LA FEMME AU XVIU® SIÈCLE
contemporaine. Rien ne lui ressemblait positivement. Mais quelques brillants coups de plume dans la grande histoire auraient pu le faire pressentir. Avant MM. de Concourt, des historiens modernes : Michelet, Audin, Dargaud, saisis, tous les trois, en raison des plus rares facultés artistiques, de cet amour des arts plastiques devenu presque la seule passion d'une société qui gâte ses passions les meilleures par les affectations de sa vanité, et qui les déshonore bientôt en les transformant en manie, avaient deviné le parti qu'on peut tirer, pour l'histoire d'un temps, de l'art de ce temps, et ils l'avaient souvent évoqué dansleurs oeuvres. Et non seulement ces Lavatériens de l'Histoire s'étaient servis des portraits d'une époque pour en connaître mieux les hommes, mais ils s'étaient emparés de tous les produits d'art laissés par les sociétés derrière elles pour expliquer l'état moral de ces sociétés. L'idée était juste et lumineuse ; elle avait passé sous les plumes de ces historiens comme un éclair perçant et pénétrant dans l'Histoire. Mais personne, avant MM. de Concourt, n'avait appliqué cette idée à l'Histoire avec une telle précision et même une telle exclusion que si vous ôtiez de la leur les gravures, les miniatures, les portraits, les caricatures, l'ameublement, l'ornementation des appartements, tout le bric-à-brac, tout l'inventaire artistique du xvin® siècle, on se demanderait ce qui resterait de l'Histoire!... Elle est surtout faite de tableaux vus et
souvenus... Et en la lisant telle qu^ils l'écrivent, on* se demande si c'est la société du xvm* siècle qui reflète son art, ou si c'est l'art du xvra® siècle qui reflète sa société, et quel des deux est le caméléon?... MM. de Goncourt traduisent littérairement les tableaux des Fragonard, des Chardin, des Greuze, etc., en cherchant à rivaliser de plasticité avec ces tableaux par le relief et par la couleur de leur style. Ils ne sont pas des moralistes exprimant largement, comme La Bruyère, toute une époque dans des Caractères^ — étude humaine et grandiose 1 Ils ne regardent pas si profondément dans le fond des cœurs. Mais, grande ou petite, voilà leur originalité et l'explication de leur succès parmi nous, les affaiblis de la raison, qui n'avons d'intérêt que pour les arts de l'imagination et de la main I MM. de Goncourt ont compris les goûts de leur temps, ou plutôt ils les ont partagés, si même ils ne les ont subis ; et j'avais raison tout à l'heure de dire qu'avant eux, et avant que les choses de Part eussent parmi nous leur toute-puissance, personne n'avait pensé, comme eux, à faire tenir toute l'histoire d'un temps dans un catalogue de peinture, et à l'écrire comme Diderot écrivait son Salon.
Toute?... Non I pourtant. Je dis trop ou je dis trop peu. Ils Font fait tenir ailleurs encore. Ils l'onttrouvée dans les correspondances secrètes, les papiers intimes, les mémoires, les recueils de scandale ou de mode, les journaux, les comédies, les vaudevilles, les