracées du bout des doigts et de la plume, dans ces petites notes qui sont de véritables épluchettes^ il se montre souvent fort collet-monté, et un fait que nous citerons donnera mieux l'idée de la portée de ce commentateur que tout ce que nous pourrions ajouter : « Parler et offenser — « dit quelque part La Bruyère — est pour de cer- « taines gens absolument la même chose. Ils sont a piquants et amers. Leur style est mêlé de fiel et ' « d'absinthe. La raillerie, l'injure, l'insulte, leurdé- « coulent des lèvres comme leur salive. » Salive est de trop, selon Destailleurs. Il est évident que ce mot-

là k choque comme nne malpropreté. C'est là, sans doute, âne délicatesse... mais il est é^dent aussi que des déli^mts ée cette -espèce ne sa«t pas feits pour traiter largement un mâle suj«t littéraire et nous rouvrir jusqu'aux entrailles ; il est évident qu'ils n'ont pas été créés et mis au inonde pour ne rien oomprendre aux énergiques trivialités des grands écrivains, et qu'il leur faut renoncera écrire ha. biographie intellectuelle du Génie, aussi bien qu'à peig&er la crinière des lions I

LAIS DE GORINTHE

ET

NINON DE LENGLOS '*^

Dans la préiace, d'ma ton fort sérieux, qui précède le Kvre intitulé LolU de Corinthe et A/inon de Lencl&s (â), Debay nous apprend qu'il habitait la Grèce en i«â8, et que de 1828 à 1834 il avait visité avec fruit toutes les ruines du Péloponèse. Or, en supposant qu*il n'eût que dix-huit ans alors, il n'aurait eu guères moins de quarante-quatre ans en écrivant s(m livre. C'est Tàge de la maturité. A quarante-quatre an% le regard est ferme et doit avoir toute sa portée^ On a

1, A. Debay. Laîs de Corinthe (d'après un manuscrit grec) et Ninon de Lendos {Pays, 16 janvier 1856}.

trouvé le néant au fond de tant de choses, que les ivresses sont difficiles... A cet âge tristement viril , quand on parle de courtisanes, quand on se tache les doigts à cette poussière légère que toute la sainteté de la mort ne peut sauver des profanations de la vie, il faut le faire en moraliste et en observateur, non pour glorifier des mémoires trop heureuses, selon nous, découler à fond dans Toubli, mais pour prendre le niveau moral d'un pays ou d'une époque et mesurer le vice de tout le monde à la taille de celles qui Font inspiré. Laïs, Phryné, Ninon de Lenclos, Henriette Wilson, lady Hamilton, toutes les célèbres courtisanes qui ont fait boire les grands hommes ouïes sots de leur temps dans cet abreuvoir de bêtes à cornes qu'on appelle la coupe de Circé, peuvent donc venir individuellement et tour à tour se ranger sous un regard grave, mais à la condition que ce regard, après s'être abaissé sur elles, saura se relever I C'est une manière comme une autre d'écrire l'histoire des mœurs et des influences, que de tracer la biographie des courtisanes qui ont trouvé une espèce de gloire dans leur infamie. Seulement, si les juges amoureux sont ridicules et bien près d'être corrompus, que dire des historiens chez lesquels la momie déterrée du Vice suffit pour troubler la raison ?• ..

Hélas I ce que l'on peut en dire, devrons-nous le dire de Debay ? Debay n'est point un moraliste, et, comme on ne se fait pas, à soi-même, ses propres

facultés, nous n'avons pas plus à l'en blâmer qu'à Ten absoudre; mais nous avons cherché vainement dans son livre le sentiment moral dont personne n'est dispensé. Il ne s'en doute même pas. C'est un sensualiste naïf qui ne se préoccupe que de la forme, un païen parfaitement digne d'une époque qui a toutes les aberrations de la Renaissance sans leur excuse, s'il y en a... Debay ne voit dans le monde que la femme, et dans la femme que sa beauté matérielle. Il a consacré toute sa vie et toutes les forces de sa pensée à cet imposant et profond sujet de méditations. On a de lui beaucoup de livres, qu'il appelle avec assez de fatuité et de rengorgement les classiques du boudoir. Ces livres, qui doivent être l'admiration des coiffeurs et des modistes, portent des titres comme les suivants : L'Hygiène et le perfectionnement de la beauté humaine. — Les Parfums et les Fleurs^ comme auxiliaires de la beauté, — L'Hygiène des mainsy de la poitrine et de la taille. Et nous ne citons pas beaucoup d'autres traités du même agrément et de la même importance, car Debay est le colonel Amoros de la beauté humaine en littérature I S'il s'en était tenu à des productions aussi spéciales et aussi techniques, il est bien probable que nous n'eussions jamais parlé de lui ; mais cette fois il vient à nous par Laïs et Ninon, c'est-à-dire par l'histoire, et, dans un temps où les plus honnêtes femmes vont rêver aux dramatiques apothéoses des Dames aux Camélias, il est peut-être bon de dire un mot des

i^ FEMMES ET MORALISTES

grandes courtisanes, remises avec tant d'admiration en lumière, po«r dégoûter des petites qui y sont. On juge bieA les laquais par les maîtres, et les maîtres par les laquais I

11 est vrai que des deux séductrices dont Debay s'est fait encore plus le poète q«e Thistorien, une seule est parfaitement connue, Ninon de Lendos. LaYs, conmie toutes les courtisanes grecques qui ont laissé leur nom aux imaginations libertines de la postérité, — Phryné, Rfaodope, Thaïs, Aspasie, Gallixène, — Laïs n'est guères qu'un nom, une renommée, une fumée vfiigue, qu'aucune recherche, aucune histoire, i^ parviendront à condenser. Une des raisons décela a été déjA exprimée. Les Grecs — peuple tout extérieur — n'ont point laissé de mémoires, et leur individualité, qui ressemble à leurs statues, ne se voit qu'à la place publique et sous les draperies d'un art et d^un mensonge qui ne les abandonnent jamais. Un homme plus savant sur la Grèce que Debay, malgré son se* jour dans le Péloponèse, et dont le talent a pour caract^^ distinctif une sagacité redoutable, Prosper Mérimée, a regretté quelque part, avec le sentiment d'une curiosité indigente et trompée, cette absence de

LAÏS DE CORUTTHi: ET NINOU DE LENCLOS 127

mémoires, qai nous enlève d'iiDt seul ccuip la moitië du moode grec sans espoir de la retrouver, et précisément la moitié dans laquelle se produisaient, en se variait, rinûuenoe et raetion des courtisanes.

P^(Mir ob^er à cet inconvénient, qui frappe de stérilité ia bio^aphîe que l'autttip du livre dont il «^ q«estfton voulait écrire, non p^wr Laïs ellemême, mais pour Thonnevr de c^te chose q«e LaSs reppéseote dans le monde aocien c* Ninon dans le monde moderne, eit que oo«s ne savans comment nommer avec décence, Debay a découvert (nous ne dirons pas qu'il Ta inventé) un manuscrit grec dont Toiiginal, trouvé, dit-ii, au couvent de Mégaspitron, et confié aux soins de Vietti ie Polyglotte, a complètement disparu depuis 'la mort de ce savant. Ce précieux papyrus, qui était signé par Aristophane de Bysance, affirme bien une fois de plus une influence que personne ne oonte^e, mais il ne Tex^tique pas, et, nous disons plus, il ne pouvait pas T expliquer. Les Grecs ne voient que l'effet produit ; le dedans des choses leur échappe. Ce romanesque manuscrit dont nous parie Debay, sans nous dire quelle en était ia teneur, sans déterminer oè commencent et où s'arrêtent les notions qu'il y a puisées, ne nous apprend que des faits déjà connus ou insignifiants, à l'aide desquels il est facile de composer une mosaïque de pièces de raçvport, jointes ensemble par le pwcédé d'imagination, à présent vieilli et délaissé, de Barthélémy ^t de

Wieland, mais dont il est impossible de tirer le détail intime qui nous illumine une figure, et nous la fait réellement comprendre en la ressuscitant devant nous . En effet, qu'y a-t-il pour nous d'important et de nouveau dans cette enfance de Laïs, remarquée d'abord pour sa beauté et bientôt choisie pour modèle par le sculpteur Scopas, chez une nation où la sculpture était adorée? Qu'y a-t-il d'intéressant et de surprenant dans les sacrifices de Laïs à Vénus Aphrodite et dans l'adoption de cette jeune fille par le vieil Eupatride Léontidès, que nous raconte Debay avec les airs d'un homme qui a découvert des merveilles et qui a un morceau de la toison des Argonautes dans sa poche ? Y a-t-il rien de plus naturel et de plus vulgaire que la position de Laïs quand elle eut hérité des grands biens de son Eupatride, et quand, riche, belle et courtisane, elle conviait à ses repas les hommes les plus célèbres de son temps et faisait bavarder, après boire, toutes ces pauvres sagesses, doublement enivrées? Les soupers de mademoiselle Quinault, rapportés par Diderot, sont bien autrement spirituels que les soupers de Laïs, par Debay. Enfin, quoi de plus ordinaire, dans la vie des femmes comme Laïs, que la passion longtemps bravée et méprisée les saisissant tout à coup, quand la vieillesse, cet affreux cancer, vient dévorer la beauté dont elles furent si vaines? Or, voilà tout ce que nous savons à peine de Laïs ; voilà Ténorme découverte dont, avec l'ombre de son manuscrit

grec, Tingénieux Debay se sert pour nous ouvrir cette vie, jusque-là fermée et impénétrable, pour nous éclairer cette domination d'une femme sans mœurs qui a régné sur son époque, et qui n'a pas dit son secret 1

Et elle ne Ta pas dit seulement parce qu'elle n'a pas laissé de mémoires, mais pour une raison bien meilleure encore. Elle ne l'a pas dit, parce qu'il n'y en avait pas! Le tort des écrivains qui, comme Debay, respectent et admirent les courtisanes, et se persuadent bonnement que les ronds de jambe de ces danseuses-là importent à la postérité, c'est de croire qu'elles subjuguent et entraînent les hommes en vertu d'une habileté quelconque, d'un don de l'esprit ou de Tâme uni à cette beauté du corps qui rend le triomphe si facile. L'illusion, c'est de slmaginer qu'il doit y avoir dans ces femmes, abîmes de néant, un de ces grands mystères de charme comme on en rencontre parfois dans l'histoire du cœur humain. Ainsi Diane de Poitiers, qui fut aimée de deux générations, et avec une passion plus folle à la seconde qu'à la première ; ainsi madame de Maintenon, qui, sans jeunesse, inspira à Louis XIV blasé un amour duraJ:)le, et fut plus forte dans ce cœur qui avait tout éprouvé que le spleen de la toute-puissance^ sont des exemples éclatants de ce pouvoir étrange que les moralistes cherchent à expliquer, mais qui leur résiste et les étonne. Seulement, Diane de Poitiers malgré ses erreurs, ma-

laO FEMMES ET MOEAUSIES

datme de Maintenoa malgré les calomaies^. ne fujre&t •jamais des cowtisaiies. Des covrlisanescomme iMs la Coribtiiienne, ene àam grecqvie pllis légère que la bulle de savon appendue auehalomeau d'us enfant, ou comme Ninon, la grande égoïste française àtm^ï le cœur fut une plaisanterie éterneBe^ n'ont point de* ces replis où dori Fensorcettement des ânes, et de ces ineffables manèges qui prennent ks coeiurs et ne les rendent pins.

Elles ne sont que la bra^o^cbe fleurie qui appelle Voiseaa, mais d'où il s'envole, et leur éooHnation éphémère est beaucoup trop simple pour qu'on n'en déplace pas kt cause... On la cherdie Tainemenil dans une existence qui ne pesa pas assez pour laisser des traces. Une fois que Dieu a ôté la chair el brisé ce jouet de la beauté C€>rporeile, on ne trouve plus qpiele vide et l'inanité. La cendre interrogée reste muette. Le mot de l'énigme n'est pas là* Il n'y était pas dauvantage quand cette cendre palpitait d'une vie à laquelle venait s'attacher la flamme errante de nos désirs... Ici, ce qui fait le pouvoir, c'est la lâcheté des esclaves ! Les courtissoies tiennent leur empire d'une eorruption qu'elles n'ont pas créée, mais qu'elles augoientent Ce n'est pas plus compliqué que celai Le mot méprisant d'Oxenstiarn : « On ne sait pas eon^ien il faut peu de génie pour gouverner les hommes..^ » est bien plus vrai quand il s'agit de ces dominations inférieurea que les fenunes exercent sur nous. « Oteale père, — a dit

LAÏS DE GOBINTHE ET NITiON DE LENGLOS iM

suprêmement bien un moraliste religieux, — nous autres hommes, nous sommes tous des jeunes gens. » Il faut, en effet, tout le trouble de la jeunesse^ pour ne pas s'apercevoir de Timmense bêtise ^'il y a au fond de ces empires qui ont des flatteurs et des poètes à des siècles de distance. Quelque éclat qu'ils aient Jeté, c'est toujours le règne de la bête, quand la bête serait aussi spirituelle que Laïs Tétait peu et que Ninon de Lenclos le parait, sans Tètre beaucoup davantage. Puisque de tele règnes ont des histoires, nous parlerons du plus long et du plus beau de tous peut-être. Ninon appartient à notre genre de civilisation. Nous touchons de la main le temps où elle vécut. Jamais tradition ne fut plus vivante. Qui peut le plus peut le moins : en jugeant Ninon nous aurons jugé Laïs, nous aurons jugé toutes les glorieuses prostituées dont les désordres paraissent à certaines gens des mérites et des grâces, et, par là, nous pourrons nous faire une idée de la pauvreté de ces idoles devant lesquelles toute une société n'a pas rougi de se mettre à genoux.

Dans son livre sur Laïs et Ninon, Debay, qui tient à ptendre la mesure phrénologique du petit front grec

de la charmante Corinthienne, nous rapporte une foule de mots qui lui font l'effet, à lui, d'être supérieurs. Si ces mots ne sont pas apocryphes, ils prouvent que la courtisane fut aimée des Grecscomme madame de Talleyrand fut aimée de son mari : parce qu'elle lui reposait l'intelligence. Il est vrai que l'esprit tel que nous le concevons, nous autres modernes, était inconnu aux anciens^ comme il est inconnu à l'Orient... Les mots de Laïs rapportés par Debay sont des lapalissades. Quant à Ninon, il est impossible de supposer que Debay ait eu la bonté d'ajouter ses puissances d'aperçu ou de rédaction à l'esprit de cette femme célèbre. Les mots de Ninon sont trop connus, ses lettres authentiques et les livres qui nous parlent d'elle ne sont point des manuscrits grecs, confiés à des savants qui meurent (peut-être du plaisir de les lire), et qui ne se retrouvent plus.

Nous savons donc ce qu'intellectuellement était Ninon, et, si nous la désenveloppons des adorations de son siècle, nous ne voyons rien dans cette femme qui justifie le bruit qu'elle a fait. Les mots qu'elle a dits ne dépassent jamais le joli de la légèreté. Il s'en dit de pareils vingt par soir dans les salons de Paris, qu'on ne songe pas même à citer au déjeuner du lendemain. On s'étonne qu'on puisse les relever chez une nation qui a des esprits sur place et argent comptant de laforce deRivarol, de Chamfort, de Voltaire, de Fontenelle, du prince de Ligne et de madame de Staël. Un

grand artiste, qui écrivait, mais qui ne parlait pas, Chateaubriand, a écrit sur Ninon deux ou trois pages excellentes, dans lesquelles illève, du boutde sa plume, ce falbala qui cache un squelette, avec le dédain de Charles P' quand il toucha, de sa longue badine, la masse d'armes placée devant l'Orateur du Parlement. Désillusionné par la vie, l'auteur de Rancé a traité comme elle le méritait la grande Épicurienne du xvn* siècle. Cette « probité d'honnête homme » dans une malhonnête femme ne lui a pas paru si sublime, et le trait du dépôt rendu, dont on nous rabat les oreilles, valoir la peine que toute une époque en parlât comme du QuHl mourût des Horaces. Seulement, moins heureux dans tout ce qui tient à l'appréciation de l'intelligence qu'à l'appréciation de la moralité du caractère, Chateaubriand a trop consacré une réputation d'esprit dont il n'était pas juge ; car, dans ses Mémoires, on se rappelle comment il a traité Rivarol. L'esprit de conversation désorientait de ses feux et de ses éclats ce génie nonchalant et triste, qui broyait longtemps ses couleurs en silence. Les lettres de Ninon qu'il loue, agréables de ton, ne dominent en rien le ton général des hautes sociétés que voyait mademoiselle de Lenclos. Comme la plupart des femmes, elle réfléchissait son monde. Elle était le caméléon épistolaire de la société. « Il fallait — dit beaucoup trop vite Chateaubriand — qu'elle «eût beaucoup d'esprit, pour que mesdames de la

Sttze, de CastelnaM, de la Ferté, de ânlly, de Fiesque, de Lafayeite, ne ââse»b ancuoe difôcullé de la voir. » Le bel-tt^rit, qui n'est pas l'esprit^ était le Uen die ces eompagiiie& qui parilaiieal la leuigue et la ^kiBfcerie à Fhôtel de RambouiUet. Or Ninon, femate de qualité d'ailleurs, était bel-esprit et vantée par les^ liCHBmes qm se piquaient de beau langage. Elle était Tanie de Saint-ÉyremoQid, exilé qm rempiis&ail tout de sa personne absente, pbilosopbe qui pteftait soa égoîsme pour die la sagesse, e4 qui était bien digne de s'^ceetnter à Ninon, plus égoïste que lui encore, espèce de Fentendle en feoftme, qui eachaitsa monstruosité morale soua eette beauté sans grandeur qui éonseiUie aux hommes Tiiisolence*

Telle elle était, — rien de plutf, — et ee fut suffisant p€Hir loi eonstUiter un empire auquel travaollèrent les hommes* et les femmes : les hommes, vaniteux et sensuete, les leaunes,^ curieuses, curieuses de voir cette maîtresse de tout le monde, et la regardant comme les sauvages regarderaient un beau fiftsU, Ce succès inonà' qui dura près de cent ams, car Niaoo régna plus long* temps que Louis XIV, est, selon moi, la plus terrîMe accusatioo que Ton puisse porter contre le grand siècle. BAalgré les variétés de gloire et S€ms la pluie de ses rayous, il y a^ dans le xvn* siècle, des bo«es jBBoUes et tièdes, déposées là et croupissant depuis la Renaissance, et que le xvni® siècle se chargera de féconder. Ninon, pour qui sait observet> est «are

figure de la Renaissance attardée. Elle est païenne. Elle est incrédule. Elle est impie. Elle a jeté d'élégantes draperies sur sa conception. Et le siècle de Louis XIV, du grand Condé, de Bossuet, s'est incliné devant elle. On conçoit parfaitenoent Tadoration posthume du xvTii® siècle pour Ninon, et que sur les autels qu'il a brisés il lui en ait élevé un. Elle lui avait légué Voltaire. Mais que mademoiselle de Lenclos ait été honorée dans son infamie par le siècle même de Fhonneur, que cette déesse Raison, qui précéda les autres déesses de ce nom et de ces mœurs, soit allée de pair avec les plus illustres dames de la cour de la Convenance, que la prude madame de Sévigné en ait rêvé, que la comtesse de Sandwich Tait recherchée, que la reine Christine ait voulu remmener à Rome comme son amie, que madame de Maintenon ait été liée avec elle, que Louis XIV ait eu la pensée de se la faire présenter, c'est là un de ces spectacles qui font croire à l'enivrement de tout le monde, mais le philtre qui a produit cette ivresse, ce n'est pas Ninon qui l'avait versé !

On dit que sur son lit de mort elle avoua qu'elle aimerait mieux mourir de la main du bourreau que de recommencer sa vie... cette vie que Debay a écrite et qu'il a transformée en apothéose. Nous sommes de son avis. Nous pensons comme elle. Mais il y a l'opinion de Debay contre nous deux 1

Après la grande histoire, il y a la petite. Quand ua grand homme a cessé de vivre, quand il est sorti delà phase historique qu'il a marquée de la double empreinte de son esprit et de son caractère, il laisse souvent après lui, et dans l'histoire même, quelques gouttes de son sang : — une famille, que la curiosité aime à étudier pour y retrouver les influences de sa gloire et de son génie ; car ceux qui croient le plus à la personnalité du mérite posent, malgré eux, la question de race à propos de tout, comme si c'était une fatalité I Tous les grands hommes n'ont pas que des filles à la manière d'Ëpaminondas... Tous les grands

4. Amédée Renée. Les nièces de Mazarin, Mœurs et caractères au xviii« siècle (Pays^ 6 août 1856).

ministres, même ceux qui furent cardinaux, ne sont pas des moines comme Ximénès et ne sombrent pas tout entiers sous leur cilice et dans la tombe, et il est intéressant de suivre, après eux, la destinée de ces familles au sein desquelles ils ont brillé, — dont ils étaient Tâme et la puissance ; il est intéressant d'apprendre comment se sont écartées et rompues ces racines, verticales et horizontales (comme dit un écrivain' allemand), qui les attachaient à la terre ! C'est de Thistoire de second degré, qui ressemble à la grande histoire comme les nuages, teints de son or et de sa pourpre, ressemblent à du soleil encore lorsque l'astre lui-même est couché. C'est de Thistoire qui s'affaiblit, qui s'épuise, et qui va mourir tout à l'heure dans la vie romanesque ou vulgaire ; mais c'est de l'histoire. Les coloristes doux, les talents fins, les hommes de pastels et de nuances, trouvent leur compte à ces dégradations d'une splendeur qui vient de disparaître dans la iriagnificence de son centre, à ces demi-teintes qu'elle a laissées et qui ne manquent ni d^éclat, ni de profondeur, ni surtout de mélancolie.

Amédée Renée a voulu aborder ce genre dans l'histDire. Il avait déjà touché à l'histoire de plain-pied, à l'histoire politique, d'une main ferme et compétente. €e livre-ci va montrer qu'il a également la délicatesse de la main. Continuateur de Sismondi, Amédée Renée y avait ajouté en le oootinuanl. Aussi prudesit, aussi renseigné que l'écrivain dont il achevait l'œuvre inter-

UES WlèoC» DE MAZAlUIf i^

rompue par la mort, il avaitmontrédans son Loms XV f une largeur, un relief et une vie inconmis à !a plume de plomb de ce Genevois, l'économiste de Thistoire ! Aujourd'hui, il a concentré des facultés plus grandes que son sujet dans un travail d'application et de miniature qui demandait beaucoup de finesse, et il nous a donné cette collection de médaillons, délicieusement réassis, qu'il appelle Les Niècetée Mcamin (1). Sous «n air <le facilité et presque d'atondoo, so«s une simplicité de récit qui fait de l'auteur un Tailenant des Réaiix élevé, chez qcd la convenance est tempérée far le sourire, et qui veut être reçu dwz les kOMkètes gens et y plaire, le tivre de Eleoée est conçu avec beaucoup d art. Quoiqu'il n'ait pas ea le dessein de reproduire les traits de Mazarin dans ce qu'ils ont d^arrôté, de gravé, de connu, mais bien plutôt dans ce qu'ils ont de fuyant, de mystérieux encore ; q«oiqn'â ait dit, avec cette sobriété et ce tact qui sont le ^oût : a N'abusons pas de l'onde en parlant des « nièces, » Tauteordes Nièces de Mazarin n'a pas cependant pensé qu'à elles seules. En groupant toutes ces tètes de femmes autour du beau visage du cardinal J«les, en l'eRtourant de cette guirlande de ûenrs iiumaines, il nons a éclairé d'un reflet velouté qui nous les acàève les traits diarmants de ce ministre de la souplesse, de U ^ràœ insinuante et de la flatterie, qni

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