MÈRE ET FRANÇAISE
Tu dis : — Elle viendra, Theure de la revanche. — Et plus bas, sous ces mots, mon front triste se penche,
l68 LES FEMMES POETES BRETONNES
En t'écoutant, mon cœur ne peut que soupirer. Amollir ton courage, enfant, à Dieu ne plaise ! Quand Theure sonnera, va, je serai Française ! D'ici là je suis mère, oh ! laisse-moi pleurer !...
Oh ! laisse-moi pleurer!... Les larmes sont aux mères : Le Dieu qui sut créer leurs souffrances amères, Dans leur âme, en creusant l'abîme des douleurs, Ouvrit, en même temps, la source intarissable De leurs yeux, de leurs cœurs, coulant inépuisable ; Cest aux mères surtout qu'il a donné les pleurs.
En me voyant passer sous mon voile de veuve, Beaucoup disent : — La joie accompagne l'épreuve. Car je souris encore, appuyée à ton bras.
Ils pensent : — Le passé brisa cette pauvre âme, Mais du moins l'avenir va rendre à cette femme Tout son bonheur. — Hélas ! c'est qu'ils ne savent pas
C'est qu'ils ne savent pas que je suis condamnée A l'éternelle angoisse ; et que chaque journée Vers une heure attendue approche sûrement ; Cette heure, unique but de ma triste existence. Mon tourment, mon espoir, mon rêve, ma souffrance, L'heure où je t'armerai pour tenir mon serment.
Serment terrible et saint ! Lorsque fut apportée De ton père martyr Tépée ensanglantée Sur ton berceau d'enfant... folle, je te saisis