‹ Femmes et moralistesChapitre 27 sur 36 · Les Français de la décadence (Nain jaune, mars · texte numérisé non relu

Les Français de la décadence (Nain jaune, mars

faire les bulles de savon du jour le jour, si recherchées des amateurs, quoique chez Rochefort, par exception, les bulles de savon soient moins bulles que balles, — et balles visées juste et mises très bien en pleine tête (s'ils en ont) des petits ridicules contemporains. Les bulles de ce singulier faiseur n'ont rien d'aérien, d'onduleux, de coloré, d'arc-en-cielesqfwe et de fragile. Gomme les balles, elles sont dures, rapides, cassant tout très net sur leur passage, et le chalumeau d'où elles sortent ressemble beaucoup au tube de fer d'un pistolet... Henri Rochefort a, dans l'esprit, les qualités de son nom, qui exprime deux fois la force. Mais il n'est pas de force qui ne puisse s'énerver, et Dalila, de sa main flatteuse, rasa Samson, comme l'eût fait le plus malin et le plus habile Figaro. C'est cette force que je voudrais sauver... 11 y a du Chamfort dans Rochefort. Rochefort est un Chamfort jeune, qui n'a pas encore Tâge d'être un misanthrope amer, empoisonné, brisé et bronzé^ et blessé, et jetant son sang à poignées à la tête d'une société haïe; mais qui le deviendra, pour peu qu'il vive. Lisez son livre, et voyez si déjà, dans ce jeune homme d'hier, il n'y a pas assez de pénétration, assez de profondeur prématurée, assez de mépris admirablement exprimé, pour arriver très vite à cet état de l'âme dont les hommes ont fait une fatalité, — la misanthropie. Et tant mieux, du reste, puisque son talent y gagnera I Oh I le talent ! Je ne sais qu'une définition du talent qui

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me satisfasse : Cest un tas de coups reçus dans le cœurl

Excepté ce livre : Les Français de la décadence (1), j*ignore à peu près tout de Rochefort, et ce livre est fait avec les chroniques du Figaro^ qui, du matin au soir, l'ont classé. Avant cela, il avait essayé, je crois, du Charivari et du théâtre. Il avait ainsi tâté l'eau de la publicité. 11 avait essayé du rire, du rire à large fente, et il s'en est fait un comme à la scène on se fait une tête; car naturellement, si j'en crois le livre que j'ai sous les yeux, il n'est pas un esprit gai ; il n'a pas la promptitude, et la sveltesse, et le pétillement et ]a couleur rose qui font ce qu'on appelle la gaité, du moins comme on l'entend en France, le seul pays où on la comprenne. Rochefort a d'autres dons que je lui reconnais. Il n'a pas celui-là. Il peut être comique : il l'est parfois ; mais gai> jamais, — car je demande en grâce à ceux qui me lisent de ne pas confondre le comique avec la gaîté. Le comique, c'est la gaîté réfléchie. 11 y a un comique la mine grave, les sourcils froncés, et peut-être est-ce le meilleur de tous.

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