LETTRES D*UNE MÈRE A SON FILS
rempiriàme dé ses observatiotlô personnelles pouf* faite une sagesse à son fils. C'est une ehrétietlne comme on ne peut fee dispenser de Têtre quand on est femme et à une certaine hauteur desociété, mais c'est Uùe chrétienne au type effacé, et nous savons bien pourquoi : elle ressemble à la tête d'où elle est sottie ; elle fait partie de cette triste majorité de chrétiens intolontaires que nous sommes tous, malgré nos systèmes, nos passions, nos sottises et nos vices. Si elle était plus franchement chrétienne, si Corne û'avfilit pas oublié cette glorieuse épithète dans sou tittë, et qu'il eût intitulé son ouvrage: Lettres d'une mère chrétienne à son fils^ toute récohomie en aurait été bouleversée. Le livre aurait été transfiguré. U ne porterait pas pour épigraphe ces mots irréfléchis, tracés par madame d'Alontille elle-même : « Destiné à vivre parmi les hommes, médite ces mots et ptendslefe pour devise : connaître, tolérer, aimer, servit*. » Cai* ladéstiùée de Thotome est d'habiter un jour le ciel conquis par ses œuvres, et non pas de passer chétivemetit parmi ses semblables trente-trois ans et detni, en riioyenne actuelle. Et tolérer^ cette chose lâche, n'a rien à faire avec ces choses courageuses : connâitfe, aimet, servir. Toléter quoi, d'ailleurs? Est-ce lé sophisiiie î l'hétérodoxie? le mensonge?... On le volt, dès le premier mot du livre, ce qui lui rtianqUe, c'est le tobùste et le net d'une doctrine, d'une doctHne qili empêcherait un esprit atisôi dis«
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tingué que Corne de glisser dans les logomachies bètes de ce temps ; c'est Tefficacité d'un enseignement précis ; ce sont les principes supérieurs qui engen-^ drent forcément une pratique de vie et maîtrisent rhomme. Corne se moque, dans un des endroits de son livre, de cette morale comme nous l'ont faite, ou plutôt défaite, les philosophes ; de cette morale qui ne s'appuie pas sur un dogme, et il sourit de cette inanité. Mais s'appliquera-t-il sa propre moquerie? s infligera-t-il son propre sourire ? et son livre sur l'éducation n'est-il pas aussi, à sa manière, de la morale qui ne s'appuie pas sur un dogme, — par conséquent sans autorité?
Ne nous y trompons point I Là est le secret de la faiblesse du livre d'Hyacinthe Corne. Et, qu'il nous permette de le lui dire, d'autant plus que sa valeur n'est pas toute certainement dans ce livre ! cette faiblesse est radicale et incurable. Elle tient à cette absence d'une doctrine et d'une foi bien déterminées nécessaires à l'éducateur. Quoique Corne mette, avec Finsolence moderne, pour laquelle il n'est pas fait, le nom de Platon avant le nom de Jésus-Christ, quand il en parle, cependant rien ne nous fait croire qu'il soit l'ennemi raisonné du Christianisme. Au contraire. Mais, s*il n'est pas l'ennemi philosophique du Christianisme, et s'il n'a pas, comme Kant et Rousseau, de système préconçu sur l'homme, pourquoi ne fait-il pas davantage apparaître dans son livre l'idée chrétienne avec sa
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splendeur? Elle lui aurait donné, à elle seule, tout ce qu'il n'a pas. Indépendamment du point de vue d'ensemble,- elle lui aurait donné, dans l'application de l'éducation à la vie, un embrassement d'horizon qu'il n'a pas plus que la supériorité de la doctrine. L'idée chrétienne, fortement et savamment entendue, quel grand parti n'en aurait-il pas tiré I Quelles fautes n'eûtil pas évitées I Elle aurait empêché la mère d'Adrien, madame d'Alonville, de vouloir faire l'éducation morale de son fils sur le seuil du monde, à la veille des passions qui vont tout à l'heure éclater. Elle lui aurait appris que le nécessaire intellectuel et moral de l'homme doit être prêt et complet avant cet âge décisif et funeste, et que la conscience ne s'improvisait pas en quelques leçons, au bout de l'enseignement du collège, comme l'art de danser ou de tenir la bride de son cheval I De cette façon, ce livre n'aurait pas couru le risque d'être un après-coup perpétuel et de nous montrer la morale après l'événement, le principe après la circonstance, la loi le lendemain de l'épreuve, et l'exercice sur le champ de bataille. Toutes les questions de l'éducation ne se seraient pas bornées, comme dans ces lettres, au maigre inventaire qu'on y trouve. Quand madame d'Alonville, qui a de l'esprit et qui aime à faufiler de la tapisserie de caractères, nous a parlé de la bienveillance, de Tégoïsme, de Torgueil, de la vanité, du devoir d'être de son tempSy de la grâce d'être jeune, de l'avantage d'être timide (quand on a
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vipgt ans), de la susceipti^ilité, du )pisir oontpaira ^ Tordre de I4 nature, de l'esprit de conversatioii, dp la réprobation de l'épigramme, des horreyrs du jpp, de 1^ ^Ourse (ei:^fin I), et de la nécessité de résister à ^q^première inclination^ vqus ave* fait tout Je tour 4P cettp monumentale collection d'idées sur laquelle repQse Téducation comme Tentepd lîyacijiHie Corne, Après cela, il n'y ^, plus rien. Tous les problèmes spcppdaires qui rentrent dans Ip problème intégral dP Téducs^Uon sopt résolus ; toutes les difficultés aplanie^.., qu plutôt oubliées. La Critique, si elle était séYèr^, pourrait donner une véritable oomencl^ture des oublis singu^ li^rs 4^ Corne. La père de son livre, eq e^et, cette mère qui n'est pas upe philosophe, mais upe cbrôtienuci àla manière des gens du monde, i^p parle -?=• le croira-t-on? — daps l'éducatiop morale, c'estr^-dire dans réducation de la vplqnté de son fils, pi de la reli^ giop dans laquelle il a été élevé prol^al^l^mept, q| d^ 1^ pri^e, ni des préjugés (ceux qu'il faut rejeter et ceux qu'il faut admettre), ni du poipt d'honpeur, pi du respect bum^îu, ni de la cl^arité, ni de la fppctioa SQpiale, pi de la famille» Pi des rapport avec teQ subalternes, ni du théâtre, pi des moralistes, pî de la crédulité aux livres^ — la grandp superstition des peuples qui ne croient plps aux homme» I — ni du choix des relations, ni deg dett^, pi des partis poUti-^ ques, et, puisque la religiop ^'est p^s une seule foig invoquép, ï\\ du confesseur {e^H' donp besoin de 1<|
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dire ?), ni de^ devoirs périodiques fortifiants, pi^riflcateurs et efflc^ces, qui arment le phrétie^ ppptre }es danger^, }es tentations et les apgoisses de la vie. Comme il e^t aisé de ^'en convaincre après ce simple aperçu, ^excellente et ii^térpssante mad^pie d'Alqnville est un peu inférieure, il faut Tavouer, à la catholique i^ia^ame de ijaintenon, cette grande femme qui éleva des filles et qui aurait pi; élever des bombes, et ii^ême à la prol-estante madapie Nepker de Saussure, qi|ii, du moins, toute protestante qu'elle fût, entendait la înprolité humaine avec uiie certaine profondeur | Corne a tout dit quand il nous a parlé de la vie sociale sans nous moi^trer en quoi elle consiste, et du (ponde, c^|.te notion aplatie eqitre les deux tempes 4'une tète de femme ; car le mopde, c'est six ipille an§ de traditjQu, d'influences et d'Histoire que pous pqrtousi tou^ plus ou moins sur nptre pensée^ -r- c'est çen\. ciuqupinte générations d'un milliard chaque, et nop pas le ^ix** siècle tout court, et à faf is 1
Ainsi, «n retirant FéducateviFi trop insignîfiftût pour qu'on le discute et pour qu'on s'en occupe plus longtemps, nominU ifwîf^r^^ il reste ep pqrne Ip ippraljsife^
comme nous Tavons dit, et encore devra-t-il être trouvé léger I C'est un moraliste de petit salon, qui épingle des observations assez fines, sur le métier à dentelles d*une femme... La femme,avec sa simplicité, sa raison dans les petites choses, son expression fluide et gracieuse, a été assez bien jouée par lui.
Mais, au lieu d'être madame d'Alonville et d'avgir le sens des petites choses, elle aurait pu être une madame de Créqui, par exemple, et avoir le sens des plus grandes, s'il Tavait voulu et s*était moins perdu dans les vagues aspirations de son temps. C'était effectivement une femme comme madame de Créqui (la Créqui des lettres publiées par Sainte-Beuve] qu'il fallait pour mère à Adrien. Au lieu de cela nous avons une bourgeoise, une Clarisse Harlowe veuve et sans les mdheurs de Clarisse, une prêcheuse froide de moralité sensible et de convenance; au lieu de la forte mère de TËvangile, presque un bas-bleu de maternité! Du reste, en acceptant ce type de femme, nous disons que Corne a su l'animer, et parfois jusqu'à l'illusion. Nous avons cru, à certaines places des lettres, qu'elles avaient été écrites par une autre main qu'une main d'homme, et même que toute la collection de ces lettres n'avait pas été publiée. Ce n'est qu'à la réflexion que nous avons vu la peau de femme qu'il avait revêtue laisser passer le bout de la grande oreille de l'écrivain.
Mais ce bout d'oreille — empressons-nous de le
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direl — n'est pas celui qu'on voyait sous la peau du lion. Hyacinthe Corne a du talent littéraire. Il a une forme claire et pure, un style exercé, doux et ferme. Il est tout prêt pour les idées, quand les idées auront la bonté de venir à lui. C'est un esprit qui a l'honorable désir de se montrer sérieux, lorsque tant d'autres, assez lourds pour l'être, sont affolés de se montrer frivoles. Son livre, mollement pejisé, mais agréablement écrit, nous donne l'espoir qu'il fera mieux un jour. C'est un chapeau qui garde une place, mais il y aura une tête au chapeau ! Comme écrivain^ Corne a de l'élégance, et il est même rare qu'on en ait tant avec des idées communes. Il semble que noblesse implique un commencement d'originalité. Il a celle-ci qu'il est tout à la fois élégant et vulgaire : élégant par la forme des choses, vulgaire par le fond. Il a la badauderie des opinions courantes, qu'il ferait bien mieux de laisser courir. Il se prend à la glu des mots vagues. Il admire beaucoup le vers sublime (ce détail le peint assez bien) :
L'homme est un dieu tombé qui se souvient des deux !
et il donne même quelque part comme un aphorisme philosophique cette métaphore blasphématoire et souverainement absurde ; car que peut être un dieu tombé? L'infini tombe-t-il de l'infini? Se souvient-on de ce qu'on possède par nature? Le souvenir ne suppose-
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t-ll pas une écljpse?,.. L'hprpwe î^'est jju'up hon^p^e. Il Rp faut pas eafler ^es pipeaux. Majs il ne faut pi^s surtout, quand on est un esprit fait, de cpnst|tution norpaale, pour le vrai, copipQe Çorpe, pî^epfire cesf pipe^U^ enflés des troubadours contemporains pour la voix de la vérité.
MAtllÈ-ANTOtNÉTtE<*'
Lorsque les journaux annoncèrent qu'Edmond et Jules de Goncoilrt allaient publier une histoire de Marie-Antoinette (2), nous crûmes — pourquoi ne le dirions-nous pas avec franchise? — que ce serait là encore un livre de TÉcole trumeau; car MM. de Concourt sont de cette École. Ils y ont pris position il y a quelques années. Cantonnés dans le xviii® siècle, ils s'en sont fait presque un majorât d'études, et, jusqu'ici du moins, ils avaient exclusivement travaillé dans le camaïeu et le vieux-sèvres. De Portraits intimes en portraits intimes de cette époque dont ils ont le goût,
1. Jules et Edmond de Goncourt. Marie -Antoinette {Réveil, 4 juin 1857).