MON PETIT VOISIN )II
1) décembre.
Controverse avec Jean Ducasse, tantôt, sur Noël. Pour moi, née dans les parages d'Hazebrouck, Noël est, par excellence, la fête de l'année — plus que le premier de l'an, plus que Pâques même.., Jean parle de Noël avec indifférence. Enfant, il n'a jamais mis ses souliers dans la cheminée. Une ou deux fois dans sa vie, il a assisté à la messe de minuit : après c on mangeait une estouffat avec quelques cmchades... ]>. Ce Gascon ignore la poésie grave, touchante, tendre et plantureuse de notre Noël du Nord.
Je voulais lui faire mettre ses souliers dans la cheminée : je me proposais d'y glisser la cravate que j'ai réussi à acheter pour lui, tout de même. (A mon âge, je puis bien entrer chez lui quand il dorti) Il a refusé de se prêter à c cette pratique superstitieuse... > Impossible de noter phonétiquement comment il prononce c superstitieuse >•
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Ce dédain de toute superstition ne l'empêche pas de vivre en pleine chimère. J'ai dû écouter tout à l'heure une histoire d'une invraisemblance hurlante : une tante € du pays }», son pays naturellement, — très riche a au moins quarante mille francs d'argent, et de la terre >, qui vient de mourir, € la pauvre femme i», et dont l'héritage va naturellement échoir à Jean. Muni de ce viatique, mon voisin laissera l'École des Mines, a: parce que les diplômes, au fond, c'est une blague y> (il ne dit pas : blague, mais un mot plus gaulois), voyagera un an ou deux et s'en retournera finalement dans son pays, faire valoir la terre. Il lui fera rendre le « vingt pour cent ]> grâce à ses connaissances scientifiques... Toute cette rêvasserie m'est débitée du ton le plus sérieux, voire le plus grave. Pourtant il finit par une pirouette, comme toujours.
— Et quand je reviendrai de voyage pour retourner ^u pays, belle Hortense, je passerai vous prendre rue Gît-le-Cœur et nous nous marierons.
Il essaye de m'embrasser la joue, attrape le