‹ Femmes Poetes BretonnesChapitre 1 sur 46 · M" EUGÈNE RIOM · texte numérisé non relu

M" EUGÈNE RIOM

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SOCIÉTÉ DES BIBLIOPHILES BRETONS ET DE l'hISTOIBE Blf SRKTAQNÇ

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OMMËNT demander à la vieille Armorique le nom de toutes ses femmes poètes ?

Cette terre éminemment poétique a dû laisser passer un souffle dans l'âme vibrante et impressionnable de la femme, à toutes les époques ; mais comment retrouver leurs traces ?

En fouillant les ombres du passé, je vois, dès le VP siècle, poindre comme un perce" iieige sainte Rivanonne, chantant :

c Je suis riris am bord de Feam^ c'esi « moi quom momamtt la petite Reime, efc •

Plus tard, ses larmes, deptuues de véritables perles, nous sont couservies dams une touchante élégie sur la mort de son époux.

Je ne troupe plus rien avant Anne de Rohan {JS84). J'ai publié sa biographie dans ^Anthologie des poètes bretons du XVIP siècle, ainsi que celles de Catherine Descartes (lôSy), de la comtesse Murât {1670), et de Julienne Cuquemelle (i685).

Je ne saurais donc en reparler ici.

Comment, dix siècles de silence et d'oubli l aucun nom même ne surnage ? Hélas ! c'est comme si nous demandions ceux des roses et des rossignols que les buissons ont pu éclore dans ce laps de temps. Les roses ont toujours fleuri, les rossignols toujours chanté. Il a dû en être ainsi des femmes :

la Bretagne a toujours dû trouver une voix continuant le chant commencé, sans inter-

ruption, à la manière de ses rondes villa' geoises, improvisées alternativement par chaque chanteur.

La femme bretonne est essentiellement poète ; toute sa vie est remplie par les rêves divins. Si par/ois elle se livre à la danse, elle y conserve la gravité de son maintien, elle semble danser religieusement.

J'ai dit quelque part :

Dans les landes en fleur égrenant son rosaire^ La Bretonne ici^bas ne cherche pas le miel ; Elle écoute les flots et V oiseau solitaire^ Eu berçant longuement ses doux rêves du ciel.

De blancs tissus de lin ombragent son visage ; Des antiques dolmens les signes vénérés Se retrouvent toujours brodés sur son corsage^ Restes inconscients de préceptes sacrés»

Parfois des pèlerins pour allumer les cierges, Sur le seuil des lieux saints elle attend tout le jour, Et le soir, à la source on voit les lentes vierges Portant la buire antique et puisant à leur tour»,»

Le dimanche j entre les vêpres et la grand' messe, la Bretonne reste assise sur le seuil de sa porte, immobile, les bras croisés, les yeux perdus dans l'espace.

Parfois, au bord d'une grève, elle regarde la grande Mer, Car il ne faut pas oublier que^ les Bretons étant les premiers marins du monde^ la femme bretonne est perpétuellement condamnée à pleurer le départ ou à attendre le retour. Aussi ses regards sont-ils accoutumés à se porter du ciel à la mer, ces deux immensités; les nuages lui semblent les âmes de ceux que les flots ont emportés; elle aime les nuages! Elle voit encore que les oiseaux ont des ailes comme la prière; elle aime les oiseaux qui peuvent monter vers Dieu, et, par conséquent, hâter le retour 1

Goélands ! goélands ! ramenef-nous nos amants !

(Chant breton.)

La Bretonne, revenue à l'église, considère la flamme qui brûle sur V autel; la flamme se consume pour le Créateur ; elle est donc un être intelligent t C'est à cette flamme qu^elle s'adresse, comme interprète entre elle et Dieu, Elle espère que cette langue de feu rendra mieux les vœux de son cœur que la sienne propre, parce que-tant plus épurée, plus subtile, elle sera mieux comprise de celui qui habite au sein de la lumière inaccessible.

Aussi, quand la Bretonne désire ardemment, elle allume un cierge.

Dans i' église her minée, elle va mettre un cierge^ Doutant de sa prière, espérant que son vœu.

Épuré par la flamme^ ira jusqu'à la Vierge^ Qui traduira là-haut cette langue de feu.

La femme bretonne comprend la Nature, non à la manière des savants, qui sans cesse

cherchent à la dévoiler ; mais elle la comprend avec sa propre intuition ; car la nature, comme les diamants, a des facettes et des reflets multiples.

La femme, dès le premier gonflement de la sève, perçoit ces arômes si doux, devenus insaisissables pour ceux qui sont accoutumes aux parfums irritants que les chimistes nous ont offerts.

Quand elle voit poindre la feuille du figuier elle sait que l'Eté est proche.

Une pensée unique l'enveloppe comme un suaire immense et lumineux, l'Eternité î Elle n'a ni jeunesse, ni vieillesse; elle aspire au repos éternel, non en répétant la maxime orientale : v II vaut mieux être assis que debout, couché qu'assis, mort que vivant; »

non, elle aspire au repos divin, avec l'entière et pleine possession de Dieu. Si les affections terrestres éveillent parfois en elle quelque doute, la Vérité éternelle n'a jamais

de reflux dans sa pensée; ainsi qu Israël sortant de la captivité d'Egypte, Vâme de la femme bretonne est conduite par la lueur victorieuse de la Vérité : elle voit, car elle croit.

MADAME DE SEGRAIS

MADAME DE SEGRAIS

MARIE - Madeleine - Nicole - Alexandrine - Adine Gohier Joliveau de Segrais naquît à Nantes, en 1756. Nous ignorons la date de sa mort.

Elle a publié un poème, intitulé Su^anne^ des Fables nouvelles, en vers, Paris, an X, (1801) i'« édition; la 3« édition parut en 18 14, I vol. in- 18, chez Janet et Cotelle, dédié à la duchesse d'Angoulême.

Elle avait d'abord publié ces fables pour ses enfants.

Les Guêpes, la Poule et le Philosophe sont très remarquables.

Le colonel Staaff cite celle-ci :

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