Aux Glaces Polaires, lin du cliap. V
moins ». Or, les rennes ne se trouvaient pas et ne pouvaient se trouver a cette époque dans la région. Mais il les fallait on les demanda, on les exigea, et, par conséquent, saint
Joseph les envoya. II y en eut cenl irais à se faire ainsi tuer pour le salut commun.
Lorsque les actions de grâces eurent jeté leur première explosion et que les appétits en détresse furent parfaitement calmes, la réflexion prit le dessus. «Cent caribous, se disait-on rien de plus explicable, puisqu’on les deman-
ait , mais les trois autres, que venaient-ils faire là? Pourquoi cent-frois? » Chacun, évêque, pères, frères, religieuses
enseignan es y alIait de son hypoPhèse’;
en semblait pas nettement dissipé. Tout à coup, la petite sœur ^dienne qu’on n’interrogeait point, éleva la voix:
« - En! eh! Monseigneur, et vous autres tous, vous êtes bien trop savants ! Vous cherchez bien trop loin. Je m’en vais vous le dire, moi. C’est qu’on a si bien prié que saint Joseph a voulu nous payer les intérêts à trois pour cent. »
IatP„t^trde'SeigneUr' la Sainte VierSe saint Joseph, la confiance des sœurs missionnaires va tout entière à la
venerable 1ère d’Youville, qui demeure vraiment l’exem-
fes mérites une rP°S al- Jalouseraent, «liés accumulent Nord JY 6Ur Pf0CUrent <( l6S occasions de l’Extrême-
fices ouf d,\'n°lg?nC ^ CapitaI d6S prières et des sacri" ces qui, de tous les couvents des Sœurs Grises, montent
vers Dieu pour obtenir la glorification solennelle de la fon-
datnce Déjà les sœurs du Mackenzie comptent des grâces
extraordinaires obtenues par sa puissance, et qui dans leur
mm b le espoir, suffiraient à appeler le jugement de l’Église •
ainsi la guérison d une maladie mortelle, que le Père Rapet
avait contractée, en restant trente-trois jours de la mau-
n aise saison, sous une hutte de l’Ile aux Anglais au ser
vice des sœurs de Pile à la Crosse, qui s’étailnt RdugSs
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là, devant les hordes soulevées de 1885 ; quatre incendies soudainement éteints, au lac Athabaska ; et nombre d’autres prodiges. Comment ne seraient-elles pas heureuses, sous la protection d’une si bonne Mère !
Dans la dévotion fdiale à Mère d’Youville s’avive et s’entretient pareillement la passion qui transportait saint Paul : « la folie de la croix ». Nous croyons que le plus amer désappointement d’une sœur missionnaire, arrivant au Mackenzie, serait de n’y plus trouver les souffrances du passé. Une jeune professe de la première phalange du Grand Lac des Esclaves ne peut s’empêcher de s’écrier :
« Notre-Seigneur veut que toutes nos missions soient fondées sur la croix, afin que nous soyons les vraies filles de Mère d’Youville. Voici venu l’honneur de l’imiter dans les privations de sa vie religieuse et de montrer à notre Époux céleste que nous sommes heureuses d accomplir les promesses que nous lui avons faites, le jour de notre profession. »
Un trait des Annales de Montréal vient se placer ici tout naturellement.
« La nouvelle du départ de Sœur Germaine avait jeté sa mère dans une extrême désolation. N’écoutant que sa tendresse maternelle, cette bonne dame multiplie ses instances pour qu’on lui épargne ce sacrifice ; elle allègue pardessus tout que sa fille ne peut manger de poisson et que, par conséquent, elle mourra bientôt là-bas, puisque c’est l’unique nourriture du pays. Cette représentation parut juste à notre Très Honorée Mère ; elle crut devoir s’y rendre. A l’insu de Sœur Germaine, elle fait venir Sœur Marguerite de Lawrence, pour la remplacer. Mais, quana Sœur Germaine apprend tout ce qui s’est passé, et qu elle voit sa compagne toute prête à se sacrifier pour elle, elle devient à son tour inconsolable. Sans tarder un instant,
elle accourt supplier notre Très Honorée Mère de maintenir sa première décision.
« — Il est vrai que je n’ai jamais mangé de poisson, parce qu’ayant toujours eu d’autres mets à ma disposition je n’y ai jamais été forcée ; mais quand je n’aurai pas d’autre nourriture, je saurai bien m’y habituer. Laissez-moi partir, ma Mère, ou je mourrai de peine. »
« Puis, en ayant obtenu la permission, elle fait venir sa mère, et, avec les termes les plus persuasifs, elle lui explique que Dieu lu?, demande ce sacrifice et qu’il saura bien pourvoir à sa subsistance. Vaincue, celle-ci ne voulut plus s’opposer au départ de sa fille ; elle la bénit. Triomphante cette fois, Sœur Germaine eut une dernière épreuve à subir. Sœur Marguerite ayant goûté par anticipation au bonheur du sacrifice n’était pas d’avis de lui céder son obédience. De là, assaut de générosité entre ces deux âmes courageuses. Finalement la victoire décida en faveur de Sœur Germaine. »
Cette victoire d’une religieuse et de sa mère, dans le conflit sublime entre les droits de l’amour filial et l’attrait du sacrifice, se compare à une autre victoire d’holocauste remportée par une nouvelle professe sur les instances maternelles de sa supérieure. Cette supérieure, devenue depuis lors la supérieure générale des Sœurs Grises, comptait bien garder auprès d’elle, dans la communauté qu’elle gouvernait, une recrue estimée nécessaire à une certaine œuvre fort importante. Un jour, on apprit qu’une ouvrière du Mackenzie venait de succomber. La supérieure générale vint demander, comme aux enchères, « une volontaire » pour la remplacer. Notre jeune sœur leva le doigt, la première : à elle donc la préférence. Mais plus elle insistait, plus la supérieure locale. multipliait les objections. Finalement toute opposition tomba devant cet aveu :
« Ma Mère, j’ai offert ce sacrifice et celui de ma vie pour la conversion d’un membre cher de ma famille. »
Llle partit, après des adieux particulièrement doulou-
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reux à sa parenté, nombreuse et très en vue dans la projvince de Québec ; elle descendit par les barges, dans un voyage dont elle crut n’atteindre jamais le ternie et où elle n’échappa à la mort que par miracle. Achetée à un tel prix, la conversion désirée se produisit, et cette récompense suffit, depuis trente ans, à la vie d’abnégation que mène toujours la sœur «volontaire)».
Que dirons-nous, maintenant, de l’ecce quam bonum , cette source suave de l’amour du devoir? Comment doivent donc s’aimer, et se chérir, des sœurs de la même Charité, pressées dans les bras de la même Mère, Marie, au pied du même divin Maître, loin de la même patrie, au fond du même exil ! A redire les scènes d’affection fraternelle dont ces soixante hivers furent les témoins, nous couvririons trop de pages.
Mais ce flot de la charité fraternelle, qui circule au sein des communautés rejetées aux extrémités du monde, ne s’y renferme pas ; il en déborde, et reflue par un canal ininterrompu de pensées, de désirs, de souhaits, à l’écluse d où il s’est épanché, à la chère maison-mère.
Nous avons beaucoup lu des Sœurs Grises ; nous avons longuement écouté, observé aussi, puisque tel a été notre devoir ; nous permettra-t-on d’exprimer ce qui nous a le plus frappé, ce qui nous a le plus fortement établi dans la conviction que leur Congrégation est un édifice dont le ciment de la divine charité a joint toutes les parties et contre lequel ne prévaudront ni la mort, ni les persécutions, ni les ruines, ni le temps? C’est le spectacle de 1 union qui rattache les filles à leur mère ; c’est la fidélité des missionnaires au berceau de leur vie religieuse et apostolique, c est, en un mot, l’amour filial. La maison-mère, la supérieure générale, ses assistantes, les compagnes du noviciat, les anciennes vénérées, tout ce monde habite 1 Extrême-Nord .
il est là, allant et venant, parlant, souriant avec les sœurs missionnaires ; le souvenir en revient chaque jour ; il dicte les lettres ; il inspire et anime les conversations ; il a tissé, si l’on peut ainsi parler, les récits des premières sœurs parties et des dernières encore.
Celles de la Rivière-Rouge d’abord, en 1842 :
« Je ne sais ce qui m’a soutenu au matin du 24, quand nous avons fait nos adieux. Je ne me console de mon exil dans ce pays lointain qu’en pensant que je puis m’unir toujours à toutes nos sœurs, et participer à leurs bonnes œuvres... »
A mesure que les missionnaires de 1867 s’éloignent vers le Mackenzie, les cœurs se pressent autour de celles qui demeurent au foyer :
« 30 juin , dimanche... — C’est le dimanche surtout, bienaimée Mère, que l’esprit se transporte à la chère maisonmère... Nous avons des tentes : si nous allions camper quelque bon soir pour avoir le plaisir de passer la récréation avec vous toutes, que cela serait bon ! Que la pensée même d’une telle jouissance fait du bien ! Oue de choses à raconter après une si longue séparation ! Mais, non, jamais plus ici-bas, nous n’aurons ce bonheur. Mais au ciel !... »
« 8 juillet. — Fête de notre chère Sœur assistante. Après une fervente prière pour notre bien-aimée Mère des missions lointaines, nous prîmes congé le plus gaiement possible... Ronsoir, Très Honorée Mère, bien-aimée Sœuj assistante, et bien chères sœurs ; nous vous souhaitons un heureux et gai congé, et nous vous demandons un petit souvenir aux pieds de notre Mère commune, pour les sœurs missionnaires qui s’éloignent tous les jours de celles qu’elles aiment tant... »
« 28 juillet. — La solitude des prairies nous invite à la réflexion ; nous en profitons pour nous unir à nos bienaimées sœurs, que nous trouvons réunies pour la retraite mensuelle, si nous nous transportons à Montréal. »
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« 21 août. — Fête de notre Très Honorée Mère générale. Point de messe, point de communion, hélas ! Mais à Montréal, à Saint-Boni-face, il y a de joyeuses réunions, pour fêter cette bonne Mère, si tendrement aimée. Nous nous unîmes donc à ces bien-aimées sœurs qui jouissent du bonheur de vivre auprès de vous, ma bonne Mère, et à celles qui, comme nous, sont privées de ce plaisir, confiant aux anges de porter sur leurs ailes d’azur, jusqu aux pieds de sainte Jeanne de Chantal, nos vœux et nos souhaits. Oui, nos prières étaient ardentes en ce beau joui , nous l’avons passé en esprit auprès de vous, et la douce pensée que nous vous fêterions plus tard là-haut est venue nous consoler dans notre lointaine demeure... Là, il n’y aura plus de missions du Nord-Ouest, plus de séparation ; nous serons assemblées pour jamais dans le cœur de notre divine Mère , c’est là que vous nous avez donné rendez-vous, ma bonne Mère, en nous faisant don de la charmante petite statue de Notre-Dame du Sacré-Cœur, que nous conservons précieusement... »
Il s’ensuit que la rareté des courriers est profondément ressentie. Cette triste spécialité du Nord a nom, au vocabulaire des Sœurs Grises : le jeûne de lettres. Il est entendu qu’au jeûne de lettres on ne se fait pas. Si la curiosité en recevait seule les coups, la mortification finirait par s en accommoder peut-être ; mais c’est F affection qui en souflie le plus. De là les longs et fréquents regards interrogateurs sur l’horizon du lac, aux époques de la « malle ». De là, les
P « Aucune lettre de la maison-mère, ni du côté de Montréal ! Notre chère Supérieure (Sœur Lavoie), à l’apprentissage du « jeûne de lettres », trouve la besogne dure. C est bien en effet le grand sacrifice du Nord, auquel nous ne nous habituons guère, quelque temps que nous y passions. »
En septembre 1907, la supérieure de la Providence jette ce cri^d’alarme :
« Le bon Dieu semble vouloir ajouter à nos privations ; au lieu de trois courriers que nous avions par année, nous n’en avons qu’un, en hiver, et encore ne retournera-t-il pas, et l’autre en juillet, avec la navigation. Il en résulte que nous ne pourrons écrire qu’une fois l’année et n’attendre les réponses à nos lettres que l’année suivante. Toutes nous sentons vivement ce sacrifice, et je le sens plus que les autres, à raison des incertitudes où il me fera languir. Cette réduction est due à notre bourgeois en chef qui quitte le Fort Simpson pour aller résider à Fort-Smith. Le progrès n’est pas pour nos parages... Je prie Notre- Seigneur de m’apprendre à attendre... »
Mais la circulaire qui rappoite cette lettre ajoute :
« Pendant que nos chères sœurs s’attristaient, Mgr Breynat se rendait à Ottawa pour piaider la cause de ses missionnaires. Reçue avec courtoisie par les ministres et le Maître général des Postes, Sa Grandeur a obtenu trois courriers, en hiver, pour le Fort Résolution, et deux jusqu’à la mer Glaciale. Comme nous sommes heureuses de cet adoucissement! »
Ces rares courriers forment des volumes : chacune y va de sa plume et de son cœur, aussi bien en prose qu’en vers. Une lettre de la Providence, 1880, contenait des pensées, de vraies pensées en corolles et parfum, cultivées au Mackenzie, avec cette dédicace à la T. H. Mère Deschamps, supérieure générale :
Pauvres fleurs de l’exil, soyez ses favorites,
Soyez les fleurs du souvenir.
Dites-lui : « Nous venons, timides voyageuses.
Du rivage, triste et lointain,
Où se cache huit mois la nature frileuse Sous son blanc manteau de satin.
De l’amour filial nous sommes messagères ;
On pense^à vous sous le ciel froid.
Votre doux souvenir préside à tout : prières,
Travaux, bonheur, souffrance et croix. »
LA SÈVE APOSTOLIQUE
Les grandes fêtes, les incomparables fêtes, après lesquelles 11 n’y a plus que le ciel, sont les visites des supérieures. Des années on s’y prépare ; des années on en revit. Le vide du départ achève de faire mesurer le bonheur savouré dans les bras de la bonne Mère.
« Chère Mère, comment vous décrirons-nous l’état de nos cœurs, depuis votre départ? Ah ! que nous nous sentons orphelines ! La première fois que nous nous sommes réunies au « balcon », nous étions là, muettes, et regardant la colline d’en face. Une des jeunes tendit la main et s’écria :
« C’est par là qu’elle s’en est allée ! « Personne ne demanda d’explication, et les larmes de couler. Dites, ma Mère, ce torrent vous a-t-il atteinte? M“e Swetchine avait bien raison de dire que les joies d’éclair et de passage font retomber plus bas le pauvre cœur dans l’obscurité . I endant quinze jours, vous vous êtes faite toute à toutes ; vous nous avez choyées, aimées, consolées et puis... vous vous en êtes allée... C’est le temps d’entonner votre cantiques J’attends le ciel... Adieu, Mère bien-aimée, et grand merci pour la consolation de votre visite, qui a ranimé la ferveur, et rendu tout le monde content de soi, et de vous surtout,
bonne Mère... »
Ce fut en 1912 seulement que le couvent de la Providence goûta, pour la première fois, le bonheur d’embrasser sa supérieure générale. La T. H. Mère Piché y aborda, le 1er juillet. Trois fêtes se réunissaient alors : le jubile d’or des Oblats de Marie Immaculée à la Providence ; le jubilé d’argent sacerdotal du dévoué supérieur, le Père Giroux, et la première visite de l’autorité la plus haute des Sœurs Grises.
La méditation des Sources de la force apostolique pourrait-elle se clore sur vision plus douce? Présentons-la avec la plume qui, hâtivement, dans le journal du soir, consignait les événements. Du même fait, sera ouvert notre chapitre des Fruits.
« Toute la journée, de tous les postes d’observation, nous avons guetté... Tout a coup, les enfants arrivés au bout du Fort aperçoivent le point fumant. Nous entendons distinctement d’ici crier : Le steamboat ! Vite, de sonner la cloche extérieure, pour appeler les petites qui sont dans le bois. En moins d’une demi-heure tout le monde est a la cote. Le temps est magnifique 5 une légère brise agite les pavillons ; les enfants sont rangés, une oriflamme à la main ; les sœurs saluent de leurs mouchoirs blancs le Sainte-Marie qui approche. Il approche... approche..., il arrive a niveau du Fort... La longue-vue distingue parmi les passagers deux Sœurs Grises... C’est bien notre Mère, la Mère tant aimée, tant désirée... L’émotion gagne les cœurs... Le vapeur passe assez près de nous, nous le saluons et 1 accompagnons le long de la grève, jusqu’au débarcadère. La, chacun se place en amphithéâtre. Mais voici que nous reconnaissons S. G. Mgr Breynat, le R. P. Lefebvre, quatre Sœurs Grises... Les enfants entonnent :
Bienvenue, bienvenue, cri de l’âme ;
Bienvenue, tout ici vous acclame,
Bienvenue, cri de l’âme,
Bien-Bien, vous êtes bienvenue...
Et cela répété trois fois en agitant les oriflammes... Les sœurs volent sur le bateau accostant, pour saluer Monseigneur qui nous bénit, et notre chère Mère qui nous ouvre ses bras bien grands, en nous disant :
« — Vous êtes donc loin 1 !...
« Nous avons, en même temps, le plaisir de saluer ses
1. Cette exclamation de la T. H. Mère exprime bien l’impression éprouvée par tous ceux qui visitent le Nord, à l’unique voyage d’été. Un explorateur protestant disait récemment à un missionnaire :
• Père, quand nous avons débarqué à Athabaska, et que j’ai vu les sœurs courir au devant de la Rév. Mère Générale, cela m’a fendu le cœur. Il me semblait voir des naufragés, ou des abandonnés apercevant enfin un être vivant.
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bonnes compagnes, Sœur Sainte-Angèle, Sœur MacQuillan, Sœur MacGuirk. Monseigneur et notre Très Honorée Mère débarquent et font le tour des rangs. Notre Mère pousse la condescendance à toucher la main à tous les Indiens, qui sont très nombreux cette année. La procession se forme ; nos enfants ouvrent la marche. Nous nous rendons à l’église, où un Laudale est exécuté par tous les enfants, tandis que les cœurs s’épanchent dans 1 adoration et la reconnaissance. Au signal donné, tous de reprendre la procession. Nous passons devant l’évêché, sous 1 arche. Monseigneur est là avec les Révérends Pères. Les enfants s’arrêtent devant le couvent, forment deux haies, et saluent encore une fois notre chère Mère et ses compagnes... La plus chaude accolade échangée, à la salle de communauté, ainsi que les premières nouvelles, notre Très Honorée Mère entre à la salle de réception, où les chiffres 50 et 25 brillent partout, et sur chaque poitrine. Les enfants, échelonnés par groupes, représentent les huit missions d où ils nous viennent. Ils chantent avec entrain :
Salut, joyeux anniversaire,
O jubilé d’or et d’argent,
Heureux, heureux cinquantenaire,
Pour nous délicieux moments.
Mais en ce jour, d’un tendre Père Chantons aussi les vingt-cinq ans D’ordination, de dévouement.
Ardente soit notre prière,
En cette fête d’or et d’argent.
Chœur.
Depuis longtemps, ô bonne Mère,
Nous vivions d’un unique espoir Qui rendait toute œuvre légère :
C’était celui de vous voir !
Vous voici, Mère, quelle allégresse !
On ne peut dire notre bonheur !
Daignez agréer la tendresse Qui déborde de tous les cœurs.
Grand chœur.
Enfants, chantons, enfants, chantons un hymne d’honneur : Vive Monseigneur ! Vive notre Mère ! Chantons avec reconnaissance :
Amour, honneur et bienvenue...
Suit un dialogue , préparé pour la circonstance :
Cinq petits garçons et cinq petites filles arrivent, un peu essoufflés.
Joseph. — Enfin, nous voilà arrivés !
Marie. — Mais aussi pas mal fatigués.
Paul. — Car nous venons de joliment loin.
Julienne. — Mais si nous nous adressions à ces demoiselles pour connaître ce dont il s’agit ; elles sauront sans doute nous renseigner sur ce qui se passe ici.
Pierre. — Oui, il y a de l’extraordinaire.
Joseph. — Que veulent dire cette croix, ces chiffres, ces décorations, ces fleurs?
Delphine. — Mes chères amies, il y a en effet des choses extraordinaires qui se passent ici. Vital, le plüs grand de nous, pourra vous l’expliquer, puisque vous le désirez.
Pierre. — Nous ne demandons pas mieux, car notre curiosité est vivement excitée.
Vital. — Eh bien ! Je le ferai avec d’autant plus de plaisir que c’est toujours avec bonheur que l’on parle des bienfaits dont on a été comblé, et que la reconnaissance est toujours ce qui doit rester le plus profondément gravé au fond de nos cœurs. Il y a en ce moment trois grandes circonstances qui nous réunissent, trois grandes fêtes, pour chacune desquelles il y aurait autant de raisons de nous réjouir et d’exalter bien haut les miséricordes du bon Dieu envers notre pays. Moi, je vous expliquerai ce que veulent dire tous ces 50. Ce sont des chiffres d’or qui nous disent : Noces d’or. Il y a cinquante ans que des missionnaires, à la tête desquels le Grand-Prêtre, comme disait le patriarche Beaulieu, venaient s’établir ici, à l’ombre de la Croix, et sous sa protection. Ils élevèrent la première église et quelques bâtisses. Ces bons missionnaires étaient Mgr Grandin et les Pères Gascon et Petitot. Depuis ce jour, la mission a prospéré, puisque nous y voyons aujourd’hui des enfants venus de tous les Forts, depuis la Petite Rivière-Rouge
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arctique, même du Fort-Rae et du Fort-Nelson. Ici nous recevons le bienfait de l’instruction ; nous apprenons à connaître et a aimer le bon Dieu, et tout cela nous le devons au dévouement des RR. PP Oblats, qui, depuis cinquante ans, se sont succédé pour remplir l’humble et dure tâche que parfois nous leur imposons.
Tous Vive Monseigneur, et les RR. PP- Oblats !
Anna. — Je vais maintenant vous faire connaître la deuxième fête que' nous célébrons. Les murs de notre modeste couvent nous redisent des noms bénis, des jours mémorables, et que, bien qu au bout du monde, nous avons eu des visites célèbres. Mais jamais nos portes ne s’étaient ouvertes pour la Mère bien-aimée de nos bonnes maîtresses. Néanmoins, son nom ne nous était pas etranger • aussi l’annonce de sa visite n’eut pas plutôt franchi nos rapides et nos bois qu’elle fit naître la plus vive allégresse. Vous compre nez que nous avons raison de nous réjouir.
J ulbs . A moi le plaisir de vous dire ce que représente le*
chiffre 25. 11 est d’argent : ce sont donc des noces d’argent. Oui, il y a vingt-cinq ans que notre digne Père Supérieur recevait le sacrement qui lui conférait le pouvoir auguste défaire descendre du ciel Jésus, que le plus grand nombre d’entre nous reçoivent tous les iours • grâce immense due à notre 1 rès Saint-Père le Pape Pie X. Vous le voyez, nous allons de bienfaits en bienfaits. Aussi jamais nous ne pourrons payer cette dette de reconnaissance, que nous contractons chaque jour envers notre dévoué Père Supérieur. Le seul moyen de nous acquitter sera notre bonne conduite, non seulement au couvent, mais lorsque nous en serons partis, et retournes
^Marie. — Mais il faut nous expliquer aussi pourquoi cette croix, oos fleurs.
LÉoNiE — Partout où le missionnaire vient s’établir, il plante la croix La vue de la croix soutient son courage. Les Révérends Pères sont les Oblats de Marie Immaculée ; alors, si vous le voulez, le lys emblème de la pureté, symbolisera nos bons Pères, tout comme la marguerite nous fait penser à nos maîtresses dont a première Mère s’appelait Marguerite. La marguerite est aussi la fleur du Sacré-Cœur, et ce couvent n’est-il pas l’Hôpital du Sacré- Cœur? Eh bien : C’est la Croix qui unit ces fleurs, comme 1 amour de la Croix a réuni, dans notre pauvre pays, nos Pères et nos Mères, venues de si loin pour nous faire connaître et aimer le bor
1 An n a . Avant de nous séparer, mes bons amis, redisons
ensemble notre joyeux refrain :
Enfants, chantons... etc.
Le lecteur aura loué la délicatesse mise par les Révé* rendes Sœurs, qu’on ne peut supposer étrangères à la préparation de cette saynète, a donner le meilleur du relief aux Oblats. Elles cultivèrent toujours, avec un soin spécial, le sentiment de la reconnaissance dans l’âme de leurs enfants. Elles en furent elles-mêmes récompensées souvent par de touchantes manifestations. Nous lisons dans leurs Annales :
« Le 18 octobre 1889, fête de la Supérieure de l’ Ile à la Crosse, Baptiste, jeune homme de la mission, vient la saluer et elle se recommande à ses prières; ce qu’il lui promet, fout de suite, il va demander un chapelet au Père.
« Mais as-tu déjà perdu celui que je t’ai donné dernièrement?
<( Non, mais lort je 1 aime la Sœur Supérieure, et pour elle je veux prier des deux bords.
« Le lendemain, à la messe, il tenait un chapelet de chaque main. C est ainsi qu’il priait des deux bords. »
Reprenons le «journal » de la Providence :
3 juillet. Grand’messe d’actions de grâces par le R. P. Supérieur. Il annonce à la population que l’intention du saint sacrifice est de remercier Dieu d’avoir envoyé une si bonne Mère visiter notre mission. Cette bonne Mère, dit-il, n’a pas craint, malgré une santé débile, d’affronter les fatigues d’un si long voyage pour venir encourager ses hiles qui se dévouent avec tant d’abnégation, dans cette maison. Elle a renoncé à faire le voyage de Rome et à voir Notre S. Père le Pape pour venir au Mackenzie...
17 îulllel- — Monseigneur annonce la messe pour minuit. Les grandes filles viennent présenter à notre Mère une très jolie paire de souliers sauvages. Elles lui ont déjà offert plusieurs ouvrages, entre autres une paire de gants blancs pour le Dr Masson, de Montréal, avec une lettre écrite par Marie-Rose, pour le remercier d’avoir bien voulu per-
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mettre à notre Mère d’entreprendre le voyage, lui disant que cela lui ferait du bien.
Nous passons le reste de la nuit avec notre Mère. Nous nous pressons toutes autour d’elle. Les cœurs se gonflent... A minuit, sainte messe par Sa Grandeur, aux intentions de notre Mère. Tous les enfants y assistent et chantent comme jamais. (Il n’y a plus de nuit, à cette époque, dans les régions arctiques.) Après la messe nous descendons au réfectoire ; c’est bien le dernier repas, analogue à celui de la Cène... Ainsi passent les joies de la terre !... A 3 h. 30, les adieux... Nous nous rendons au bateau silencieusement, le cœur gros... A 4 heures, le Sainte-Marie lève l’ancre et s’éloigne doucement, emportant notre Mère bien-aimée... »
FEMMES HÉEOltiUES.