MON PETIT VOISIN
ses récits, il y a un professeur c collé » par un élève. Le professeur varie; mais l'élève, c'est toujours Jean Ducasse.
Il est bien gentil tout de même, gai, bavard, la figure finement dessinée, comme au burin... Il ne va pas tarder à frapper à ma porte. Arrangeons un peu nos cheveux et changeons de blouse. On a beau être une vieille institutrice, il ne faut pas faire peur aux enfants.
as décembre.
Décidément, rien ne va plus. Voilà que j'ai perdu la dame de Montevideo. Elle a disparu hier de son appartement de la rue Boccador, enlevée par un monsieur c officier de la Légion d'honneur », m'a dit la concierge. Avant de pardr, elle a réglé scrupuleusement tous ses comptes. Elle n'a oublié que l'institutrice... Dixhuit fi-ancs, qu'elle me devait! Ils vont manquer à mes étrennes, les dix-huit francs. Je me faisais
)IO PeMMES
une fête d'acheter une jolie cravate à mon petit voisin, qui ne sait pas s'habiller.
Jean Ducasse continue à crier, à tousser et à mettre la vie en dialogues. Ce matin, comme il se rendait à l'école, il a entr'ouvert ma porte sans frapper (il devient vraiment un peu familier) et il a crié triomphalement par la fente :
— Hé bel il a encore baissé de deux, le cochon!...
Sauf respect, le cochon, c'était le thermomètre.
Croirait-on que ce petit dévergondé, tout en me faisant des galanteries (qui me valent seulement de rire, vous pensez bien!) a tenté, ces jours-ci, de cent manières, de m'extorquer l'adresse de la dame de Montevideo I Je vais la lui donner tout à l'heure : il ira se casser le nez rue Boccador.
Nous passons notre temps à nous faire des ^ niches, comme deux enfants. Lui en est un. Mais moi ?„.