LES SERMENTS
Lasse â la fin d'un si long esclavage Et d'un amour si mal récompensé, J'avais juré d'oublier qui m'outrage, J'avais juré que dans mon cœur blessé J'efifacerais une trop douce image.
J'avais juré que le nom du volage Par moi jamais ne serait prononcé.
J'avais juré, forte de son absence, Que, si le sort l'offrait devant mes yeux.
Je soutiendrais sans trouble sa présence, J'en défirais le charme impérieux.
Dans mon dépit, ardente à la vengeance, J'osais former le souhait dangereux De voir l'ingrat m'offrir encor ses vœux.
MADAME DtJFRESNOY I9
J'en accueillais l'incertaine espérance.
J'avais juré qu'un souris dédaigneux Saurait alors punir son inconstance.
Oh ! d'un regard invincible ascendant !
Qu'est devenu mon courage imprudent ?
A peine, hélas ! ma voix à son approche Balbutia quelques mots de reproche.
Je pâlissais, rougissais tour à tour ; Je lui disais : « Non, je n'ai plus d'amour ! » Mais je laissais sa main presser la mienne.
Mais malgré moi ma main pressait la sienne, Mais les soupirs, étouffés à demi, Livraient mon âme â ce cher ennemi ; Mais je laissais ses lèvres suppliantes Se rapprocher de mes lèvres tremblantes; Ma bouche en vain opposait un refus, Le sein rempli du feu qui me dévore, En lui jurant que je ne l'aimais plus^ Je lui prouvais que je l'aimais encore !