‹ Femmes et moralistesChapitre 17 sur 36 · i4ot · texte numérisé non relu

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régna surlaFrancepar une femme, et dont la politique fut la force dans la douceur.

On voit, en effets Mazarin, dans ce livre où il ne pose pas* On ïy voit plus ressemblant, plus vrai, plus nature que dans les livres où il est et où on le cherche. Seulement, par une particularité qui est peut-être un procédé de l'écrivain, les traits qui nous le font bien voir sont comme épars dans le livre et ne se rassemblent guères que dans la pensée du lecteur. Lui, Fauteur, ne veut peser sur rien. Jamais vous n'avez rencontré d'érudition si légère, si ailée, si insoucieuse d'ellemême, et qui passe plus vite sur les épis de blé sans les courber ; mais non sans les couper, car elle les coupe et les emporte I Le Mazarin qui est ici n*est pas celui de File des Faisans et du traité de Munster, le pacificateur delà France, quirecula devant ses ennemis jusqu'à la fuite derrière la frontière, mais qui revint, a dit un grand peintre dans un seul trait, « ramené par l'amour fidèle d'une femme et tenant Louis XIV par la main ». Ce n'est pas non plus uniquement le Mazarin des Mazarinades^ quoique Àmédée Renée nous l'y montre davantage, parce qu'il est toujours actuel d'opposer les peintures stupidement spirituelles de

Topinion etdes^)artis aux peintures] ustes et définitives de THistoire. Mais c'est Tun et Tautre de ces Mazarins, avec quelque chose de plus essentiellement luimême... avec ce quelque chose d'inexpliqué jusqu'ici» mais non d'inexplicable, qui fait que l'Histoire, malgré la gravité de son langage et les immenses services rendus par le cardinale la France, ne peut s'empêcher de l'appeler, d'une façon un peu méprisante : le Mazarin! Problème singulier dont le livre de Renée donne le mot plus que tout autre livre. Le cardinal de Mazarin est sans contredit le premier homme de son époque. Devant lui Condé, le grand Condé, tombe du prince jusqu'au mousquetaire. En politique, nul ne le vaut. Ce magot révolté de cardinal de Retz, qui lui tire éternellement la jarretière dans ses Mémoires^ parce qu'en s'allongeant de toute sa haine comme un serpent il ne lui vient jamais que là, le cardinal de Retz ne peut affecter ce visage, serein comme la Beauté Antique, des contorsions de son injure et des grimaces de son dédain. Par le calme, par la bonne humeur dans les difficultés et dans la lutte, par l'habileté infatigable et toujours lucide, par la patience qui boit l'outrage comme un vin pur et sourit tranquillement après, ne donnant pasàses ennemis le spectacle infime d'un dégoût ou d une colère, par son intelligence deTétatde la France, par la magnificence de son goût pour les arts, Mazarin — presque un Médicis I — est digne du geste de Richelieu, quand Richelieu

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k prit snr Téc^eioo où le soupie Italien était parvena •t le fît moBler sot sa maâti so^vepwfie. Mais pourqvtoi tout cela, qui Im constitue dans THiSloire usuq si haute fortuBe, ne lui constitue4-il pasuaegrandeBir? C'est que la grandeur ne ^ient in des facuttés, ni de leur emploi, ni de leur réussite, mais d'une imposante Mianière d'être, soit dans ia verta, soit dans le talent, soit même dans le tîoc; €t Mazarin manquai^ toujours de ce naturd et mystérieux ascendant. Il «est des hommes qui passent obscurs dans la vie, et qui seraient grands si l'occasion histortqwe leur Tenaii. il: en est d'autres q^i ne le seraient jamais, qaand même, comme Mazarin, iis auraient une étoile. Mazarin, ntalien Mazarin, résame en ini les qualités et les défauts de Tltaiie des derniers te^ps^ U en a le ebarme extérieur, la prudeace, ia^^fondeur cachée ; mais il en a aussi la fausseté, la corruption aimable, la politesse humble et terrible, le baise-maûi éierBeL Une femme disait en plaisantant: •« Ne saluez jamais ainsi, quand même vous salueriez Dieu le PèreJ » Mazarin n^eût pas été de son avis. N^était-ce pas lui qui avait inventé la maxime : « Lorsqu'on est le maître, on ne salue jamais trop bas. » Étudiez4e avecatteatioii I Il y a en lui tout à la fois de l'aventurier, du masqve et du ^gisbé. De l'aventurier : — on »e sait d'oè il était sorti. Amédée Renée montre une véritable sagadté de critique en discutant les différenteè versie«s qui ont couru snr sa naissance ; mais il résirite à peu

I»rè3 de la discussion à lâqueUe il se liTre que liiazarift n'a pas d'ancêtres. Et qu en avaiUil besoin? Il euékait un. Le mot sublime du général Augereau : «/e suis um OHcêire ! peut s'appliquer mieux à Mazairin qu'à pers<mite ; car il arait l'ardent souci de la descendance, cet amo«r delà famille qu'eut aussi Talleyrand, et qui, dans une sphère plus haute, serait le génie dynastique. Seulemefti, ee génie aux longues et prévoyantes pensées rendit Mazarin avare et avide ; et, dans le fond <le ces richesses de kalife qu'il lut sur le point d'entasser un jour à Yinceiuies, l'Histoire retrouve l'ancien pipeur au jeu, le parvenu, l'aventurier. Sans Richelieu, — qui parait tout k coup dans sa vie e(: dont la confiance donne du séirieux à ce singulier capitaine qui, devanrt Casai, vole la croix du l^at et fait faire la paix à force de coups de chapeau et en criant : La paix l la paix ! entre les deux armées, — Mazarin débuterait eonune Casanova. C'est un joueur^ un hooame de bfelaD et d'intrigue, qui touche presque à Tentremetteur quand^ plus tard, au pinacle, il mande ses nièces d'Italie pour se préparer des instruments de règne et se fourbir de jolies armes<- Si, plus tard encote, il s'opposa, dans des lettres magni&ques, écrites pour ^tpgr l'histoire, au mariage de Louis XIV et de sa nièce Marie, la raison qu'il ne nous a pas dite, et que Renée pénètre, n'est ni l'honneur du roi ni le bien de l'Ëtat^ mais la peur de voir Marie lui arracher le pouvoir en lui arrachant Louis XIV. — Renée a vu très clair

SOUS ce désintéressement et cette grandeur de carnaval. Mazarin est du pays des masques. Le sien n'est point de fer, mais de soie. C'est un masque d'Arlequin ou de Scaramouche : d'Arlequin qu'il fut sous son costume militaire, dans ses bas violets de monsignor romain, et jusque dans sapourpre de cardinal. Souple comme un des gants d'Anne d'Autriche, Mazarin était toujours prêt à sauter par-dessus la portière pour lui abaisser le marche-pied de son carrosse. — Enfin, Sigisbé. Ce fut là son empire ! Pendant de longues années il donna à la France, qui n*y comprenait rien, le spectacle d'un mariage à Vitalienne, Les uns disaient qu'il était l'amant, les autres le mari de la reine. Amédée Renée ne croit guères au mariage clandestin d'Anne d'Autriche, et le dément par des lettres fort curieuses qu'il cite. Damoiseau de quarante ans, efféminé, soignant ses mains, frisant ses moustaches, parfumé comme les jardins d'Armide, Mazarin est le cavalière servente dans son expression la plus triomphante, et c'est ce que l'Histoire, à côté des plus rares mérites et des actes les plus utiles, voit toujours avec Ife sourire que Renée a sur les lèvres. Richelieu disait, du haut de cette grandeur que ses vices et ses ridicules n'ont pu diminuer : a Je suis timide par nature. Je n'ose rien entreprendre sans y avoir beaucoup pensé. Mais, mon parti pris, je vais droit au but. Je renverse, je fauche, puis je couvre le tout de marche rouge. » Mais l'aventurier, le masque et le Sigisbé ,

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voilà ce que la robe rouge du cardinal Mazarin n'a jamais pu cacher ni même couvrir I

Les nièces qu'il fît élever avec beaucoup de soin, et parmi lesquelles se faufila un neveu, .— Philippe Mancini, duc de Nevers, — étaient au nombre de sept : Laure Mancini, duchesse de Mercœur ; Anne-Marie Marlinozzi, princesse de Gonti ; Laure Martinozzi, duchesse régente deModène ; Olympe Mancini, comtesse de Soissons ; Marie Mancini, connétable Colonna ; Hortense Mancini, duchesse de Mazarin ; Marie-Anne Mancini, duchesse de Bouillon ; et ce sont ces sept nièces dont Renée nous donne Thistoire. Toutes célèbres à des titres divers, cette cargaison de nièces, venues d'Italie par le coche, étaient et furent les crampons à Faide desquels l'officier de fortune, devenu cardinal et ministre d'Ëlat, entra dans le cœur des plus grandes familles de son temps. Renée nous les déballe et nous les peint d'un pinceau galant et charmant, mais sans enthousiasme, sans que la magie de ses déesses fasse une seule fois trembler son pinceau. Certes I on ne dira pas de lui ce qu'on a dit de Cousin, le Tithon des aurores passées du xvii® siècle, qu'il est

lû' tardif amoaraux des beautés dont il exhume les charmes.

Il n'a point de ces enjouements d'imagination. Il juge les femmes qu'il peint en homme que la* bonne compagnie ne trouble point, parce qu'il la connaît. Attiré, mais non enivré, esprit trop solide pour ne pas savoir résister à l'ivresse, Amédée Renée a la légèreté et l'aplomb qu'il faut pour badiner agréablement avec ces dentelles et passer outre, et, comme les femmes qu'il nous raconte touchaient h tout dans le monde de leur temps, il se rencontre qu'ep ^ymt Tair de ne s'occuper que de cette beptarchie de nièces, il nous raconte le temps lui-même, et nous le montre par des côtés moins solennels et moins pompeux que ceux-là sous lesquels nous sommes habitués à le regarder. Son livre pourrait s'appeler les coulisses du XVII® siècle. Louis XIV n'est encore le soleil {nec plu* rihus impar) que dans les ballets et dans le cœur des filles d'honneur de la reine sa mère. Le moment n'est pas venu oil il doit imposer, à la société dont il ser^ le maitre, le ton de convenance superbe et de déc^app majestueuse qui nous fait d'ici baisser les yeux. L'espèce de chronique qu'Amédée Renée novfs eptr'ouvre ne manque dope ni de vif, ni de risqué, ni même de scandaleux ; mais l'historien se possède 31 parfaitement qu'il est impossible d'indiquap ^¥ep plus de sûreté et moins d'insistance à 1^ fois les vIcqq |1^ cette société, dont la cQrrupUpii,J.rès réelle et tirèig foncée

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ne nous frappe plus parce que le verisil}pp eflffopté de la Régence et du règne de Louis XV Ta décolorée par le contraste. Plus on sait Thistoire, mieux on doit Tavouer : les fortes mœurs françaises finissent avec le Moyen Age. La Renaissance a tout empesté. Sans parler des équipées des nièces de Mazarin, qui gardèrent toujours un peu Tair aventurier de monsieur leur oncle, il y a telle anecdote dans cette piquante histoire qui donne une idée singulière du toi^ et du goût du grand siècle dans sa jeunesse. Og pourrait citer celle de Cateau-la-Borgnesse (page 178), et |a plaisanterie un peu forte de l'accouchement supposé de Marie-Anne Mancinî, à qui, jeune fille, le cardipal Mazaria voulut persuader qu'elje avait fait un enfant (page 372). Renée, qui cite couvent ipadame de Séviçné, se fie-t-il à l'enchantement de cette belle dUeu$e (comme il l'appelle) pour voiler gracieusement un fond de choses qui n'a rien d'élevé et de pur ? Les citations qu'il multiplie de cette gazette épistolaire cachent peut-être une finesse de plus. Le moraliste du xix® siècle met sa grq,vité à l'abri derrière l'éventail de cette compaère cljarmante, à qui l'opinion a pardonné d'être naïvement la plus immopale des créatures. Cwp l'immoralité la plus profonde n'est pas dans l'indécence, mais dans la superficialité.

Et, cependant) Renée n'avait besoin de se mettre derrière personne. Il a un langage à lui, pn tpiir k lui, une manière désali^usée et presque languissante ^e

dire les choses à travers laquelle oa sent Tironie : une des formes de ses condamnations. Au-dessus de Téventail de madame de Sévigné on voit un front viril, attentif, accoutumé aux sévérités de la grande histoire, et qui se détend un instant aux curiosités de la petite; mais Tair de ce front est ce qu*il doit être. Il a l'expression de la physionomie d'un homme qui désapprouve par une nuance et châtie dans un demimot. Le sens moral, inconnu à madame de Sévigné, vit en Amédée Renée et dans son livre ; mais plus perceptible que montré. L'auteur, pour ne pas vouloir être un pédant, de moralité comme d'autre chose, n'est jamais inconsistant. Le sens moral, on le retrouve jusque dans cette indulgence, ou cette pitié, qu'il sangle si bien au visage des gens, avec un mouvement très retenu et très doux. La marquise de Villars disait : c Son amant (à Marie Mancini, la connétable « Colonna,) ne l'aime point du tout, à ce qu'elle m'a c dit. Elle se trouve heureuse cependant qu'il soit c( comme cela. » Et Renée ajoute un mot qui donnera aux esprits qui sentent, dans le moindre détail de style, toute la manière d'un écrivain : « Elle aimait « donc pour aimer, — simplement : elle avait autant (( de désintéressement qu'elle avait d'imagination, la a pauvre femme ! » N'est-ce pas charmant, et presque touchant?... Tout a son compte ici, et la femme, et la nature humaine, et comme il est réglé vite, non pas sans tristesse, mais sans se fâcher I

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Encore une fois, c'est le sourire qui est le trait de ce livre, le sourire qui entre dans le sérieux, et qui en sort pour y rentrer 1 L'auteur des Nièces de Mazarin est un Aristophane historique discret, qui s'arrête à temps, et qui vous enlève une figure sans la faire grimacer jamais. Voyez, par exemple, ce caractère, comme aurait dit La Bruyère, que Renée n'imite pas ! et dites si la touche n'est pas de ce comique exquis qui n'éclate pas, mais qui rit pourtant, avec toute la bonne sensation du rire. Il s'agit du duc de la Meilleraie, qui épousa Hortense Mancini, la plus belle des Mancines, et qui reste connu, dans la splendeur d'un ridicule égale à sa fortune, sous le nom de duc de Mazarin. Il fut l'héritier des grands biens et des charges de son père : « Pour tout cela, cet heureux « homme n'eut que la peine d'épouser la plus belle « femme de France. » Il l'épousa en 1661. Mais ses gouvernements, et surtout celui de sa femme, affaiblirent bientôt un esprit qui rCéiait pas de la plus forte trempe, comme vous allez en juger 1

« Les visites fréquentes du roi à sa femme — dit « Renée — le jetèrent dans une inquiétude extrême, « et il n'imagina pas d'autre moyen d'échapper aux « dangers qu'il entrevoyait que de tenir la belle Hor- « tense dans un état de locomotion perpétuelle. Us ne « posèrent plus nulle part ; en dépit de ses grossesses « fréquentes, il la traînait de gouvernement en gou- « vernement, de ville en ville, de Bretagne en Alsace,

«t sans se faire annoncer mille part, exposant sa a Compagne de roiite à mille fâcheuses aventures, « cortimè d*accoucher eh f)leine hôtellerie ou dans « quelciue incommode manoir. L'imagé du roi, et peut- « être de beaucoup d'autres, le poursuivait, et rie lais-^ « sait reposer nulle patt ce Juif errant de la jalousie, a D'autres préoccupations vinrent encore s'emparer de « lui : il se jeta datis la dévotion la plus outrée ; il se fit « des scrupules inouïs. Nous avons Vii que les jansê* « nistesdelatrondes'étaientscandalisésqu'un cardinal « eût dans sa tiiaiàon des statues et des portraits légè- « l'emeiit vêtus ; le duc de Mazai^ln s'en fit aussi un a cas de conscience, toutes ces nudités le révoltèrent : « et (Jue fit-il ? Il ne se borna pas, comme Tartuffe, à y <t jeter son mouchoir : un marteau à lat maiu, ilpàr- <( courdt, un beau jour, sa galerie, en brisant de ces « beaut marbres ce qui choquait lé plus ses regards. « Les pëitltureô des TitieU et des Cot'rége, quand elles « s'écartaient des règles éipresseà de lai décence, subiu rent des réformes tout aussi radicales : elles furent « religieusement barbouillées. Sur lé bruit de ses faits « et gestes, le roi envoya Golbert, qui trouva M. de Ma- « zarin poursuivant ses exécutions. L'ancien inten- « dant, qui savait par livres et deniers ce qu'avaient « coûté tous ces chefs-d'oéuvre, fit ce qu'il put pour ft Sauver le resté ; mais le roi, habitué à ràffeclîon et « aux égàMs pour le gfand-maitrè (il était grahd- « malttre de Tartillerie, ce destructeur). Se côUtéhta

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<c de déployer ses aberrations. Visitant l6 Loutre pllua sieurs atinées après, il disait à Perraullj en aperce- « vant un marteau : « Voici uue arme dont M; de Ma- « «arin se sert fort bien 1 «>

il Malheureusemeht pour sa femme et pour ses héft ritiers, ce réformateur de la statuaire et de lapeinii ture ne devint pas positivement foU. Au milieu de « toutes les singularités que Ton râcotlte, il ddnserva o les apparetices de la gravité, les manières d'un grand « seigneur, la conversation d'tiU honnête homme. Ses « travers avaient d'ailleurs leurs partisans... C'était « l'Alcestë des5 bouties mteurs et de Id décence} mais « les dévots qui Tentouraient firent de lui uû OrgOn; a ilë le pdussèreut ftde scabreuses démarches. Comme « les amours du roi le chagrinaient presque autant que c les nudités de ses tableaux, il profita de ses grandes a entrées pour lui faire des représentations; il lui dé- « Clara un jour que Tange Gabriel Tavait averti qu'il « lui arriverait malheur s'il ne rompait vite atectoa- « demoiselle de la Vallièrë. Le roi se moqua de lui. Ses « étranges imaginations seraient longues à raconter. « Cet homme, qui aVait tant de provinces à gou- « verner et tant de biens à réglî*, ii'avait pas sans (( doute assez à faire, car il était heureux qu'on lui « fit deB procès; il eU eut jusqu'à trois cents, dit « l'abbé de Choisy, et qu'il a presque tous perdus... a Je suis bien aise, disait-il, qu'oh me fasse des pro- « ces sur tous les biens que j'ai eUs de M; le cardinal.

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a Je les crois tous mal acquis ; et, du moins, quand « j'ai un arrêt en ma faveur, c'est un titre, et ma « conscience est en repos (toujours Alceste). »

« Il faisait, dit Saint-Simon, des loteries de son « domestique, en sorte que le cuisinier devint son « intendant, et le frotteur son secrétaire. Le sort « marquait, selon lui, la volonté de Dieu. Le feu prit « au château de Mazarin, chacun accourut pour Té- « teindre. « Lui, à chasser ces coquins qui attentaient « au bon plaisir de Dieu. » Grâce à cette manière « d^administrer^ il se débarrassa en partie de cette « immense fortune dont sa conscience était acca< « blée. »

Une telle page, que nous n'avons pas voulu mutiler et qui n'est pas la seule (il y en a plus de sept dans ces sept nièces de Mazarin !), une telle page est un modèle de tenue dans la gafté railleuse, et de caricature bistorique. Il y a là tout ensemble l'amusement et la dignité. A côté de ces éclaircies^ où le rayon se joue sous la plume dans la goutte de lumière qu'elle vient de verser, vous avez aussi des pages graves et fortes dans lesquelles l'historien remonte au niveau de son propre esprit et de son talent éprouvé. Une surtout nous a beaucoup frappé, et nous la citerons parce qu'elle grandit, dans un aperçu juste, celle des Mancines à qui l'histoire attache l'intérêt romanesque du premier amour de Louis XIV. Amédée Renée nous retrace admirablement le jeune roi, ivre de carrousels.

et quand le carrousel cessait, presque aussi ennuyé que son père, et Marie de Mancini s'emparant par Tamour de son esprit et de son âme, apprenant Titalien à son Sargine couronné, lui faisant lire ses poètes, même contre son oncle, le poussant enfin à être roi I « Marie Mancini — nous dit-il avec une mélancolie « reconnaissante — avait d*heureuses facultés : elle « était généreuse, courageuse, spirituelle et fière. Elle « ressemblait un peu à cette reine Christine, avec « qui elle vivait intimement à Rome : elle aussi su- « bordonna tout à ses désirs et à ses passions ; elle « franchit hardiment la dernière barrière qu'une soft ciété facile lui opposait encore. Elle fit mentir « toutes les prédictions de l'astrologie, car elle ne « bouleversa point le monde; la pauvre femme, « hélas I ne dévasta que sa propre vie. Mais son in- « fluence fut salutaire; et sait-on bien tout ce qu'on lui « doit? Il se peut qu'elle ait sauvé Louis XIV d'une vie « semblable à celle de Louis XV. Chez cet homme « si sensuel, en qui la chair pouvait tout engloutir^ « ce fut elle qui, la première, éveilla le sentiment et « la pensée. Elle lui fit comprendre, par l'attrait de « l'amour, les beaux-arts, les œuvres de l'esprit, la « politique. Elle tourna son orgueil aux grandes « choses; elle vint à temps, et son action fut décisive. « Dans sa chute profonde, elle contemplait peut-être « avec orgueil le règne de Louis XIV. Elle n'a eu « qu'une page, il est vrai ; mais cette page couvre

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« tdutô sa vie, et Thistoire ii'oubIlëi*à p&é cê^ mois tt charmants : « Vous m'aimez, tous êtes roi, el je a parsl »

VoilâL certaiiiëmetit de Téloqueùce, et Siirbut de la profondeur. Nous aussi, iious croyons à ririfltlëilte bienfaisante de Marie Maticiui sur Louis XIV, cet heureux Sardanapale que les femmes auraletit amolli, si, au début de sa vie, il n'avait pas trouvé cette Marie qui a inspiré à Amédée Renée un si beau passage, et, au déclin, cette madame de Maintenon, (Jui n'est pas la plus idéale, la plus héroïque, mais qui est itidtibitablement la plus respectable des femmes de THiStoire ! Madame de Maintenon vint comme les années, eôtlime la raison, après la poésie ; comme Tamour chaste après Tamour orageux I Son action, à elle, fut autrement puissante que celle de cette Italietine qui passa dans la vie de Louis après Famour trôUblë; Elle y resta et la purifia pour toujours. Mais la gloire de Marie Màncinii (pudique inférieure, et de beaucoup, à délie de madame de Maintenon, n'en sei*a pas moins d'avoir préparé le grahd homme que madame de Maintenon acheva, et d'avoir fait ainsi, dans des pt*oportions différentes, le roi Louis XIV à elles deux !

Nous voudrions nous résumer sur ce livre d'un historien qui ^'est amusé à l'écrire, et qui tronvô encore

LÈS Nièces de makarIN 1B5

le moyen de Hoils iûâtrtiîre en d'amtisant* Lei Nièceê de Mazatin ûë sont guèi'eslà qn'ull titre et uù prétexte, quoiqtte le titte soit justifié et que le prétexte puisse passer foi't bien pour uii motif. Nous l'avons dit déjà, noiis avons dans ce livre beaucoup plus qu'un Mazarin en famille ; nous avons toute une société retrouvée et saisie en pantoufles et en négligé; L'auteur^ qui est un esprit très littéraire, arenconti-é de la littérature dans son remue-ménage historique. Son Philippe de Nevers est un petit chef-d'œuvre de critique, de discerne^ ment et de choix dans la citntiou, d'appréciation sua* vement dégustée. Saint-Évremond, cet homme supérieur dont personne ne parle, ce pauvre assassiné par Voltaire et par Montesquieu, qui l'ont outrageusement volé, est jugé avec une fermeté de raison et une justice qu'il faut honorer ; car les injustices littéraires ne valent pas mieux que les autres, et le courage en littérature est aussi une vertu. Beaucoup de duperies historiques y tombent devant le renseignement inattendu.

Notre adorable La Fontaine, qui passe si malhonnêtement pour une bête de génie, s'y transforme en homme dont les femmes ne riaient pas, ce qui cause un plaisir immense! Il était la séduction même, et comme Swift, mais bien plus aimable, il inspira des passions après cinquante ans. Il y a une biographie du marquis de Vardes qui fait rentrer sous terre les Amério Vespuce 4e sa gloire, les I^auzun, les Hichelieu,

et toute cette race de fats heureux, le caprice des femmes et leurs tyrans. Ce Yardes, qui sauta dans l'éternité séduisant et sexagénaire, est un Ninon mâle en justaucorps... Le livre de Renée, qui renferme donc ce qu'on y cherche, contient aussi ce qu'on s'attend le moins à y rencontrer. Tous ceux qui voudront ajouter à leurs notions sur le grand siècle devront consulter cet ouvrage, où l'érudition brille et fourmille sous les * douces lueurs d'un esprit qui a les grâces que donne la vie, et qui est, comme toutes les supériorités expérimentées, tout à la fois désabusé et charmant.

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