‹ Femmes et moralistesChapitre 30 sur 36 · HENRI ROCHEFORT · texte numérisé non relu

HENRI ROCHEFORT

comique rabelaisiens, appliqués au xix* siècle. Au Tintamarre, ce sont les Bacchanales de Fesprit français, dans sa verve la plus échevelée. Il y a là quelque chose d'enivré, de chaud et d'aimablement fou dans la forme, qui n'est pas en Rochefort, au talent, pour moi, trop frappé de glace. Le vin de Champagne est meilleur quand il est glacé, mais il ne faut pas que les glaçons tombent du goulot de la bouteille. Il aurait perdu son parfum...

Telle est la plaisanterie de Rochefort... On conviendra que si elle manque de chaleur et trop souvent de variété, elle ne manque point de puissance. Qui sait? elle en a peut-être d'autant plus qu'elle tranche davantage sur notre plaisanterie française, et qu'en France on aime l'accent, le ton, l'air étranger... Acéré d'ailleurs, et acéré avant tout, aiguisé sur les quatre côtés de sa lame, dès les premiers mots qu'écrivit le talent vibrant de Rochefort; quand il débuta dans la Chronique, on reconnut le petit sifflement de l'acier ou de la cravache dans la main qui les prend et qui sait s'en servir. On sentit que ce chroniqueur qui débarquait dans le commérage n'était pas une commère, mais un compère, qui pourrait bien faire de la Chro-

nique une polémique, et pratiquer une bonne trouée dans les choses du temps. Aussi Rochefort, ignoré de la veille, n'attendit pas son succès en piétinant, comme tant d'autres, avec des pieds ardents, et il Teut tout de suite, comme s'il ne le méritait pas ! La trouée qu'on espérait dans les choses du temps, il la fit bravement, et nous espérons encore qu^il l'agrandira. Je sais bien que l'Histoire des Français de la décadence est un titre plus grand que le livre qui ose le porter, mais, en somme, il y a dans ce livre un aigu de regard et un nerveux de poignet que rien n'a faussé ni fait faiblir. Il y a, sous la pantomime, fort bien exécutée, de ces coups de cravache impitoyablement et froidement appliqués à toutes les vanités et les avidités ambiantes, par ce jeune chroniqueur qui ne se contente pas de raconter, mais qui châtie ; un faire de moraliste en germe, de moraliste pour plus tard... Car le moraliste n'existe pas seulement en vertu de l'indignation d'un noble esprit ou d'un cœur haut. Il faut autre chose que cela dans un pauvre temps comme le nôtre, qui n'a plus ni la religion des principes ni les principes de la religion. Henri Rochefort, si supérieur par les instincts qu'il puisse être aux autres jeunes gens de sa génération, n'a pas encore, je le crains bien^ sa valise de moraliste complètement faite pour les expé-^ ditions morales. Son outillage est imparfait...

Y ajoutera-t-il? L'Histoire des /français de la décadence deviendra-t-elle l'égale de son titre?... Le Talle-

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mant des Réaux de la Chronique, qui a su ajouter le fouet à sa lorgnette, deviendra-t-il le moraliste que je voudrais? La Chronique le permettra-t-elle ? La Chronique, cette Armide du Journalisme pour les jeunes esprits qu'elle amollit, retiendra-t-elle et dépenserat-elle à son service stérile de poste aux lettres cette force viveque je vois en Rochefort? Pulvérisera-t-elle cet esprit? Le réduira-t-elle en atomes, dispersés en cancans, autour d'elle, chaque matin? Armide I Qu'estce donc que j'écris là I Je suis bien bon de l'appeler Armide, cette méchante fée de la Chronique, qui prend les plus belles facultés et qui les broie dans son petit moulin à phrases et à paroles, lequel tourne, tourne sans jamais s'arrêter I Ah ! la Chronique I l'esprit de Voltaire lui-même, l'homme pourtant le mieux organisé pour elle, avec son activité aux cent plumes, ne pourrait pas y résister.

Alexandre Dumas fils vient de faire un nouveau roman pour se reposer de ses drames, ou peut-être pour y ajouter. Dans ce temps si pauvre d'invention et... d'autre chose, on fait volontiers avec ses œuvres ce que le Gascon fait avec sa cravate, quand il n'en a pas de rechange, ce qui s'appelle même, je crois, la lessive du Gascon : il la retourne. On retourne ses œuvres. On retourne en drame ce qu'on avait d'abord tourné en roman. Épargne d'un sujet pour les têtes stériles, et, grâce à la publicité sans pareille du théâtre, pour le malheureux roman, qui pourrissait silencieusement

i, L'Affaire Clemenceau (Nain faune ^ 4 juillet 1866).

dans le cimetière d'une boutique d'éditeur, écus et brouhaha... Tout profit I

Tel fut le commencement, du reste, de la fortune littéraire de Dumas fils, maintenant parachevée. Alexandre Dumas fils, si on se le rappelle, n'est enfin sortie après combien d'efforts et d'années? de dessous le nom de son père, que par sa fameuse Dame aux camélias^ qui, roman, ne l'avait pas tiré de dessous ce nom écrasant, mais qui, drame, un soir, l'en tira. Le Racine fih du romantisme, plus heureux que l'autre, qui n'osa pas toucher aux tragédies, est arrivé au bruit par le drame, comme son père... Cela parut na* turel et presque juste... En fait de théâtre, Alexandre Dumas fils est tellement né là dedans, il est tellement [l'enfant de cette balle, et le théâtre de ces derniers temps doit tant à son père, que ce théâtre semblait comme tenu de le faire réussir... 11 n'y a pas manqué.

Car Alexandre Dumas fils n'est, en somme (j'ai presque l'air d'écrire une naïveté), que le fils de son père. C'est Dumas pèrej^ mais rapetissé, froidi, durci, réfléchi, contracté, ressemblant et différent, semblable et contraire. C'est un Dumas... Non pas celui que d'aucuns appellent en riant le Grand Dumas, et qui auraient eu peut-être raison de le dire sans rire s'il n'avait pas pris toutes ses facultés, les unes après les autres, et s'il ne les avait pas toutes jetées par les fenêtres comme |es riches y jettent quelquefois leu^

argent. C'est uû Dumas, qui n'est pas plus le Petit que l'autre n'est le Grand ; qui, lui, ne jette rien par les fenêtres, et qui ramasserait même ce que son père y jette, si les facultés se ramassaient comme des écus. Dumas fils est à monsieur son père ce que la recette est à la dépense, ce que Sully, par exemple, est au duc de Choiseul. Ce qui est drôle, renversant et renversé, c'est que Choiseul ait engendré Sully ! Dumas tous deux par l'absence de principes, de moralité littéraire, de philosophie supérieure, l'un, le père, fut rjnspiration, — non pas la divine, non I mais l'animale, la sensuelle, la physiologique, celle qui vient, comme la toison de nos poitrines, plus du tempérament que de la pensée, mais, après tout, l'Inspiration spontanée et fougueuse, qui a fini, hélas! par s'éteindre et se noyer dans la mer d'un verbiage immense, admiré des sots, qui s'imaginent que le génie est une prodigieuse facilité ! L'autre, le fils, est la Réflexion volontaire, le parti pris, la combinaison cherchée et recherchée et pas toujours trouvée, comme aujourd'hui; l'esprit enfin qui ne s'éteindra jamais dans rien, car pour s'éteindre il faut flamber, et on ne se noie pas dans la sécheresse. Je pourrais, si je le voulais, suivre longtemps cette comparaison et ces contrastes entre le père et le fils, le plus sage ouvrage de son père, qui peuvent dire tous deux plaisamment, l'un : « Je vous présente un fils qui est plus vieux que moi, » et l'autre : « J'ai l'honneur devons présenter un père bien jeune,

et dont la jeunesse inconséquente donne beaucoup de souci et d'inquiétude à la vieillesse de son flls! »

Mais, aujourd'hui, moi aussi, j'ai ma présentation à faire. Il faut que je vous présente V Affaire Clemenceau (1).

Déjà les journaux en ont parlé comme d'une œuvre puissante, comme d'un livre qui veut être, maugrebleu I quelque chose, et quelque chose de fièrement tortillé et retortillé encore I A coup sûr, si la Critique indépendante n'intervenait pas au plusvite, Alexandre Dumas fils a un si grand crédit sur la place qu'on le croirait. On croirait à quelque fort ouvrage de ce robuste travailleur à froid... On se tromperait pourtant. Voyez plutôt! Voici la donnée de ce livre qu'on nous donne pour fort. Un artiste amoureux épouse une jeune fille, et de cette race de filles qu'on souligne. Il est bientôt... tout ce que vous savez, sur toutes les coutures. Georges Dandin sterling qui, à force d'élre dandinisé, a trois minutes d'Othello, tue sa femme, puis se constitue prisonnier, ni plus ni moins que tous les portiers et chapeliers du monde dans le même cas qui croient ainsi sauver leurs tètes, et, en atten-

1, Michel Lévy^

dant qu'on le juge, écrit son autobiographie pour servir de notes à son défenseur. C'est là tout. Rien de plus. Y a-t-il, au fond, idée plus commune et plus retour de Pontoise que cela?...

Il est vrai que tous les jours une idée est commune et que le talent s'en empare et sait revêtir cette idée de détails, grandioses ou charmants, qui la font disparaître comme disparait le bois de la bobine sous le fil d'or qu'on peut enrouler à Tentour. Il est vrai aussi — et c'est là son excuse — que par cela même que Dumas fils est plus spécialement auteur dramatique, il est forcément voué à Tidée commune, la seule qui réussit pleinement au théâtre, et que, de toutes les idées communes, la plus sympathique à ce public de Sganarelles passés, présents ou futurs, qui remplissent nos salles de spectacle, c'est l'idée du mari... trompé, ce double type, comique ou tragique, à volonté, pour le poète. La Critique pourrait donc admettre, même en l'admirant, l'idée commune, comme dans César Birotteau, par exemple, où elle est relevée par des détails tels qu'au lieu d'être une infériorité, elle devient un mérite de plus. D'un autre côté, la Critique pourrait admettre encore que si Alexandre Dumas fils n'avait pas cette puissance de détails qu'ont les grands inventeurs dans l'ordre du roman comme Balzac, il était bien capable — lui qui passe pour l'esprit le plus dramatique de notre temps quand il s'agit de mettre en œuvre une idée quelconque, lui qui fait de l'arrange-

ment d'un drame une espèce de création, lui, enfin, Torthopédiste dramatique qui redresse les enfants mal venus, mal bâtis, bossus ou bancroches, et qui dernièrement a failli faire de ce talent-là une industrie, — de tailler quelque chose de grand, de profond et de nouveau, dans Tidée commune de son roman que lui ont soufflée ses habitudes de théâtre, et de se rattraper de son impuissance radicale de romancier sur son habileté de grand poète dramatique , puisqu'on dit qu'il Test?...

Eh bien, c'est là ce qu'il n'a pas fait de cette fois ! Je ne sais pas s'il pouvait le faire, mais je sais qu'il ne l'a pas fait. Le poète dramatique qui devait au moins se montrer, se prouver, dans ce roman sans valeur de roman, ne s'est point attesté dans son œuvre. Au poète dramatique il faut des situations et des caractères, et des implications formidables entre ces caractères et ces situations. Tout l'art du drame est en cette ligne. Mais dans le livre que voici, où sont les situations et les caractères?... Est-ce une situation, en effet, au sens dramatique, que la description d'un tète-à-tète qui dure tout le livre ? que la bucolique de Fontainebleau ? que le séjour à Rome ? que la scène qu'on n'ose pas décrire, parce qu'elle n'est pas descriptible, qui précède le coup de couteau de la fin ? Et pour les caractères 1 Est-ce un caractère que Pierre Clemenceau, le sculpteur, le héros du livre, que j'écrirais Clement-«oi pour le mieux nommer, si

je ne craignais pas d'être désagréable à Dumas ? Est-il possible d'être moins homme que cet homme, qui a été chaste dans sa jeunesse, la force des forces pour qui connaît le cœur humain, et qui, après avoir été trompé, berné, humilié, trahi et raillé par sa femme, dont il se sépare, en redevient Tamant une dernière fois, et, pour s'achever, se cocufie lui-même ; car de telles bassesses, de telles abjections, rappellent les vieux mots bannis qui ne faisaient pas peur à nos ancêtres! Est-ce un caractère que cette mère de Pierre Clemenceau, qui sait la femme de son enfant infidèle avec des circonstances d'infidélité et d'infamie exceptionnelles, qui n'intervient pas entre le mari outragé et la femme outrageante, et qui meurt sans dire une seule fois à son fils qu'elle adore : « Tu es trahi! tu es ridicule I tu es déshonoré! prends garde à toi î » Est-ce un caractère que l'officier Constantin Ritz, l'ami de Pierre, l'ami brusque, cruel, dévoué, qui par dévouement est cruel, qui dit tout, nomme les choses par leurs noms les plus affreux, opère les cataractes atrocement avec la pointe de son sabre, et, après avoir montré la solidité de l'acier qui coupe, s'en va crouler aussi comme une fange dans le lit de la prostituée qu'il méprise?... Est-ce enfin (car les voilà tous), est-ce enfin et cela peut-il s'appeler un caractère que cette Iza, épousée pour sa beauté seule par cet homme chaste et réfléchi, dont elle fait, en un tour de reins, une marionnette volup-

tueuse, le polichinelle de Tamour?,.. Est-ce que ce n'est pas toujours ce vieux type, trop peu compliqué, trop odieusement simple, de la fille, pour qu'un inventeur dramatique de quelque profondeur en veuille encore?... La fille et la mère de la fille! ! Est-ce que Dumas fils, qui rumine ces drôlesses-là un peu trop à la fin, ne les a pas usées pour son propre compte à la scène dans la Dame aux Camélias^ dans le Demimonde et partout ! comme s'il n'y avait pas d'autres femmes à observer que ces coquines, qui envahissent — je le sais bien I — le xix' siècle, mais qui, au point où nous en sommes, devraient envahir un peu moins les œuvres des observateurs qui, portant leurs regards loin et haut, après avoir observé veulent conclure, et croient, sous l'artiste, cacher des penseurs?

En effet, ne nous y trompons pas I c'est penseur qu'Alexandre Dumas voudrait être. Ce n'est pas auteur dramatique. Il Test et il croit l'être, et le plus carabiné, le plus rayé de tous. Il est bien tranquille à cet égard. Ce n'est pas romancier non plus... quoiqu'il s'efforce au roman. Non I c'est penseur. C'est pai- là qu'il se rêve et qu'il se désire. Penseur ! c'est là l'om-

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bilic qu'il regarde. Voilà sa vie. Voilà Tulopie de son amour-propre. Il aime les idées et il les suit dans ses livres, comme on suit les femmes dans la rue, bien souvent sans les attraper I Ah I je ne m*étonne nullement, à cette heure, qu'il ait été lié avec Girardin, Thomme d'une idée par jour^ qui, lui, plus heureux, les attrape I II y a dans ces deux esprits des sympathies d'idéologues, et ce n'est pas l'amour des choses dramatiques qui les avait fait travailler au même drame, c'était l'amour de l'idée que le drame exprimait, c'était l'éducation du public, c'était la commune ambition de moraliste et de législateur. Dans Z'A /faire Clemenceau, il y a tout uq côté Girardin qui touchera probablement jusqu'aux larmes l'homme avec qui Alexandre Dumas fils s'est brouillé, pour cause de paternité partagée... et qui le ramènera peut-être à Alexandre Dumas fils, en vertu d'un attendrissement intellectuel et généreux I La question de la bâtardise, la possession d'état de l'enfant naturel, la position que doit faire la législation à la fille-mère, toutes ces questions sont touchées dans L'Affaire Clemenceau avec une curiosité enfantino-frémissante ; et, quoiqu'elles n'y soient pas résolues, quoiqu'elles n'y soient agitées que comme l'enfant agite la boîte où il a mis des scarabées et qu'il colle contre son oreille pour les entendre qui remuent, on sent que la partie de son livre que Dumas fils estime davantage, c'est le remuement de ces questions...

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Du reste, ce côté inattendu et révélé dans le nouveau roman d'Alexandre Dumas fils ne Ta pas empêché cependant de rester parfaitement le fils de son père, même à propos de cette question du bâtard qui s'étend sous les pieds de tout dans son livre, et qui en est comme le sous-sol. Pour qui se rappelle Antony, il est évident que Pierre Clemenceau est de la même race, avec les différences de tempérament et d'années qui séparent Alexandre Dumas père d'Alexandre Dumas fils. Où, en effet, Antony poussait un cri de révolte contre un état de l'opinion dont on ne souffrait plus grand'chose déjà de son temps, Pierre Clemenceau écrit, du nôtre, des fragments de traité contre cet état entièrement assourdi et apaisé de l'opinion dont on ne souffre plus du tout. Et cela seul suffirait, il faut bien le dire I pour donner au roman de Dupias fils quelque chose de vieux, d'arriéré, de déclamatoire et de faux ; mais si vous ajoutez à la fausseté de l'impression de l'artiste qui ne sent pas juste, vous arrivez à des résultats plus que superbes de fausseté et de déclamation. Telle est l'histoire de cette Affaire Clemenceau.

Comme tous les écrivains qui ne sont que des volontaires, Dumas fils nanque de naturel et de vérité. Il a, si vous voulez, une certaine force de métier, mais il n'en a jamais assez pour rentrer, par le fait de cette force, dans le naturel de la vie. Le croirie?;vou^ jamais de cet homme de sobriété de manière et

d'impiloyabilité d'observation? disent ses amis... Au XIX* siècle, en l'an de grâce 1866, Dumas fils, qui lave, brosse et vernit ses moindres petits mots avant de les risquer dans la circulation, tutoie le printemps et la nature et leur parle comme si c'étaient des personnes ! Il se fait enfin une tète de Jean-Jacques à mettre dans un cerisier pour épouvanter les oiseaux! Personne, pas même eux, ne pourrait être dupe d'un si enragé maquillage, et c'est là surtout ce qui doit déconsidérer le plus profondément aujourd'hui Dumas, comme romancier. — L'immoralité des tableaux est une fière chance de succès, sans doute, mais la déclamation rend tout insupportable, même le vice, pour les vicieux qui l'aiment. Or, puisque nous cherchons à prévoir quelle doit être la destinée de ce livre, c'est là-dessus que nous voulons compter !

Il ne fait pas l'effet, ce livre, de sortir de la Revue des Deux Mondes^ — car il est spirituel, — et pourtant il en sort. L'auteur a des parentés dans la place. Il tient par mariage à celte Revue^ et le népotisme littéraire parait très simple aux benêts qui s'indignent le plus contre le népotisme papal... Jamais, je crois, Blaze de Bury n'aurait été vu à cette vitrine de la Revue des Deux Mondes s'il en avait été .réduit à son mérite personnel. Cette revue n'aurait pas supporté un homme qui, comme dans son livre des Femmes au

1. Blaze de Bury. Les Femmes et la Société au temps d'Auguste {ConstittUionnelf 2 mai 1876).

temps d'Auguste (1), se permet la fantaisie dans les choses graves et le dandysme dans le ton, cette grâce un peu hautaine qui fait affoler les lourdauds.

Blaze de Bury est un écrivain assez difficile à classer. 11 n'est pas d'hier. Il a beaucoup écrit. Il a publié des Poésies^ des essais de critique et d'histoire, des traductions de Tallemand, et toujours dans la Revue des Deux Mondes^ cette crypte obscure où Ton a froid... L'Allemagne et la Revue des Deux Mondes^ quelle combinaison I Être là-dedaqs, c'est à noyer l'esprit le plus ailé dans la viscosité de l'ennui le plus empâtant, le plus filandreux et le plus tenace. Eh bien, Blaze de Bury n'y a pas noyé le sien!... Il y est resté vivant auprès de tant de gens qui y sont morts. Il fallait qu'il eût de la vie ! Et c'est là précisément le caractère de son talent : il a de la vie, et même de la jeunesse, malgré les années, les expériences, les fatigues et les frottements contre les choses d'Allemagne ! Quoiqu'il ait écrit des Poésies, ce n'est pas un poète cependant, dans le sens absolu de ce grand nom qui suffit à la gloire d'un homme quand il le mérite ; il n'est point un poète dans sa plus haute signifiance, mais il a de l'imagination poétique,, et le livre que voici en est la preuve la plus incontestable. Il n'est pas non plus ce qu'on appelle, un philosophe, et je lui en fais mon compliment; mais il ne nous en donne pas

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