MADEMOISELLE EUGÉNIE GENDRON
Entre mes bras, jurant, dans un transport suprême, Qu'un jour pour le venger je t'armerais moi-même; « Grandis! »» te dis- je alors... Hélas !... et tu grandis!
Tu grandis ! Mais, depuis, chaque nuit et sans trêve, Un cauchemar affreux revient, au lieu d'un rêve, A mon chevet maudit tourmenter mon sommeil ; Je vois mon fils, mon fils ! au sein de la bataille, Chanceler et tomber sous l'horrible mitraille ; Je vois, je sens couler son sang chaud et vermeil.
Puis l'affreux meurtrier, à mes cris de détresse, Cruel, ne me répond, dans sa froide allégresse. Que par son long sarcasme et son rire moqueur. Disant : Tu l'as voulu ; si ton âme est meurtrie. C'est ta faute : pourquoi faire aimer la patrie A ton fils et vouloir te venger du vainqueur ?
Tu dis : — Elle viendra l'heure de la revanche. — Et plus bas, sous ces mots, mon front triste se penche; En t'écoutant, mon cœur ne peut que soupirer. Amollir ton courage, enfant, à Dieu ne plaise ! Quand l'heure sonnera, va, je serai Française 1 D'ici là je suis mère, oh ! laisse-moi pleurer !